MARTIN VIDBERG

Après le succès de son album Le journal d’un remplaçant, né d’une bande dessinée publiée auparavant sur internet, Martin Vidberg a maintenant plusieurs albums à son actif, et tient deux blogs BD : Everland, où son récit parodie la série Lost ([http://www.martinvidberg.com/blog->http://www.martinvidberg.com/blog]), et L’actu en patates, sur le site du Monde ([http://vidberg.blog.lemonde.fr->http://vidberg.blog.lemonde.fr]). Ce dernier blog reçoit aujourd’hui plus de 20 000 visiteurs quotidiens.

Coline BOUVART : Vous avez été l’un des premiers à tenir un blog, avec un site personnel que vous mettiez alors régulièrement à jour. Comment vous êtes-vous intéressé à l’époque à ce moyen de diffusion ?

Martin Vidberg : J’ai ouvert mon premier site fin 2000. Je crois qu’à ce moment-là, c’était surtout un jeu : comme d’autres s’amusent à faire du scrapbooking, à bricoler ou à jardiner, je me suis amusé à construire mon site de BD seulement pour moi et pour passer le temps. Je n’avais pas la prétention d’être lu ni même de devenir auteur de BD.
C’était une démarche non réfléchie qui surprend encore un peu mais qui se banalise : aujourd’hui, la plupart des adolescents ont déjà ouvert un ou plusieurs blogs sans vouloir nécessairement faire carrière dans un domaine artistique. Cela devient un mode d’expression naturel.

C.B. : Quelle place ont la bande dessinée et le dessin dans votre vie ? Vous êtes en effet enseignant : comment conciliez-vous ces deux « vocations » ? Pourriez-vous un jour souhaiter ne vous consacrer qu’au dessin ?

Martin Vidberg : Il est effectivement très difficile de gérer deux activités aussi prenantes, d’autant plus que même au niveau du dessin, je ne peux pas m’empêcher de toucher un peu à tout (pub, dessin de presse, illustration, BD…) Mon problème, c’est que je ne sais pas vraiment ce que je veux. Je n’ai jamais fait de plan de carrière et je n’ai simplement pas envie de faire un choix. J’ai l’impression d’apprécier d’autant plus le dessin, les festivals, l’exotisme de ce métier si particulier d’auteur de BD que le lundi matin, je retourne devant ma classe.

C.B. : Comment l’idée de « picto patates », qui rend votre style si reconnaissable, vous est-elle venue ?

Martin Vidberg : L’idée des patates m’est venue un peu par hasard en fait. Je me suis mis à dessiner paradoxalement durant mes études à l’IUFM où je m’ennuyais un peu dans le fond des amphis. En crayonnant, j’ai dessiné ma première patate, qui n’a pas grand-chose d’original, mais qui m’a semblé sympathique à animer. Je n’ai jamais eu l’intention de faire « carrière » avec ce personnage mais sans que je comprenne comment, je me retrouve toujours à le dessiner.

C.B. : Vous tenez donc aujourd’hui deux blogs : L’actu en Patates, sur le site du monde.fr (http://vidberg.blog.lemonde.fr), et votre blog personnel, « Everland » (http://www.martinvidberg.com/blog). Comment l’Actu en Patates est-elle née ? Et comment concevez-vous ce travail d’éditorialiste en quelque sorte ?

Martin Vidberg : Après avoir écrit le « journal d’un remplaçant », j’ai eu envie de faire du dessin d’humour et des planches plus courtes. C’était la période des élections présidentielles et j’ai choisi de suivre un peu l’actualité. J’y ai pris goût assez rapidement, il me semble que mes personnages apportent une certaine légèreté qui permet de traiter de choses parfois graves en douceur. Je n’ai pas arrêté depuis.
LeMonde.fr m’a proposé de rejoindre leur plateforme de blog au moment où je trouvais que les dessins d’actualités devenaient un peu trop envahissants sur mon site. Mais je suis tout aussi libre (et indépendant) sur la plateforme du Monde que je ne l’étais avant. Cela n’a d’ailleurs rien d’exceptionnel, c’est le principe de fonctionnement du site. Les seules limites que je me fixe sont de ne pas m’engager politiquement et de surtout divertir les visiteurs.

C.B. : Sur votre blog, vous développez actuellement une série « Perdus sur l’île déserte » : est-ce un projet que vous souhaiteriez voir édité ?

Martin Vidberg : Ce blog est en chantier depuis l’ouverture de « l’actu en patates ». L’idée est d’y publier une bande dessinée à suivre, de préférence différente de ce que je fais sur mon site d’actualité essentiellement pour assouvir mon besoin de raconter des histoires. Honnêtement, je n’y parviens pas encore et les pauses sont nombreuses depuis un an.

C.B. : Vous avez mis en scène votre expérience d’enseignant dans plusieurs ouvrages, notamment dans « Le journal d’un remplaçant », chez Delcourt, et « Les instits n’aiment pas l’école », chez Diantre. Comment ces deux opus ont-ils vu le jour ?

