Manu Larcenet nous livre peut-être ici son album le plus personnel, après « Le Combat ordinaire » et « Blast » ! Il nous parle de la mort et de la vieillesse, cherchant à regarder en face ce qui nous échappe : la maladie, la solitude, l’angoisse, les liens que l’on a brisés, le temps qui passe, l’inadaptation à la société… Plus radicalement encore, en se dessinant au bord du vide et en retirant presque tout ce qui pourrait faire écran entre son personnage et le lecteur, il laisse planer cette question qui revient lorsque tout le reste s’effondre : à quoi bon ? « L’Insensé » est un album poétique que certains jugeront parfois inconfortable, mais qui est d’une puissance rare : une œuvre qui refuse les facilités de l’émotion, pour mieux atteindre quelque chose de beaucoup plus profond…
Lire la suite...Avec « Fenêtres sur rue » (sortie fin août), Pascal Rabaté jongle avec différents arts : dont le 9e !
Voici des récits muets en accordéon qui vont bousculer les habitudes de lecture de la bande dessinée et qui sont aussi un hommage ludique au film « Fenêtre sur cour » d’Alfred Hitchcock : l’imposant réalisateur apparaissant en guest-star qui parcourt à son aise le plateau et qui n’hésite pas à faire la causette avec son confrère Jacques Tati, autre référence cinématographique de l’auteur des « Petits Ruisseaux », d’« Ibicus » ou du trop méconnu « Un ver dans le fruit » qui va être réédité chez Vents d’Ouest très prochainement.
Par ailleurs cinéaste reconnu (« Fenêtres sur rue » peut, éventuellement, être considéré comme une sorte de prolongement à son dernier film « Ni à vendre ni à louer »), Pascal Rabaté réalise aussi, avec cette vingtaine de panneaux qui se suivent et se croisent, une incursion dans la peinture et le théâtre.
En effet, chaque page, finement et joliment gouachée, raconte multiples histoires dans un décor immuable : une rue où s’élèvent quatre immeubles. Le lecteur est ainsi invité à devenir voyeur en épiant les habitants derrière leurs fenêtres où se devinent de petites intrigues. Se développent alors romances, adultères et brouilles (ou même une sordide histoire de meurtre) qui s’amorcent et se déploient d’un côté — en dix tableaux intitulés « Matinées » —, pour se boucler d’un autre qui porte le titre « Soirées », et inversement.
Avec ce livre expérimental, passionnant travail de décryptage dont il ne faut rien rater, le talentueux conteur-touche-à-tout qu’est Rabaté amorce, avec brio, les récits yin et yang de la collection « Noctambule » des éditions Soleil.
Gilles RATIER
« Fenêtres sur rue » par Pascal Rabaté
Éditions Soleil-Noctambule (18,95 €) – ISBN : 978-2-302-03063-3













