Plus de BD jeunesse

« Les primates nous font marcher », « Bilbo le Hobbit », « Alim le tanneur », « Ban Manis », « L’Evangile de Matthieu » .

Il n’est jamais trop tard pour faire des cadeaux pour les enfants ; l’occasion de présenter quelques albums jeunesse qui se démarquent pour leur qualité ou leur originalité.

- « Les primates nous font marcher », Jean-Luc et Philippe Coudray, La Malle aux images chez la Boite à bulles, 15 euros

Abandonnant temporairement son ours Barnabé, Philippe Coudray revient au dessin avec son frère Jean-Luc au scénario pour un album inclassable et réussi : avec ses deux vignettes qui se répondent à l’intérieur de la planche, ce bel ouvrage peut être lu à plusieurs niveaux. Pour la qualité de ses dessins, finement et élégamment composés, autant que pour la valeur de ses textes courts qui sous titrent les cases d’un commentaire lapidaire. Le sujet en est le singe, « seul animal qui marche sur les mains » dans son rapport à l’homme.
On ne peut résister au plaisir de donner en échantillon quelques exemples savoureux : « On voit dans les cirques des hommes qui font les singes… et des singes qui font les hommes » ou encore « On s’étonne quand le singe sait faire ce que l’homme ne sait pas faire. Et on s’étonne quand le singe sait faire ce que l’homme sait faire ».
Mêlant sans en avoir l’air, sous des dehors humoristiques flirtant avec un non-sens très british, une réflexion quasi philosophique sur la nature humaine et les rapports qu’entretient l’humanité avec la nature dont elle est issue originellement, origine qu’elle est tragiquement en passe d’oublier.

- « Bilbo le Hobbit », Charles Dixon & David Wenzel, Delcourt, 16,50 euros

Voici une nouvelle déclinaison d’une des œuvres les plus célèbres de l’Heroïc fantasay, dont elle constitue la première version en bande dessinée. Précédant et annonçant la trilogie du Seigneur des anneaux, les aventures de Bilbo (Bilbon dans sa version originale) Sacquet constituent une entrée aisée dans l’œuvre de Tolkien.
Disons le tout de suite et sans détour, cet album se présente sous un jour totalement britannique : format 194×280, mise en page condensée, omniprésence des textes, références stylistiques aux univers de Disney autant qu’au monde des fééries, choix de cadrages serrés, perspective aplatie, décors réduits à leur minimum, encrage très contrasté.
C’est donc tout à fait naturellement que Delcourt publie la version française en marge de son cycle sur les comics. Le tout peut certes déconcerter le lecteur habitué aux codes franco-belges, a fortiori s’il connaît déjà le texte original. Mais pour un jeune, cet album présente le mérite de donner une vision assez proche de l’original, non tant par le dessin que par le texte dense et précis, aussi bien au niveau des dialogues que des textes en voix off. Signalons enfin une série d’illustrations présentée en fin de volume qui révèle le style talentueux de David Denzel.

- « Alim le tanneur t4, Là où brûlent les regards », Lupano&Augustin, Delcourt, 14,95 euros

Le quatrième tome, Là où brûlent les regards, clôt la série de Lupano et Augustin de manière relativement inattendue mais avec un ton et une chute navigant entre une désillusion postmoderne et une sagesse nouveau siècle à forte dimension humaniste. Mêlant les influences et les références stylistiques et thématiques (notamment à La quête de l’oiseau du temps et Lanfeust de Troil, mais aussi aux techniques du manga et de l’animation disneyienne), cette série mêle le récit initiatique proche d’une heroïc fantasy exotique à l’aventure héroïque des anciens explorateurs.
Se remarquant pour la maîtrise graphique de ses compositions et un encrage qui joue sur les codes symboliques (le rouge-le bleu), le travail de Virginie Augustin nous plonge dans un univers merveilleux mais cohérent.
Quant au scénario de Wilfrid Lupano, il entraîne le lecteur dans un récit dense, où vibrent les psychologies confrontées aux aléas du destin, portée par le feu de la foi mêlée à l’ambition du pouvoir , avec une belle démonstration de cynisme et de calcul politique. Un album qui mérite d’être relu.

- « Ban Manis », André Taymans, Editions Flouzemaker, 15 euros

André Taymans nous avait habitués à ces héroïnes globe-trotters qui, à l’image de Caroline Baldwin, allient le sens de l’aventure et une densité humaine qui leur forge un destin hors du commun. Partant d’un récit véridique mais elliptique, il nous présente ici une superbe évocation de l’anthropologue Alix Lepic ; ou plutôt, une fiction qui comble les vides de la biographie avec des rencontres et des dialogues qui, pour être imaginaire, n’en sonnent pas moins juste, magnifiés par les magnifiques paysages népalais. De l’intrigue, nous ne dirons rien, sinon qu’elle fusionne un récit de montagne et une histoire d’amour exceptionnelle. Traité dans un style réaliste, géographiquement bien documenté, cet album n’en joue pas moins des variations entre spiritualité et imaginaire, autour du beau portrait d’une scientifique qui voulut croire à l’impossible.

- « L’Evangile selon Matthieu », Dufranne & Talajic, Delcourt, 19,90 euros

Poursuivant la mise en planche de la somme biblique, les auteurs, après l’Ancien Testament, abordent à présent la vie de Jésus à travers le récit laissé par Matthieu. Traité dans un style réaliste mais spirituellement explicite, cet album suit au plus près le texte original, accordant une place centrale aux paraboles développées par le Christ. Malgré son aspect parfois allusif, qui reste surtout perceptible pour les connaisseurs de la version littéraire, cet opus donne une vision précise et fidèle de la narration de l’apôtre, portée par des cadrages et des encrages audacieux qui dynamisent cette adaptation et restituent la dimension à la fois historique et humaine de la vie de Jésus.

Joël Dubos

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