Un hors-série BD dont on peut aisément se passer ?

Depuis 2002, la revue Beaux Arts magazine, s’étant prise d’une passion soudaine pour la bande dessinée, s’amuse à publier irrégulièrement des hors-séries consacrés au 9ème art, ceci afin de porter ce dernier, suivant l’humeur, au rang d’art à part entière ou de genre encore mésestimé : sans parler de l’aventure désastreuse de leur co-édition du magazine haut de gamme qu’était « Bang ! ».

Ceci est, bien sûr, surtout le fait de l’influence que peuvent avoir certains de ses rédacteurs, promus par ailleurs directeurs de collections, commissaires d’expositions ou encore auteurs de livres oubliables sur notre support favori qu’ils n’hésitent pas à mettre en avant dans ce nouvel opus (ce qui est humain) : c’est du moins le cas pour Vincent Bernière (ici rédacteur en chef), Stéphane Beaujean, Romain Brethes ou même le critique d’art et enseignant belge réputé qu’est Pierre Sterckx.

Ces soi-disant nouveaux spécialistes (d’un média dont ils ne retiennent que la partie émergée ou alors uniquement celle qui les arrange) prétendent évidemment faire le tour de la question et s’évertuent à dresser, systématiquement, un panorama riche et varié du paysage, tout en reliant, bien entendu, démarche artistique et « petits mickeys ».

Hélas, à chaque tentative, l’amateur érudit ne pourra que regretter de nombreux absents, quelques erreurs chronologiques ou orthographiques et certains partis pris esthétiques trop dans l’air du temps. N’oublions quand même pas qu’en 1999, alors que le magazine consacrait en son sein, pour la première fois, un dossier de quelques pages à la bande dessinée, la première ligne de l’édito précisait ceci : « Soyons clairs, si nous consacrons notre couverture et un dossier aux tendances de la bande dessinée en France, ce n’est pas que nous considérions la BD comme de l’art. ». C’était clair…

Certes, les années ont passé et certains (comme le dessinateur Fabrice Neaud) ont fait évoluer ces considérations d’un autre âge (quoique, cela n’a pas tant changé que ça…) et c’est donc sans trop de surprise que nous constatons que ce nouvel hors-série nous propose de découvrir « Les Secrets des maîtres de la BD : astuces, techniques & dessins inédits » et que le directeur de la publication (Thierry Taitinger) se fend d’un « glorieux » éditorial dont le titre, écrit en gros et en rouge, nous assène un « Cet art devenu majeur ».

Mais c’est là que les choses se gâtent car, après nous avoir affirmé que « la bande dessinée a ses maîtres, sinon ses génies » (même si certains, toujours d’après les dires de monsieur Taittinger, « ont osé sortir du cadre forcément réducteur de la case originelle, s’enhardissant – avec des bonheurs parfois inégaux – vers les rivages jugés plus gratifiants de la peinture, voire des arts plastiques »), l’éditorialiste nous pond la phrase suivante : « Ces « pionniers de l’espérance » (les connaisseurs apprécieront ce clin d’œil à l’œuvre maîtresse de Paul Gillon) aspirent à une reconnaissance légitime d’un art libéré de son statut d’adolescence perpétuelle voué jusqu’alors au seul mode « mineur »…

Ce que les connaisseurs vont surtout apprécier, c’est que les textes de cette revue (qui fait pourtant autorité dans certains milieux) ne sont absolument pas relus ! Laisser passer une telle bourde (« Les Pionniers de l’espérance » étant dus à Raymond Poïvet et à Roger Lécureux, et non à Paul Gillon : tous les vrais amateurs le savent ) est inadmissible et montre bien le dédain qu’ont les responsables (et même les rédacteurs) de cette revue pour une certaine forme de bande dessinée ! Et encore, on vous passe les éditions Stardom rebaptisées Stardum, Jijé orthographié Jigé etc., etc., etc.

Si le contenu de ce hors-série n’est pas si inintéressant que ça, car il est toujours profitable de se pencher sur le travail d’auteurs aussi importants que Hergé, Tardi, Franquin, McCay, Schulz, Gotlib, Moebius, Pratt, Tezuka, Magnus, Crumb, Mattotti, Loustal, Bilal ou Eisner (mais où sont donc passé les Sfar, Trondheim, Satrapi, Blutch, et autres Blain encensés jusque-là par le magazine ? Auraient-ils été remplacés par les nouveaux chouchous de la rédaction : les Américains Dave Cooper et Scott McCloud, par exemple ?), on se désolera aussi devant l’emploi d’illustrations issues de bandes dites « populaires » (donc indignes ?) dont on ne cite nulle part les auteurs : c’est le cas pour « Buck Danny » de Charlier et Hubinon pages 66 et 67, de « Flash Gordon » d’Alex Raymond pages 94 et 95 et de « Ranxerox » de Liberatore et Tamburini pages 120 et 121 !!! Par contre, la moindre photo due à Stéphane Beaujean, elle, est bien « copyrightée », systématiquement, dans l’ours en page 4 !

