« Les Amants de l’Oisans » par Fabien Lacaf et Nelly Moriquand – « L’Aéropostale » T1 (« Guillaumet ») par Patrick A. Dumas, Diogo Saïto et Christophe Bec

Il y a deux manières de dompter les montagnes, deux seulement : les escalader ou les survoler. Deux albums témoignent de ces voyages hautement périlleux, qu’il s’agisse dans l’un (« Les Amants de l’Oisans ») d’évoquer Pierre Gaspard dit Gaspard de la Meije (1834 – 1915), un grand nom de l’alpinisme, ou dans l’autre (« L’Aéropostale », tome 1) de raconter les exploits de Guillaumet (1902 – 1940) dans les Andes…

 Fabien Lacaf et Nelly Moriquand ont choisi de raconter l’exploit du chasseur de chamois devenu guide à 40 ans et qui réussit en 1877 la première ascension de la Meije, point culminant du Dauphiné. Ils ont imaginé que, cinquante ans plus tard, lors d’une fête à Saint-Christophe-en-Oisans, en Isère, on retrouverait au fond d’une crevasse le corps congelé d’un Anglais ayant tenté vainement de participer à la conquête du sommet mythique.  Doublant l’histoire sportive et montagnarde d’une histoire amoureuse et romantique, ils parviennent à redonner vie à la Vallée du Vénéon, à ses habitants rustiques et surtout à Louise, une institutrice restée célibataire et qui redécouvre à la veille de sa mort son amour de jeunesse. L’album a la particularité d’imaginer qu’on retrouve le carnet de route du jeune Anglais, ce qui nous vaut quelques extraits aquarellés de ce sketchbook daté de 1876, représentant, faune, flore, paysages, scènes quotidiennes… Au bilan, voilà un livre documenté promouvant officiellement le territoire de l’Oisans tout en faisant vibrer très efficacement la corde sentimentale.

Autre figure de légende : Henri Guillaumet. On est en juin 1930, dans la Cordillère des Andes, au début de l’histoire de l’aéropostale. Ce jour-là, Guillaumet s’envole pour un voyage sans retour, ou presque. Pris dans une violente tempête et s’écrasant loin de tout et de tous, il va décider de sauver sa peau coûte que coûte et de parcourir des dizaines de kilomètres, affrontant des épreuves sans nom qui vont faire de lui une légende. Cette histoire bien connue est mise en images de façon réaliste par Patrick A. Dumas et mise en couleurs par un Diogo Saïto extraordinaire. Son rendu hyperréaliste donne une force étonnante à ses montagnes enneigées, ses rivières endiablées ou ses vallées argentines. C’est de cette même histoire que sont partis les auteurs du « Vent des cimes » (voir la chronique qui lui est consacrée ici-même) mais contrairement à Bec qui joue volontiers les biographes, Perrissin a préféré se créer des marges de liberté en imaginant qu’un certain Jack Rouault, pionnier de l’aéropostale lui aussi, s’écrasait dans les Andes, à la veille de son mariage. Comme dans « Les amants de l’Oisans », une intrigue amoureuse vient se greffer sur l’histoire officielle. On pourrait certes reprocher à la jeune femme son côté Tintin recherchant Tchang  à cause d’un rêve prémonitoire mais pas son entêtement qui en fait une femme de caractère appréciable dans un monde d’hommes fataliste.

 Alors, bons voyages !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Les Amants de l’Oisans » par Fabien Lacaf et Nelly Moriquand

Éditions Glénat (13,90 €) – ISBN : 9782723492751

« L’Aéropostale » T1 (« Guillaumet ») par Patrick A. Dumas, Diogo Saïto et Christophe Bec

Éditions Soleil  (14,30 €) – ISBN : 9782302024953

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