« Adrastée » par Mathieu Bablet

La mythologie est un réservoir à voyages sans limites, dans le temps, dans l’espace, au-delà de l’espace et du temps, universel dit-on pour le mythes, éternel probablement. « Adrastrée » en est la preuve éclatante, mais aussi parce que cette œuvre ambitieuse graphiquement est signée d’un jeune auteur incontestablement talentueux.

 Pourtant, à première vue, on croit avoir à faire à un énième épisode d’une BD d’heroic-fantasy, cette terre tant de fois empruntée, labourée, jusqu’à ne plus rien donner ou presque. Il n’en est rien.  Certes, il s’agit bien de temps héroïques et d’individus fantastiques, mais tous venus de la mythologie grecque. En fin d’album d’ailleurs, l’auteur en décrit lieux et personnages : L’Hyperborée, la Sphinge, les Harpies, Rhéa, Talos, Heraclès, les Océanides, Polyphème le cyclope…

Au cœur du récit, un homme, pas n’importe lequel, un Immortel. Ancien roi d’Hyperborée, il a décidé d’aller à la recherche de son passé, des raisons de son immortalité et, surtout, des moyens d’y mettre fin. Comme on dit, l’éternité ou l’infini, c’est bien mais c’est un peu ennuyeux, surtout vers la fin. Alors notre homme vaque et vient, fait des rencontres, des tas de rencontres. Surtout, il passe de lieu en lieu et là, Mathieu Bablet nous hameçonne corps et bien : ses décors, ses paysages sont d’une complexité, d’une profondeur, d’une originalité incroyables. On croirait un architecte dressant les plans de villes greco-latines imaginaires, mâtinées d’influences indiennes. La plupart des cases mérite plus qu’un détour, un voyage de l’œil. Il faut suivre les escaliers, s’engouffrer dans les couloirs, admirer les monuments, grandioses, titanesques, pointant le ciel ou creusant la terre. Il faut courir à travers les ruines, fouiller du regard les contrées incertaines, car le tout est traité avec un souci du détail qui pousse à aller voir là-bas, à l’arrière-plan, les fleurs, les oiseaux, les cimes, ces mondes peuplés d’êtres évidemment exceptionnels puisque mythologiques, le tout coloré avec un sens de la lumière remarquable et des gammes de teintes inhabituelles. C’est vertigineux et somptueux à la fois. On est étonné et ravi, comme notre homme qui traverse tout cela souvent sans mot dire, surtout au début. Puis, la parole lui vient, les questions avec, le doute, la curiosité, ce qu’il y a d’humain finalement.Un deuxième tome est prévu pour donner à cette histoire poétique toujours et philosophique quelquefois, sa chute, sinon sa morale. Après deux précédents titres, chez le même éditeur, ce qui est sûr, c’est qu’avec cet « Adrastée », un auteur est né, très complet puisqu’il cumule avec brio scénario, dessins et couleurs. Si vous êtes curieux, retrouvez-le sur son site : www.lacinquiemedimension.com. Cliquer sur Portfolio et vous verrez…

Alors, bon voyage !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

 « Adrastée » par Mathieu Bablet

Éditions Ankama (15,90 €) – ISBN : 9782359104035

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