Gilles Ratier,
qui va se faire des copains (à moins que ça soit déjà fait…)

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13 réponses à Un hors-série BD dont on peut aisément se passer ?

  1. ROGER BRUNEL dit :

    Bravo Gilles et merci de faire si bien le ménage !
    amitiés
    roger

  2. Nicolas Vadot dit :

    Bravo Gilles, continue comme ça. Dans ce milieu totalement aseptisé de la presse BD, où « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », un peu de fiel ne fait pas de mal – bien envoyé ou non, c’est là un autre débat -.
    N’ayant pas lu ce numéro de Beaux-arts, je ne me prononcerai pas dessus, mais disons que les précédentes tentatives ne m’en donnaient pas vraiment envie. C’était un peu du genre: « Chers érudits happy few arty, nous allons vous présenter cette « chose » de dégénérés – « art » populaire (brr, quelle formulation d’hérétique) de surcroît – que l’on dénomme bande dessinée, en tentant de vous expliquer en quoi, parfois, elle peut cependant s’aventurer dans le post-modernisme de bon aloi, voire même être débattue lors d’un cocktail rive gauche, sans que celui qui lance le sujet n’ait l’air d’un complet abruti (ou alors, si tel est le cas, il faut comprendre cela dans une démarche décalée, interrogeant le médium, à la Marcel Duchamp). Si, si, essayez, vous verrez. Achille Talon ? On peut même y trouver des résonances bergsoniennes, en cherchant bien. Hergé ? Adami et Andy Warhol lui doivent tout. Titeuf ? Son rapport à la scatologie n’est pas sans rappeler Manzoni. Quant au travail de Machin-truc (au moins il est connu, au mieux ça le fait), c’est en droite lignée de Jacques Derrida, revisité par Jeff Koons (période Cicciolina). Du grand art, surtout servi à des cochons. »
    Enfin bon, tout ça ne nous rendra pas le Congo.
    http://www.nicolasvadot.com

  3. Anonyme dit :

    excellent,
    j’espère que si un jour une de mes bd doit être descendue , je souhaite qu’elle le soit par toi , ça à de la classe ton texte.
    Pour ta remarque sur le copyright du photographe , la raison est très simple, les photographes presse et pub ont une syndicat très vigilant et capable de procédure a l’encontre d’une revue si les mentions n’apparaissent pas. à la différence de la bd.
    amitiés
    eric Herenguel

  4. Pat dit :

    Merci…

    Je m’étonnais que personne, dans le (grand) petit monde de la BD ne s’intéresse à ces étranges objets que sont les Hors Séries Beaux-Arts spécial BD.
    Le précédent, consacré aux mangas était déja de piètre qualité, rempli de lieux communs et banalités déja lus et re-lus.
    Je n’ai même pas pris la peine d’ouvrir le dernier et mes craintes sont, hélas, confirmées.
    C’est dommage car l’ »aura » de ce titre de presse pourrait aider à faire tomber la réputation « petits Mickeys » de la BD, et qu’il y en a d’autres que Bilal qui méritent d’être reconnus en tant qu’artistes tout court.
    Donc merci de continuer à faire des amis

    Cordialement

    • Arleston dit :

      Oui je l’ai lu… un numéro pitoyable de banalités plates et d’interprétations erronées manifestement destiné à un public condescendant. Et le tout truffé de fautes. D’un autre côté, comme objet involontairement kitch et marrant, mais ça vaut le coup. J’ai pris quelques fou-rires devant ces articles très prout-ma-chère parfaitement creux.
      Ca m’inquiète plus sur le magazine dans son ensemble, que je lis parfois. Je ne peux m’empêcher de me poser la question: puisque les rédacteurs font preuve d’incompétence dans le domaine que je connais, ce que je crois y apprendre dans des domaines qui me sont plus éloignés peut-il être pris au sérieux ?

