Interview de Jean Dufaux, président du jury des prix Diagonale – Le Soir

Depuis leur création en 2009, les prix Diagonale, rebaptisés cette année Diagonale – Le Soir, se sont imposés comme une référence dans le paysage de la bande dessinée francophone. Le scénariste de « Murena », à l’origine du projet, revient sur la genèse, l’évolution et l’ambition de cet événement phare du 9e Art.

Diagonale, 6ème édition, déjà …

Jean Dufaux : C’était un véritable pari puisqu’il n’existait plus de prix représentatif des forces belges en bande dessinée. Nous sentions que nous perdions du terrain par rapport à nos amis Français. Nous avons donc eu l’idée, avec la ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, de créer ce prix, d’un genre particulier, à l’image de ce qui se fait en littérature générale, en France ou en Belgique, puisqu’il n’est pas associé à un Festival.

Jean Dufaux, président adulé du jury Diagonale - Le Soir, en 2012

Les premières années, il a fallu tenir financièrement car l’ensemble de la soirée, cérémonie spectacle de remise des prix et réception dinatoire, représente un budget conséquent. Les auteurs ont répondu présent, les éditeurs s’y sont progressivement intéressés et nous avons tenu bon. Nous en avons été récompensés puisqu’à l’occasion de cette 6ème édition viennent nous rejoindre Le Soir et la Fondation Raymond Leblanc. Cette association fait des Prix diagonale – Le Soir la distinction BD la mieux dotée d’Europe. Nous travaillons également à ouvrir l’axe Wallonie Bruxelles et la prochaine étape sera d’établir des passerelles et des ponts afin de fédérer l’ensemble de l’espace francophone belge.

La disparition du Prix du meilleur album « étranger » et l’apparition du Prix de la meilleure série …

Un album dit « étranger » peut se retrouver dans les autres catégories. Nous avons cherché à généraliser pour couvrir l’ensemble du spectre de la bande dessinée. Le Grand Prix est dédié à une oeuvre. Notez qu’il s’agit d’une consécration et pas d’un embaumement ! Il y a le Prix Raymond Leblanc, celui de la découverte, décerné à un jeune auteur. Et entre les deux, il y a ces deux grands classiques que sont le Prix du meilleur album et celui de la meilleure série.

Cosey, Grand Prix …

Cosey est un auteur incontournable. Nous attachons beaucoup d’importance à ce que notre lauréat soit à la fois populaire et qu’il ait du style. Il y a un style Cosey, une oeuvre Cosey, une façon de travailler Cosey, un univers Cosey, une grammaire Cosey … Nous avons également trouvé très intéressant d’ouvrir le Prix à des auteurs de différentes nationalités puisque nous étions jusqu’à présents belgo-belges ! Un suisse nous rejoint, donc c’est l’exotisme à 100% !

La nationalité du Grand Prix …

Si les premiers Grand Prix ont été décerné à des auteurs belges, car nous souhaitions cette assise, nous savions dès l’origine que nous ne continuerions pas à nous retrouver entre nous. Ce prix s’ouvre, ceux consacrés aux albums aussi. Nous considérons que la solide base belge que nous souhaitions est acquise avec la constitution de cette nouvelle édition.

Bientôt un Français ?

C’est tout à fait possible, des noms d’auteurs français circulent d’ailleurs dans le jury. Une des contraintes actuelles est de pouvoir participer aux différentes rencontres de délibérations du jury les années suivantes. Nous réfléchissons à transformer ces rencontres en une sorte de séminaire pour simplifier cette organisation et permettre à des auteurs éloignés géographiquement de pouvoir nous rejoindre. Encore une fois, notre volonté d’ouverture est entière, une fois l’assise belge constituée.

Emmanuel Lepage, Prix du meilleur album avec « Un printemps à Tchernobyl » …

C’est un album accessible, avec un langage très personnel. C’est un album qui n’est pas réservé à une élite et qui contient sa part de générosité. Le style de Lepage est, à mon avis, à sa maturité. Il y a un jeu sur les couleurs, sur les noirs et blanc. Sa façon de se projeter personnellement dans cette histoire nous a séduit. Le choix a été très rapide et quasi unanime.

de g. à dr . : Emmanuel Lepage, Bruno Gazzotti, Fabien Vehlmann et Bernard Cosey, lauréats des Prix Diagonale - Le Soir 2013

« Seuls », de Vehlmann et Gazzotti,  Prix de la meilleure série …

C’est aussi un changement car c’est une série très grand public, portée par le public composant la nouvelle génération de lecteurs de Spirou.

Une ambition volontairement grand public pour les Prix Diagonale – Le Soir ?

La première ambition est de durer. La Belgique est un pays compliqué pour les initiatives culturelles. En général, les forces ne s’y rassemblent pas, elles sont disséminées et il n’est pas évident de fédérer les vecteurs culturels importants de la Belgique francophone.  Sinon, nous n’avons pas de règle. Le jury du Prix Raymond Leblanc est indépendant et certains membres du jury Diagonale – Le Soir ont des idées arrêtées, d’autres pas … Pour oser une éventuelle comparaison avec notre glorieux aîné qu’est le Grand Prix d’Angoulême, les premiers auteurs lauréats étaient tous très populaires. Nous verrons bien où nous en serons dans quelques années.

Propos recueillis par Laurent TURPIN le 4 mai 2013

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