Martin Vidberg : Le journal d’un remplaçant a été diffusé intégralement sur mon blog avant d’être publié. C’est un peu mon « apprentissage » de la BD, je ne savais pas vraiment où j’allais quand je l’ai commencé ni si le récit aurait de l’intérêt au final. Je me suis donc « contenté » de raconter une année d’enseignement sans trop me poser de questions et c’est peut-être cette fraîcheur qui fait que l’album a bien fonctionné.
« Les instits n’aiment pas l’école » est une friandise destinée aux enfants. Les éditions Diantre m’ont proposé de faire un petit album, j’ai pensé alors à mes élèves à qui j’avais envie de m’adresser.

C.B. : Vous avez également publié « Jo 2012 », une petite histoire pour laquelle vous avez confié la mise en couleurs à Gally : comment cette collaboration s’est-elle tissée (ndlr : Gally a été la lauréate du prix du public à Angoulême en 2009, nous l’avions alors interviewée) ?

Martin Vidberg : « JO 2012 » (qui est épuisé) est également un micro album de 12 planches au format A6 qui était vendu 1 euros et destiné à habiller les comptoirs des libraires. Il s’agit encore une fois d’une petite friandise humoristique sans grande ambition mais qui m’a effectivement permis de collaborer avec Gally qui m’a proposé de le mettre en couleur. Comme je ne suis pas un grand coloriste, j’ai accepté avec plaisir.

C.B. : Vous avez également publié trois autres albums : les Passeurs, tomes 1 et 2, et Le Blog. Pour ces trois ouvrages, vous avez travaillé en collaboration avec un dessinateur (Mickaël Roux), pour les premiers, et avec un scénariste, Nemo 7, pour le dernier. Aimez-vous travailler ainsi en tandem, et puisque vous avez en quelque sorte testé toutes les configurations (dessinateur, scénariste, scénariste et dessinateur), laquelle préférez-vous ?

Martin Vidberg : « Les passeurs » est une bande dessinée d’aventure pour enfants, « Le blog » est un recueil de strips sur la mode des blogs. Ces deux ouvrages ne se ressemblent pas du tout et la collaboration avec Nemo7 et Mickaël Roux ont également été très différentes. Avec Nemo7, je n’ai pratiquement rien fait : je lui ai donné quelques cases et il a monté toute la BD avec. Pour « Les passeurs », par contre, il a bien fallu écrire le scénario.
De manière générale, je ne cherche pas absolument à me lancer dans des collaborations et je n’ai plus aucun projet en ce sens. C’est toujours plus délicat à gérer que de travailler seul.

C.B. : Avez-vous pensé à une édition de vos notes de l’Actu en Patates ? Est-ce un projet qui vous séduirait ?

Martin Vidberg : J’y ai pensé mais on m’a plusieurs fois déconseillé de le faire et comme mon éditeur n’était pas intéressé, j’ai rangé l’idée dans mes placards. J’aimerais bien garder une trace de ce blog mais je ne suis pas sûr de la forme que je pourrais lui donner. Je me donne le temps d’y réfléchir.

C.B. : Quels sont à vos yeux les avantages de l’édition en ligne et des « BD Blogs » par rapport à l’édition traditionnelle ?

Martin Vidberg :L’avantage principal est d’avoir toujours une publication récente et un contact avec ses lecteurs. Cela me permet aussi de travailler régulièrement sans la pression assez insupportable de la fameuse « période de bouclage » des albums papiers.
Comme je ne suis pas parisien, pas forcément sûr de moi et que je n’ai pas suivi un itinéraire classique, je suis presque sûr que je n’aurais pas fait d’album sans ouvrir un blog auparavant. Et depuis que je tiens l’Actu en patates, j’ai régulièrement des propositions de travaux rémunérés qui sont toujours les bienvenus.

C.B. : Avez-vous des projets d’albums en cours ? Et comment envisagez-vous l’avenir de vos deux blogs actuels ?

Martin Vidberg : Non, je n’ai pas de projets papier sérieux en ce moment et c’est sans doute ce qui me manque le plus. Mais c’est surtout un manque de temps.

C.B. : Enfin y a-t-il des blogs que vous aimez suivre dont vous aimeriez nous parler ?

Martin Vidberg : En ce moment, j’essaye de découvrir des blogs en dehors du petit monde de la BD. Je me rends compte que les blogs réalisés sérieusement avec des auteurs qui pensent avant tout à leurs lecteurs font exception et que cela manque. La plupart sont pensés comme des outils de réseaux sociaux et manquent d’intérêt pour leurs visiteurs. C’est également ce que je recherche parmi les blogs BD et c’est la raison pour laquelle les blogs de Boulet, Pénélope, Kek ou Marion Montaigne font partie de mes favoris.

Albums parus :

J.O. 2012, éditions Danger public

Le journal d’un remplaçant, Delcourt

Les passeurs, tomes 1 et 2, Editions Carabas

Le Blog , éditions Onapratut

Les instits n’aiment pas l’école, Editions Diantre !

Galerie

Une réponse à MARTIN VIDBERG

  1. Noémie dit :

    J’adore les BD de Martin Vidberg, elles sont toujours extras et me font bien rire:D Merci d’avoir publié cet interview, je ne m’étais jamais posée de question sur son auteur mais par curiosité j’ai lu l’interview et finalement c’est pas plus mal. Je ne savais qu’il était enseignant ! Je me faisais une fausse idée d’eux alors… Je vais devoir revoir mon opinion ^^casino 770

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