« Cœur de pierre » par Jérémie Almanza et Séverine Gauthier

Jérémie Almanza et Séverine Gauthier ont déjà travaillé ensemble en publiant chez Delcourt en 2008 un album très remarqué, « Aristide broie du noir ». Ils y mettaient en cases l’histoire d’un petit garçon en lutte contre des monstres l’empêchant de dormir, à travers un duel incessant entre les ombres et la lumière.

Ils reviennent aujourd’hui avec une belle histoire de cœurs portée par trois personnages enfants, dans laquelle les expressions « avoir un cœur de pierre, un cœur d’artichaut, un cœur d’or » sont traitées au pied de la lettre, mais avec la poésie que leur confèrent les mots et les images.

Coeur de pierre planche 1

Par une sombre nuit de décembre, dans une haute maison aux ombres menaçantes, naît un garçon au cœur de pierre. Le diagnostic est sans appel : l’enfant n’aimera jamais. Il connaît une enfance solitaire car « le poids de son cœur vide est bien lourd à porter ». Dans une autre maison ronde et vive, au même moment, naît une petite fille qui sourit aussitôt à la vie et à ceux qui l’entourent. Elle possède un cœur d’artichaut et une belle insouciance.

 

Coeur de pierre page 7

Ces deux enfants, jumeaux par le moment de leur naissance, n’ont rien en commun. Pourtant le jour où ils se croisent sur le chemin de l’école, la fillette aime immédiatement le garçon sombre et voûté. Son amour est coup de foudre et elle lui offre une feuille de son joli cœur. Plus loin sur le chemin, se tient un autre garçon né avec un cœur en or, qui, observant la scène, tombe amoureux de la fillette qui ne le voit pas. Le trio amoureux est en place. Il y aura dans cette histoire douce et cruelle de la joie et de la peine, des sourires et des larmes et un cœur brisé. Car parfois, la pierre, si dure soit-elle, peut se fendre …

 

Coeur de pierre page 13

On retrouve dans le récit le magnifique traitement des couleurs et des ambiances que l’on avait remarqué dans « Aristide broie du noir » et le jeu subtil des noirs et des lumières qui lui donnent une infinité de nuances. On remarque aussi cette façon si particulière dont Jérémie Almanza dessine ses personnages. Ceux-ci sont dotés de corps très fins et de grandes têtes rondes et expressives. Ces éléments, immédiatement reconnaissables, sont la marque graphique du dessinateur. Enfin, le récit ne progresse que par les récitatifs ; mais, si les trois enfants sont muets, ils s’expriment pourtant par leurs visages qui prennent toute la place.

Coeur de pierre page 17

Ā travers cette métaphore infiniment poétique, les deux auteurs abordent de manière sensible l’éveil du sentiment amoureux et la douleur provoquée lorsque celui-ci n’est pas partagé. La douleur n’est jamais loin, en effet, de l’amour intense. Cette histoire-là finit bien et se termine mal aussi, les dernières planches sont particulièrement touchantes. C’est pour cela, entre autres, qu’elle est si belle !

 Catherine GENTILE

« Cœur de pierre » par Jérémie Almanza et Séverine Gauthier

Éditions Delcourt (9,95 €) – ISBN 978 2 7560 2426 4

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