    • Michel Blanc-Dumont dit :

      Cher Gilles

       »Les cons ça osent tout,c’est comme ça qu’on les reconnait »disait Audiard…Les pédants aussi!!et leurs médiocres écrits prétentieux sont toujours sur papier glacé…
      Ce genre d’écrits aurait bien fait sourir Claude Moliterni!
      Merci pour ton travail rigoureux ,ton regard juste et sans complaisance.Ne change rien,tu fais oeuvre utile,toi!
      Amicalement

      Michel Blanc-Dumont

  5. Stéphane Beaujean dit :

    Bonjour M. Ratier,

    puisque vous citez deux fois mon nom, je vais faire l’erreur de vous répondre.

    Les erreurs que vous mentionnez, dans ce magazine auquel j’ai collaboré, sont effectivement embarrassantes. Ceci étant dit, lorsque l’on s’échine à critiquer les approximations des autres, le mieux est d’éviter d’en faire soi-même dans cette dite critique.

    De la part d’un érudit spécialiste, c’est ballot et, pour le coup, vraiment peu sérieux.

    Monsieur Gilles Ratier, donc, que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, vous me prêtez à ce jour un nombre incroyable de titres, gestes, et actions, totalement infondés. Je n’ai, à ce que je sache, jamais été commissaire d’expo, écris à Bang ou encore moins de livres sur la bande dessinée (que je ne cite guère non plus, d’ailleurs).

    Bref, je ne corresponds, ce n’est pas dur, à ABSOLUMENT AUCUN des critères que vous relevez dans votre magnifique amalgame tendant à prouvez la médiocrité des collaborateur de ce numéro de Beaux Arts.

    Rassurez-vous. Bien qu’aucune de vos remarques ne soient vraies, et qu’aucune des approximations que vous mentionnez ne soient de moi (et pour cause, vous n’en trouverez pas dans ce numéro) je veux cependant bien reconnaitre être la lie de la critique de bande dessinée, si cela vous fais plaisir. Mais certainement pas pour les raisons que vous mentionnez.

    Pour une fois, s’il vous plait, faites votre travail d’érudit amateur correctement en évitant la facilité des amalgames (sans oubliez leur puanteur philosophique) et allez cherchez des sources fiables capables de vous crédibiliser.

    En effet, cette fois-ci je me sens particulièrement concerné et, comme vous le précisez dans votre signature, il n’est pas dur de « ne pas se faire que des copains » lorsque l’on déblatère un tissu de mensonges comme celui que vous venez d’écrire à mon endroit.

    Dans l’attente, donc, je vous prie de continuer votre excellent travail en évitant de me conspuer sur des motifs spécieux.
    Merci d’avance

    • Coutelis dit :

      Mon cher Gilles,

      Qu’est-ce que tu t’échines à essayer de convaincre des snobs (en leur répondant, en expliquant la part de qualité qui existe en BD et chez bon nombre des auteurs qui font honnêtement ce métier) qui de toute manière nous considéreront toujours comme des étrons indignes dont le « succès » est suspect, forcément suspect?

      Un exemple: il ne viendrait jamais à l’idée d’un présentateur de télé de s’étonner du salaire d’un footeux par exemple, ou du compte en banque d’un chanteur ou de la fortune d’un acteur, cependant la question qui est éternellement posée à Uderzo quand on lui fait l’honneur de l’inviter dans une émission télé (et Goscinny itou en son temps) est toujours la même: « n’avez-vous pas honte d’avoir gagné autant d’argent avec la BD ou n’éprouvez-vous pas quelque remord à être si riche? »

      Comme si il était déshonorant d’avoir réussi avec son travail, dans son travail et par son travail dans une activité inepte, en l’espèce la BD! Exemple éblouissant de la bêtise et du conformisme à la mode.

      Faisons plutôt comme Candide: cultivons notre jardin et basta cosi!

      Bien à toi,

      Alexandre Coutelis

  6. Chantal Montellier dit :

    En effet, ce numéro est un peu irritant.  Il vole au secours des succès commerciaux les plus évidents, favorise quasi exclusivement les bons ?vendeurs? qui rapportent gros et tiennent le haut du pavé et des vitrines. C’est un peu facile, paresseux…
    Et puis, j’ai cherché en vain des noms de femmes auteures. Pas un seul! Il faut dire qu’au féminin ?maître? devient ?maîtresse? et que ça prend donc un tout autre sens!

    Ce n’est qu’un début, le commerce lucratif continue!

