COMIC BOOK HEBDO n°82 (01/08/2009)

Comic Book Hebdo d’été : retour sur quelques albums sortis cette année et qu’il fait bon emporter à la plage. Cette semaine, PREACHER.

PREACHER vol.5 : LES ENFANTS DU SANG (Panini Comics, Vertigo Cult)

Comme les volumes précédents, cet opus de Preacher vaut assurément le détour et permet de se rendre compte une nouvelle fois pourquoi cette série décadente et décalée connut à juste titre un beau succès, jamais démenti par des fans de plus en plus nombreux. Il faut dire que le ton à la fois humaniste et cynique d’Ellis, les dessins impeccables de Steve Dillon et les sublimes couvertures de Glenn Fabry, tous les ingrédients sont là pour faire de Preacher une facette incontournable de l’univers Vertigo. Après un quatrième volume flamboyant, noir et sulfureux, nous voici plongés dans un road-movie un peu baltringue, entre quête surnaturelle, farce, drame et quiproquos amoureux, le tout parsemé de rencontres aberrantes et jouissives. Car Preacher (priez pour nous, pauvres pécheurs) est avant tout un comic jouissif, une grande saga intemporelle pourtant ancrée dans la fin du 20e siècle et qui ne se prendrait pas au sérieux, une chronique d’un quotidien ésotérique où s’entremêlent les situations les plus grotesques ou comiques comme les moments de profonde réflexion ou bien d’effroi et de spiritisme. Avec toujours en ambiance générale ce ton implicite de l’auteur qui semble susurrer à l’oreille du lecteur « j’t'ai bien eu, hein, c’est cool ? ». Le plus grand sérieux et la plus grande dérision. La quête singulière de Jesse Custer, bien décidé à retrouver Dieu pour lui demander des comptes sur le merdier qu’il a créé, tout comme l’errance de Tête de Fion, cet adolescent ultimement défiguré par une rafale de flingue en pleine tronche qu’il s’est administrée avant de devenir la mascotte de la série, aussi pathétique que sympathique, et même promu dans les pages de cet album à devenir une star du rock (oui oui, au chant) !!! Des histoires d’amour et d’amitié, de l’angoisse, de la magie, des combats, de la parapsychologie et de la foi, de l’alcool et du sexe, de l’humour et de l’esprit, voilà tout ce que vous trouverez dans l’œuvre maîtresse de ce satané irlandais !

Le présent album s’ouvre sur un récit court : Cassidy : du sang et du whisky, qui va servir de prologue à l’histoire principale et qui – comme son titre l’indique – marque le retour en force de ce vieux dingue de Cassidy. Toujours aussi brut de décoffrage, ce vampire rock n’roll va déglinguer en beauté la superbe d’Eccarius, autre créature de la nuit à la tête d’un club obscur dénommé « les Enfants du Sang ». Eccarius entretient le malsain et profite de la crédulité des autres, lui-même pétri de croyances folkloriques. Cassidy va mettre un énorme coup de pied dans la fourmilière et montrer à Eccarius qu’un vampire ça peut boire de la bière et sentir des dessous de bras. Mais les Enfants du Sang auront-ils accepté d’être humiliés sans réagir ? C’est ce que vous saurez en lisant le reste de l’album ! Au cours de ce road-movie baltringue, donc, les destins de plusieurs personnages vont se croiser jusqu’à former une sorte de patchwork contextuel trouvant échos et ramifications par retours et alternances, et donnant au récit un rythme terriblement efficace ; on a bien du mal à refermer le livre avant de l’avoir lu jusqu’à la dernière page. Pour Jesse Custer et Tulip, les choses sont un peu compliquées, et ils doivent réapprendre à se faire confiance après un épisode fâcheux où Jesse a planté Tulip en France avant de revenir aux States (alors que tout le monde sait que pour ne pas avoir de problème il vaut mieux planter des tulipes en Hollande). Jesse n’a vraiment pas besoin de ça alors qu’il cherche à accéder à l’entité mi-ange mi-démon qui habite son esprit afin de savoir enfin où se trouve Dieu. Ni besoin d’un Cassidy qui joue les sangsues, drague Tulip et amène dans son sillage les Enfants du Sang prêts à en découdre une bonne fois pour toutes. Ni besoin d’un Tête de Fion qui veut lui faire la peau avant de devenir un boulet puis un chanteur rock. Ni d’Herr Starr, ce méchant déplorable qui s’est autoproclamé Archipère et qui veut le crucifier. Ni d’Amy, l’amie de Tulip qui jette le trouble dans l’esprit de celle-ci. C’est vrai qu’avec tout ça, Custer suit un vrai chemin de croix ! Le seul dont il ait besoin, c’est Xavier, un sorcier vaudou sensé l’aider à atteindre l’essence de ce qui est en lui. Pas impossible, mais pas facile… Conclusion ? Un album qui donne envie de relire toute la série. Et des couvertures absolument géniales, encore une fois. Vivement le prochain volume !

Cecil McKINLEY

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