Entretien avec Laurent Seigneuret, à l’occasion de la sortie de « Carlisle »…

À l’occasion de la sortie du premier tome du diptyque « Carlisle » chez Grand angle (scénario Édouard Chevais-Deighton), Julien Derouet est allé à la rencontre de son ami, le trop discret Laurent Seigneuret, avec qui il avait travaillé, il y a quelque temps, sur L’Affaire Marie Besnard

Morceaux choisis…

Une planche originale du premier tome de « Carlisle ».

Le dessin de couverture du premier tome de « Carlisle ».

Julien Derouet : Laurent, ta formation initiale ne devait pas te conduire dans le petit monde du neuvième art. Comment es-tu devenu auteur de BD ?

Laurent Seigneuret : Je me suis retrouvé dans le monde des auteurs de BD en allant chercher du matériel de dessin dans une boutique spécialisée. En réglant mes achats, j’ai entamé une discussion sur l’univers de la bande dessinée avec la commerçante. Je ne me souviens plus comment nous en étions arrivés à parler BD, mais quoi qu’il en soit, elle m’a demandé au cours de notre entretien, si je connaissais Bruno Rocco : un auteur qui habitait près de chez moi. Je fus désolé de lui répondre négativement. Finalement, elle me donna les coordonnées de l’auteur en question. Une semaine plus tard, je rencontrais Bruno Rocco qui me reçut à son domicile avec la plus grande gentillesse. Rapidement, nous sommes devenus amis. Je lis de la BD depuis mon enfance, mais je n’avais jamais pensé en faire un jour mon métier ; c’est en grande partie suite aux conseils de Bruno et grâce à son soutien que je finis par devenir dessinateur de bandes dessinées. Je le remercie de m’avoir fait découvrir un autre univers BD que celui que je connaissais.

Une page du premier tome de « Carlisle » mise en couleurs.

JD : Pour ta première série, tu as eu la chance d’intégrer la prestigieuse collection « Loge noire » chez Glénat. Un honneur ?

LS : J’ai en effet commencé dans une grande maison d’édition, et avec un grand scénariste (Pierre Makyo). On ne peut être qu’honoré lorsque ce genre de bonheur vous tombe sur les bras, dès le début de votre carrière ; mais ce fut aussi le pire moment pour moi. La pression de devoir réaliser trois albums sans avoir la moindre expérience a mis mes nerfs à rude épreuve. Les trois années passées, seul à ma table à dessin, furent terribles ; l’angoisse, la peur de ne pouvoir y arriver, la pression du débutant, se retrouver à devoir s’organiser et mener toute la mise en page et les conseils couleurs auprès du coloriste — heureusement lui expérimenté —, me plongèrent souvent dans la panique et parfois le désespoir. Dans un sens, ce fut un énorme baptême du feu, qui m’amena vers plus de rigueur dans mon travail, et surtout une possibilité de progresser et de trouver des codes pour dessiner à ma façon.

Une page du premier tome du « Trésor du temple ».

JD : Pourquoi n’as-tu pas poursuivi chez Glénat ?

LS : J’avais terminé mon travail, tout simplement. Les projets en cours avec mes collègues scénaristes n’étaient pas en relation avec ce qu’attendait l’éditeur.

JD : Tu as ensuite publié L’Affaire Marie Besnard chez de Borée.

LS : Faire cet album fût sympa, l’histoire était intéressante et le scénar bien écrit par Julien Moca (NDA : Merci Laurent !). Raconter une histoire policière me donnait vraiment envie ; surtout cette dernière, car il fallait essayer de rester au plus près de la véritable affaire, sans prendre parti. Je pense que nous avons bien travaillé sur cet album, malheureusement, pour pouvoir en vivre, il m’a fallu réaliser un minimum de dix planches par mois. Il est difficile de concevoir une bande dessinée dans ces conditions. Il faut bien se dire que vite et bien sont deux notions incompatibles. J’aimerai bien un jour pouvoir avoir le temps de réaliser tranquillement un album sans cette maudite pression que la vie nous incombe, être obligé de tomber de la page pour pouvoir nourrir sa famille.

Une page de « L'Affaire Marie Besnard ».

Croquis pour « Carlisle ».

JD : Puis plus rien. As-tu pensé à arrêter la BD ?

LS : Il y eut en effet une grosse traversée du désert, comme pour de nombreux auteurs à ce moment-là. La conjoncture n’était pas à la réalisation de nouveautés, ce fut assez pénible moralement. Je me suis dit, après que plusieurs amis aient raccroché, que ce devait être mon tour. Je pris en attendant une meilleure période, une autre voie, mais toujours en restant dans le milieu artistique, en me lançant dans le tatouage. Aujourd’hui, je monte mon studio, et je tatoue mes copains qui le désirent, ma famille, rien que pour le plaisir de réaliser des dessins sous une autre forme et un autre support. C’est vraiment très intéressant pour un dessinateur de troquer le papier, un moment, pour la peau humaine ; le seul souci, c’est que dans ce dernier cas, il est impossible de gommer, il ne faut pas se planter. Aujourd’hui, je navigue entre tatouage et albums BD, bien que la bande dessinée soit ma profession première et qu’elle me motive.

JD : Et puis tu te retrouves sur ce projet « Carlisle ». Comment as-tu rencontré ton scénariste ?

Croquis pour « Carlisle ».

Croquis pour « Carlisle ».

LS : J’ai eu le plaisir de rencontrer Édouard, par l’intermédiaire de mon directeur de collection chez Bamboo éditions. Hervé Richez, qui dirige le label Grand angle, et Olivier Sulpice qui est le boss de Bamboo. Son scénario m’a de suite enchanté. Cette histoire sortait vraiment du sentier battu des westerns classiques, elle met en scène un grand nombre de protagonistes de tous âges, et touche au plus profond de nos consciences et de nos sentiments.

JD : Tu connaissais l’histoire de ces Indiens ?

LS : Je ne connaissais pas l’histoire de l’école de Carlisle, je connaissais en revanche la volonté américaine de la déculturation indienne.

JD : A-t-il été facile de trouver de la documentation sur un tel projet ?

LS : Non, il existe de nombreux sites qui en parlent, mais les photos sont assez rares et de qualité médiocre ; ce qui les rend inexploitables comme documentation. Heureusement, il y eut quelques ouvrages réalisés sur cette école, dont certains films ou feuilletons. Édouard m’a procuré un très bel ouvrage et j’ai ainsi pu me faire une idée de l’école, afin d’essayer de rester le plus exact possible dans mes dessins.

Une autre belle planche de « Carlisle ».

Croquis pour « Carlisle ».

JD : À quand le second tome ?

LS : Le deuxième volet est en cours, le story-board est terminé et nous sommes en train de passer à la validation. J’attaque les premières planches avec un poil de retard sur le délai que nous nous étions fixé, mais je pense que l’album sera prêt dans un délai raisonnable. J’ai déjà de nombreux lecteurs qui m’en ont fait la demande. Les remontées sont très encourageantes de la part des lecteurs. Cela fait vraiment plaisir. Merci à vous toutes et tous, lectrices et lecteurs.

JD : Je crois savoir que tu travailles également sur une seconde série, non ?

LS : Je suis en effet sur un autre projet, mais cela est une autre histoire…

Julien DEROUET

Sur « Carlisle », voir aussi l’article de Didier Quella-Guyot : « Carlisle » T1 (« Tasunka Witko ») par Laurent Seigneuret et Edouard Chevais-Deighton.

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