    CM

    • Sergio Salma dit :

      La maladresse des uns et la virulence des autres nous amène illico à une sale petite guerre. Je dirais dans un premier réflexe : »Pax les amis, est-ce que ça en vaut la peine? »

      Et puis en fait, quand on voit la rancoeur et la violence endossées au quart de tour , il faut bien se rendre compte qu’il est inutile de tempérer quoi que ce soit. Gilles Ratier n’a fait qu’exprimer une humeur très très répandue . Il faut que vous le sachiez, amis élitistes qui parfois mélangez torchons et serviettes pour vous faire mousser, vous êtes comme l’autre grande fratrie un peu collante mais avec laquelle on est obligé de vivre: les chasseurs de dédicaces. Entre nous , auteurs, même si on n’est pas tous comme cul et chemise, on se le dit souvent. Ah!Là!Là! Quelle engeance. Mais bon, chacun fait ce qui lui plaît et la vie continue, ce ne sont vraiment pas des soucis gravissimes. Mais tout de même…

      Autant on tolère nos amis bédéphiles , collectionneurs compulsifs de gribouillis à la commande, simplement parce qu’ils sont passionnés donc déraisonnables voire fétichistes, autant on en a un peu ras le bol de ce regard de biais. Ce qui choque dans tous ces numéros où les Beaux-Arts se penchent ( mais alors très bas, bonjour les haut-le coeur et le vertige) sur la bande dessinée, c’est le manque d’imagination. Soit , ils n’y connaissent pas grand-chose , et ça part du sempiternel sentiment de faire passer à un lectorat choisi des informations digérées depuis 20 ans par ceux qui le vivent de l’intérieur. L’expression « lettres de noblesse » semble avoir été inventée pour cette frange de critiques et de public. Qui découvrent la bouche en « ôh mon Dieu comme c’est bô » que oui finalement on est sorti de la bêtise , des enfantillages et des adolescentillages pour enfin toucher au sublime.
      Il leur a fallu Maus de Spiegelman (qui est extraordinaire) pour se réveiller n’ayant pas remarqué que le marsupilami était au moins aussi révolutionnaire. Soit.

      Le plus étonnant c’est la sélection drastique qu’ils opèrent. Il n’est jamais question de théâtre crétin ni de danse idiote, jamais le cinéma n’est stupide ni la littérature abrutissante. Il n’y a que pour la bande dessinée dont le simple nom induit une bassesse inhérente.

      En fait, c’est un honneur d’être montré du doigt par ces gens-là. Oui, restons les cancres, coiffons les bonnets d’ânes et défilons devant ces Lagarde et Michard. Ceux qui ont oublié d’être gourmand et curieux. Qui ont détestablement grandi et surtout vieilli.

      Le texte sur Molière et les réflexions sur Edmond Rostand sont incroyablement , effroyablement révélateurs. La moindre des incartades du bon goût est sanctionnée par ces amateurs éclairés. Je me demande parfois d’où leur vient cette haine, cette antipathie. Je crois tout simplement que le rapport à l’enfance et à l’instruction pose un problème à une certaine classe de personnes. Celles qui utilisent dédaigneusement le mot culture populaire parce qu’elles sont persuadées qu’il y en a une autre. Ils pensent bien sûr qu’il y a des niveaux et que la vie n’est que hiérarchie. Les beaux, les grands et les riches d’un côté et le peuple de l’autre. Or, ils semblent oublier que tous leurs Arts n’ont pas eu comme vocation première d’être des arts justement. Ils ont été conçus autour du peuple , dans le peuple et pour lui .(N’y voyez aucune considération marxiste svp). Molière peut-être ferait de la bande dessinée. La maladroite, celle qui pue le caniveau, il aurait bossé pour Artima, créé des personnages avec des gros nez, et des gags , de bons gros gags bien vulgaires.
      Ce que nous appelons théâtre classique était autrefois destiné aux gens. Aux simples gens, qui vivaient et rotaient. Et surtout qui crevaient la dalle et ne savaient pas lire. Molière et les milliers d’autres écrivains de théâtre pensaient à eux et aux riches qui pouvaient les aider à faire exister leur troupe. Molière c’était un saltimbanque, subventionné un jour sur deux. Il était plus près des auteurs de bd populaire que du poste de directeur de la Villa Médicis.

