« Terra Australis » par Philippe Nicloux et Laurent-Frédéric Bollée

L’ouvrage est volumineux (512 pages), épais, pesant, relié comme un dictionnaire auquel fait penser la couverture représentant la planète bleue sur laquelle se détache une île. Peinte sur elle, gravé dans sa terre, se détache un animal dessiné à la façon des aborigènes. L’Australie, donc, où les auteurs nous mènent pour un long voyage dans le temps et dans l’espace…

Bollée en rêvait et il l’a fait ! Raconter le peuplement de l’Australie en revenant au point de départ et en suivant quelques uns de ces individus d’infortune qui se trouvent bientôt embarqués dans l’aventure. On est à Londres, au XVIIIè siècle,  dont on a refait la prison, à nouveau trop petite. Que faire ? On a beau exécuter allègrement en place publique, le spectacle ne fait plus recette et ternit la gloire du monarque. Or il faut désengorger les prisons et rassurer le peuple !  Pourquoi ne pas dénicher une île pour loger tous ces parias ? Et l’on repense à Cook, mort là-bas, en terra australis incognita… L’odyssée peut commencer. Reste à  dénicher les acteurs, des centaines de condamnés, de bagnards, de parias, d’orphelins, de noirs venus d’Amérique après s’être rangés du côté des Anglais, de prostituées aussi, plus de 1000 personnes  qui vont partir à leur corps défendant.

Les auteurs de l’album suivent tour à tour quelques uns de ces spécimens qui vont bientôt peupler l’arche de Noé, les Arches puisque c’est pas moins d’une dizaine de bateaux qui vogue la galère  pour rejoindre l’hémisphère sud car, c’est décidé, on les enverra à Botany Bay créer une nouvelle colonie, cultiver la terre et exploiter ses supposées richesses. Mais qui mettre à la tête d’un tel état ? Qui peut accepter des mois de traversée pour s’installer en terre inconnue, prendre le risque d’y être oublié et derrière la promotion se trouvait en totale perdition, un exil peut-être définitif face à ces sauvages qui ont assassiné Cook, ces « naturels », « ab origine » (peuple originel qui a donné « aborigène »).

Alternant les épisodes liés aux anonymes et les séquences montrant les débats officiels, l’histoire progresse. Après le départ, ce sont des semaines et des semaines d’enfermement, de promiscuité, de douleurs, de maladies. Le voyage est difficile, cruel. Les tensions montent. La sauvagerie, certains la découvriront avant de mettre un pied en Australie ! De son côté, La Pérouse y songe également, pas pour les mêmes raisons. Lui, c’est un explorateur, mais Botany Bay signera quand même sa fin !

« Terra Australis » c’est cinq années de travail, de recherches, et au bout du compte une somme vivante, documentée, riche, réussie et imposante, sans oublier le travail de Philippe Nicloux, dont les décors quelquefois austères ou les visages caricaturés usent d’un noir et blanc très expressif. Sa galerie des personnages reste exceptionnelle et savoureuse.

Alors bon voyage,

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Terra Australis » par Philippe Nicloux et Laurent-Frédéric Bollée

Éditions Glénat (45 €) – ISBN : 978-2-7234-7257-9

Galerie

Une réponse à « Terra Australis » par Philippe Nicloux et Laurent-Frédéric Bollée

  1. Truffet dit :

    Bonjour,
    J’aimerais savoir à quelle époque/année se situe-t-on à la fin de la BD.