PLUS DE LECTURES BD DU 9 NOVEMBRE 2009

Et voici notre sélection de la semaine : ? Il était une fois en France T.3 : Honneur et police ? par Sylvain Vallée et Fabien Nury, ? Rébétiko (la mauvaise herbe) ? par David Prudhomme, et ? Urielle ? par Clarke et Denis Lapière.

- ? Il était une fois en France T.3 : Honneur et police ? par Sylvain Vallée et Fabien Nury – Éditions Glénat (13 Euros)

Le premier tome de cette évocation d’un personnage controversé qui amassa une fortune en magouillant avec l’occupant nazi, tout en participant activement à la Résistance, nous avait particulièrement intéressé. Sa suite émouvante, toujours aussi bien documentée et à la fluidité narrative exemplaire (tant sur le plan du scénario que du dessin), nous avait complètement conquis ! Et en sortant de la lecture de ce troisième tome, nous sommes toujours autant emballé et nous affirmons que l’histoire de Joseph Joanovici, ce juif roumain ferrailleur pas si facile que ça à juger, est certainement la meilleure bande dessinée historique de la décennie ! En effet, l’adéquation entre les faits réels et la fiction est parfaite (on sent qu’il y a une évidente complicité entre le style précis et caricatural à la fois du dessin de Sylvain Vallée et la technique cinématographique totalement maîtrisée du subtil scénario de Fabien Nury) ; et c’est ce qui réussit à nous faire admettre l’ambivalence de cet homme complexe et retord, voire amoral ; Nous retrouvons donc notre « héros » en pleine réussite commerciale due à ses trafics menés avec les Allemands. Cette intelligence avec l’ennemi (sans parler d’autres chefs d’accusations comme la corruption de fonctionnaires, la contrebande, l’enrichissement personnel et même le meurtre) lui sera reprochée à la Libération ; mais nous n’en sommes pas encore là ! Pour le moment, le ferrailleur sent venir la débâcle allemande et cherche une bonne occasion pour redorer son blason…, tandis que le lecteur, lui, complètement immergé dans cette histoire extraordinaire, située au cœur de l’une des périodes les plus troubles de notre histoire, compatit d’emblée devant les doutes et l’opportunisme de ce personnage particulièrement complexe !

- ? Rébétiko (la mauvaise herbe) ? par David Prudhomme – Éditions Futuropolis (20 Euros)

Bon, même si nous ne sommes pas aussi dithyrambique que certains collègues et amis de David Prudhomme dont les commentaires spontanés ne pourront que vous donner envie de lire cet album (« extraordinaire, génial, dessins surhumains, la vie partout… » pour Emmanuel Guibert, « Je peux dire sans crainte d’être contredit que ce livre est magistral. Si, si… » nous assène Manu Larcenet, « Pour dire les choses simplement, « Rébétiko » est le meilleur livre de l’année, un de ces livres comme j’en croise si peu, qui pulvérisent les doutes qu’on nourrit parfois quant à ce que peut devenir la bande dessinée. Un livre qui revigore, qui emporte… » n’hésite pas à déclarer Étienne Davodeau, et « David Prudhomme c’est formidable, quoi qu’il fasse. Il fait des dessins avec des odeurs. On dirait que ses personnages sont recouverts du vernis dont on protège les instruments de musique, quelque chose entre le miel et le brou de noix… » dixit Joann Sfar), il faut bien reconnaître que cette évocation des musiciens immigrés turcs dans la Grèce des années 1930 a une véritable âme et ne peut pas laisser indifférent ! Nous sommes donc à Athènes, à une époque où le dictateur Métaxas fait régner la loi martiale, et où de nombreux Turcs marginaux, subissant régulièrement les tracasseries policières, se retrouvent chaque jour dans un bar pour fumer du haschich tout en jouant du bouzouki… Des personnages attachants dont la détresse et le déracinement sont forts bien mis en cases par un dessin décomplexé et une écriture pleine d’humanité : du beau roman graphique, quoi !

- ? Urielle ? par Clarke et Denis Lapière – Éditions Quadrants (19,90 Euros)

Quand Clarke (alias Frédéric Seron, le dessinateur de « Mélusine ») veut sortir de son trait modelé par cette école de Marcinelle encore bien présente dans le journal Spirou, il fait appel à son ami Denis Lapière. Après une première tentative pour la collection « Aire Libre » (« Luna Almaden » en 2005) où le scénariste du « Bar du vieux français » et de « Charly » s’était contenté de cadrer un récit proposé par ce dessinateur, cette histoire de communauté exclusivement féminine en Rhénanie, au XIIIe siècle, émane également d’un désir profond de Clarke ; mais que Denis Lapière a plus profondément remodelé… La survie de ce « béguinage » (constitué par une mère protectrice et ses filles) dépendant de leurs travaux, ces dernières entretiennent non seulement leur ferme et leurs champs mais aident aussi les moines locaux pour leurs copies, traductions et autres enluminures : même si les autorités religieuses voyaient alors d’un mauvais œil ces femmes dont les modes de vie se calquaient sur ceux des monastères, alors même qu’elles n’avaient pas fait vœu d’appartenance à un quelconque ordre. C’est alors qu’une jeune dame nue, extrêmement belle et faiseuse de miracles, arrive soudainement dans la neige. Cette apparition mystique va bouleverser la communauté qui va pourtant la recueillir. En effet, la nouvelle parvint très vite au sommet de la hiérarchie religieuse et une enquête inquisitrice est dépêchée par l’évêque de Strasbourg… Le trait de Clarke se fait alors très réaliste et tout à fait adéquat pour nous dépendre ce huis clos sombre et glacial, situé en Europe septentrionale ; et les dialogues ciselés de Denis Lapière mettent parfaitement en lumière ce portrait original d’une femme simple, qui ne demandait qu’à vivre tranquillement…

Gilles RATIER

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