      Ce qui oppose Gilles Ratier à d’autres personnes qui sont elles aussi des critiques c’ est la forme de leur passion . Il y a les émotions primaires et les émotions réfléchies. Les deux sont essentielles, vitales et il ne sert à rien de les confronter. Ce qui fait naître le désir d’écrire à propos des recherches artistiques peut toutefois amener le regard dans des directions dangereusement opposées. On peut le noter , c’est aveuglant, pour la bande dessinée.

      Chaque école, chaque genre va se trouver régulièrement déconsidéré. Les humoristiques ( même hiatus au cinéma ) , les réalistes mis de côté par les autres, les sérieux, les littéraires, les undergrounds, les minimalistes, les autobiographes, les « pour les gamins », chacun pourra un jour ou l’autre en prendre plein la figure par ceux d’en face. C’est le jeu, on expose, on s’expose.

      Le plus exaspérant n’ est pas le survol élitiste . Même s’il fait très mal, s’il place très haut des auteurs et en oublie ou néglige d’autres . Le plus exaspérant est le mauvais service rendu au genre lui-même et la grande distorsion qui en découle. Parce que ces gens qui s’amusent à dézinguer ou à adorer sont écoutés et lus. Et ce qui leur semble la vérité n’est qu’une vérité, la leur.

      Vous me direz, on s’en fout. Chacun est libre . Et tant pis pour les dégâts. Ce qui est dommage c’est l’inconscience dans laquelle ces amateurs au goût et à la plume affûtés naviguent. Ils ne savent pas que leur vision est étrangement étriquée , incomplète. C’est bien entendu flagrant pour le cinéma ou la littérature, mais c’est infiniment plus grotesque pour ce qui concerne la bande dessinée. On se souvient du coup de gueule de Lecomte envers les critiques. Ce qui était là aussi une maladresse puisque ce coup de gueule , il a été obligé de le pousser dans…la presse, le fief de ces ennemis d’un jour! Ils sont parfois clairvoyants dans leurs inexactitudes. Mais combien de vaxations pour une ou deux fulgurances. Il suffit pour ça de feuilleter les anciennes revues pour se rendre compte de la fête qu’ils faisaient à certains qui s’en sont retournés dormir dans l’oubli total; d’où peut-être les valeurs-refuges. Hergé et Bilal on prend pas trop de risques.

      Cette presse -là est édifiante. Celle qui parle du Louvre ou des Incas, de Bacon ou de Dürer méprise évidemment l’autre presse, celle qui cause de Laeticia , de Florent ou de Poivre.
      En réalité, c’est le même papier qui tourne quasi dans les mêmes rotatives et qui est distribué dans les mêmes camionnettes.

      Ces revues sur papier glacé qui parlent avec la même ferveur de Camille Claudel, de Tati( Jacques) ou du Prado vomissant leurs clichés vulgaires sont au même niveau que le paparazzisme le plus simplet. Il racle aussi les mêmes portefeuilles et c’est la même impulsion d »achat qui motive le lecteur. On a envie de s’évader, de voir du plus beau ou du plus moche, de voir le monde dans ses merveilles ou ses crétineries. Mais jamais les faiseurs de ces journaux ne pensent que le lecteur puisse ne pas être dupe. Il lui prête une bêtise, alors qu’il n’est que distrait et fatigué. Et j’ose même affirmer que le lecteur de Voici et de Beaux-Arts est la même personne; celle qui un jour va se gratter les couilles sur une plage et le lendemain ira voir Picasso-Matisse . Les supporters de foot ne sont pas que supporters de foot. ils sont pères de famille, cinéphiles, amateurs de flamenco ou que sais-je.

      Quand on aura fini avec l’amalgame et les castes( TF1 contre Arte) on avancera un peu dans cette lutte de tous les jours. La vraie.

      Alors que l’on sorte un cent-millième canard avec Hergé en couverture n’est pas une surprise, rien d’étonnant, rien de nouveau. Les coquilles ne sont pas inexcusables. Comme Arleston je me dis effectivement que s’ils causent des Mayas ou de Hemingway avec les mêmes approximations, on n’est pas rendus.

      Ils savaient aussi que c’était couru. Tous les répertoires, toutes les listes et les nominations apportent toujours le même lot de frustrations. Ce sont les mêmes raccourcis qui leur font parler de Cannes au mois de mai et des Chtis quand ils dépassent 10 millions d’entrées. 9 millions neuf cents mille c’est un film où les boeufs et les beaufs se ruent. 10 millions c’est un phénomène de société.

