R.I.P. Carmine Infantino

Carmine Infantino, l’une des figures majeures du Silver Age, vient de nous quitter le 4 avril dernier, à l’âge de 87 ans. Impossible de dresser ici un parcours exhaustif de cet artiste tant ses contributions – plus ou moins directes – furent nombreuses, diverses et déterminantes. Mais revenons tout de même sur quelques moments de sa carrière afin de rendre hommage au co-créateur ou créateur de personnages tels que Barry Allen, Human Target, Animal Man, Batgirl, Kid Flash, Deadman ou Wally West…

Né le 24 mai 1925 à Brooklyn, Carmine Infantino fera des études artistiques à la School of Industrial Art (future High School of Art and Design). C’est à cette époque qu’il commencera à travailler pour l’éditeur Harry A. Chesler, avant de faire ses premiers vrais pas en compagnie de Frank Giacoia qu’il encre pour « USA Comics » #3 chez Timely en 1942. Il travaillera dans la foulée pour de nombreux éditeurs, co-créant notamment avec Robert Kanigher le personnage de Black Canary dans « Flash Comics » #86 en 1947, chez DC bien sûr. Dans les années 50, il dessinera « Charlie Chan » pour Prize Comics, ainsi que de nombreuses séries de genres divers chez DC Comics. Un éditeur qui n’allait pas tarder à être déterminant pour notre homme…

 

Tout viendra de Julius Schwartz. Au milieu des années 50, le mythique éditeur de DC Comics avait décidé de relancer les super-héros dans les comics après une longue période de disgrâce… Le Silver Age aurait-il débuté avec le « Showcase » #4 d’octobre 1956 ? En tout cas, c’est dans ce titre que Robert Kanigher et Carmine Infantino relancent le personnage de The Flash, ouvrant la voie à d’autres héros (Hawkman, Atom, Green Lantern…) qui allaient revenir en force dans le paysage éditorial de l’époque – et même préparer le terrain pour la renaissance de Marvel. Plus que le simple designer du nouveau costume du héros ultra-rapide, Infantino a contribué à la modernisation du concept de super-héros, notamment dans le fameux « The Flash » #123 de septembre 1961 avec « The Flash of two worlds » où le multivers DC voit le jour. Un événement !

 

Infantino dessinera un temps « Adam Strange » dans « Mystery in Space », et en 1964 Julius Schwartz lui refera confiance en le choisissant, lui et le scénariste John Broome, pour reprendre en mains le titre « Batman » qui finissait par souffrir de son adaptation trop olé-olé à la télévision. En participant à la réorientation de la série pour revenir au côté sombre du héros, Infantino, mine de rien, commençait à devenir plus qu’un dessinateur ou un designer : son rôle s’avérait déterminant pour le visage même des comics, présageant ses futures responsabilités éditoriales au sein de DC Comics.

 

Certes, ce fut en 1967 qu’Infantino co-créa deux personnages emblématiques (la très chouette nouvelle Batgirl, Barbara Gordon, avec Gardner Fox dans « Detective Comics » #359, et surtout le génialissime Deadman, en compagnie d’Arnold Drake dans « Strange Adventures » #205), mais l’événement pour Infantino fut assurément la responsabilité qui lui revint de reprendre le design de toutes les couvertures DC, soit ni plus ni moins de donner un nouveau visage aux comics de l’éditeur. C’est à ce moment-là que Stan Lee voulut débaucher Infantino en lui promettant une forte somme pour rejoindre Marvel, mais Infantino resta chez DC car Jack Liebowitz lui proposa de devenir directeur artistique : rien que ça ! Belle promotion pour cet artiste qui n’en demandait sûrement pas tant ! Mais ce n’était que le début, car peu après Infantino fut propulsé directeur éditorial de la firme lorsque celle-ci fut vendue à la Kinney National Company. Il permit alors à des artistes comme Joe Kubert, Dick Giordano, Denny O’Neil ou Neal Adams – entre autres – d’affirmer leur talent au sein de DC. C’est aussi grâce à Infantino, en 1970, que Jack Kirby signa un contrat chez DC où il allait créer son fameux Quatrième Monde. Décidément, Infantino fut un déclencheur, une charnière vers la modernité.

 

Début 1971, Infantino devient éditeur en chef de DC Comics, mais les années 70 marqueront aussi sa présence en tant que dessinateur chez la concurrence, Marvel Comics. Il y dessinera « Spider-Woman », « Nova », mais aussi « Star Wars », après avoir participé à l’élaboration du crossover entre les deux éditeurs « Superman vs. the Amazing Spider-Man ». Il n’oubliera pas pour autant DC chez qui il reviendra dans les années 80, travaillant sur des personnages comme Supergirl, Red Tornado, Batman ou… The Flash ! Durant les années 90, il enseigna à la prestigieuse School of Visual Arts de New York avant de se retirer… Entre les années 50 et 80, Carmine Infantino reçut de nombreux et prestigieux awards, et entra au Hall of Fame en 2000. Aujourd’hui, c’est donc à un véritable monument des comics que le monde de la bande dessinée rend hommage…

 

Cecil McKINLEY

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