« Mon fiancé chinois » par Laure Garancher

La narratrice de ce récit très touchant se nomme Pad. C’est une vieille femme chinoise lorsque nous la découvrons sur la première planche, alors qu’elle entame l’histoire de sa vie. Elle se rappelle d’où elle vient et pourquoi elle a quitté son pays, le Vietnam, lorsqu’elle était jeune fille. Pad appartenait alors la minorité Hmong, un peuple vivant dans le nord Vietman, très attaché à sa culture, à sa langue, à son indépendance et à sa liberté de circulation.

N’ayant pu épouser le garçon qu’elle aimait et qui était un cousin éloigné, Pad a fini par accepter de partir en Chine pour un mariage arrangé. Elle ne connaissait pas Tao, l’homme avec lequel elle allait passer sa vie mais elle s’est résignée et sa famille a reçu de l’argent pour son sacrifice.

Mon fiancé chinois première planche

Si la politique de l’enfant unique (donc du garçon unique) en Chine n’avait pas rompu l’équilibre démographique du pays, si les jeunes femmes chinoises ne se montraient pas si difficiles et exigeantes pour accepter un mari, les agences matrimoniales chinoises n’auraient pas recruté des candidates au mariage au Vietnam et Pad aurait pu vieillir parmi les siens.

Mon fiancé chinois page 10

Le récit, construit en flash back, se compose de cinq chapitres qui s’attachent aux personnages essentiels. Pad évoque tout d’abord la vie de sa belle-mère, Lan, qui est une jeune fille en 1984. Lan a  appris très tôt « à vénérer Bouddha, à prier mes ancêtres … et à aimer celui qui a réorganisé ce pays, notre timonier, Mao … ». Mais elle a aussi vite compris qu’elle devait se plier aux traditions et accepter le mariage arrangé par ses parents. Lan n’a pas eu le choix, elle a épousé Chang, est partie vivre dans sa belle-famille, a travaillé dans le restaurant familial, est tombée enceinte, a subi un avortement car elle attendait une fille, avant de faire ce que l’on attendait d’elle, un garçon !

Mon fiancé chinois page 26

C’est ensuite la vie de Huong, la mère de Pad, qui nous est racontée. Huong la paysanne Hmong, a vécu autrement, a eu huit enfants et elle est morte durant son dernier accouchement. Tao, le futur mari de Pad, a passé ses premières années à croire qu’il était un prince, comme la plupart des fils uniques chinois. Il a bénéficié d’une immense attention, a été choyé, adulé mais a dû subir en même temps une immense pression, sommé de réussir pour l’honneur de la famille qui ne peut, en aucun cas, perdre la face socialement. Quant à Pad, venue de très loin, elle a fini par devenir chinoise et a accepté son destin.

Mon fiancé chinois page 41

Ce premier roman graphique de Laure Garancher n’est ni un pamphlet ni un réquisitoire. L’auteure, qui a passé plusieurs années au Vietnam pour l’OMS, raconte des personnages et  des vies, à différentes époques de l’histoire contemporaine. Ces gens-là, Pad, Lan, Chand, Tao, très éloignés de nos cultures occidentales, ces hommes et ces femmes, ont dû sans cesse s’accommoder, s’arranger avec des non choix, pour trouver malgré tout un chemin possible. C’est finement raconté et mis en images de manière délicate et sensible.

 Catherine GENTILE

« Mon fiancé chinois » par Laure Garancher

Éditions Steinkis (14,95 euros) – ISBN 979 10 90090 15 6

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