      Merci de me refaire prendre conscience de la fatuité de tout ceci. Et je conclus sur ce qui me fait le plus vibrer. Deux choses. La bande dessinée est multiple. Ce serait bien que vous en rendiez compte. Mais pas obligés, vous faites ce que vous voulez.
      La deuxième chose, c’est de faire savoir que malgré le fait que vous n’aimiez pas fondamentalement vos contemporains( puisque c’est écrit sur votre casquette) on vous aime bien quand même. Vous êtes touchants dans vos habits de terrribles juges. Vous nous attendrissez avec vos gros yeux de gens intelligents. Un reproche : faites un peu fonctionner vos ventres et pas seulement vos caboches.

  7. JL Garréra dit :

    Je ferai plus court que la très belle plaidoirie de Sergio… ;-)

    Que Dieu, s’il lui prenait l’incroyable idée d’exister un jour, nous garde de toutes ces considérations de haut niveau qui étouffe le monde des « arts ».

    Faisons nos ‘tites BD qu’on aime et laissons l’élitisme là où il est. L’élitisme mène inévitablement au nombrilisme (c’est sur le chemin).

    Continuons à nous amuser, (même en faisant des BD sérieuses) et tout ira bien.

    Big up à Gilles, notre Don Quichotte à nous, et merci de veiller au grain…

    JL

    • Jean Luc SCHNEIDER Libraire dit :

      Je n’ai pas lu ce numéro mais à la vue des commentaires de Gilles je n’en n’ai pas vraiment envie. Ce qui me surprend, délicieusement je dois le dire, c’est le pavé jeté dans la mare de la récupération snobinarde d’un art qui recele certainement plus de subtilité et de profondeur que le raccourci caricatural qu’en font nombres de pseudos intellectuels à qui l’on a souvent interdit d’en lire alors qu’ils étaient enfants. Il serait intéressant d’ailleurs de faire bosser des psys sur les raisons de l’aversion, ou du ralliement de circonstances de certains, vis à vis de la bd.
      Heureusement qu’il faut de tout pour faire un monde et pour ma part j’ai trouvé dans la revue XXI un mariage d’amour entre les textes de société, une forme de littérature, la photographie la bande dessinée et l’illustration.
      Nous ouvrons d’ailleurs cette année notre festival de bd (cyclone bd à la Réunion) à la littérature et à l’illustration jeunesse dans le but d’attirer des gens qui d’ordinaires ne lisent pas de bd et leur permettre de la découvrir à cette occasion. Je reste persuadé que c’est le meilleur moyen à travers des conférences, des rencontres et des expos de surprendre agréablement les irréductibles. Nous invitons aussi des journalistes mais ceux de beaux arts ne le seront pas.

  8. Jacques Dutrey dit :

    Et ça va pas en s’améliorant : le numéro spécial « un siècle de BD américaine » (septembre 2010) comporte lui aussi un certain nombre d’erreurs pourtant rectifiées depuis plus d’un demi siècle, en y ajoutant des nouvelles.
    Il y traine une erreur factuelle que Gaines et Feldstein ont répétée dans leurs interviews depuis un demi siècle et que reprennent en choeur tous les pseudo-critiques de pictérature :
    NON GAINES ET FELDSTEIN N’ONT PAS ETE LES PREMIERS A NOMMER ALFRED E. NEUMAN LE GAMIN AU SOURIRE IDIOT. Même Feldstein a été trés étonné quand je le lui ai prouvé.
    De plus le « what me worry kid » était sur la couverture du premier et suivants dessiné par Kurtzman (24 à 26), Elder (27-28), Davis (27) et en mini poster par Elder (27).
    Gaines et Feldstein n’ont donc pas inventé grand chose…
    Enfin ce n’est pas le n°28 que Feldstein a achevé mais le 29. Au 28 Kurtzman était encore aux commandes, et il est resté des histoires de Kurtzman et Elder jusqu’au n°30!
    Rendez à Gaines et Feldstein ce qu’ils méritent mais pas plus.

    …autres bétises, même article : Terry Gilliam n’était pas rédacteur en chef de Help au n°8 car il n’était pas encore arrivé à New York. Il n’a d’ailleurs jamais été rédacteur en chef, mais simplement assistant à partir du n°17, après Gloria Steinem et Chuck Alverson.
    Crumb n’apparait dans Help qu’au n°22 de janvier 1965.
    Stone et Acin n’ont pas bien révisé leurs leçons…

    Un copain artiste m’avait bien dit que « Bozart » est une revue qui fait rigoler les spécialistes…

    C’est aussi bien que l’almanach vermot!