« Commandant Achab » T3 (« L’Ours à la jambe de bois ») par Stéphane Piatzszek et Stéphane Douay

Commandant Achab est né chez Quadrants, en 2009, avec « Né pour mourir », titre presque prophétique puisque après deux albums, la série s’est arrêtée. Heureusement, Achab, doté du nom mythique de la baleine blanche, ressurgit des flots chez Casterman avec la réédition des deux premiers volumes et une nouveauté…

On a découvert dans le premier épisode comment Karim, jeune policier muté à la Crime, au fameux 36 Quai des Orfèvres, rencontra Edgar Cohen surnommé Achab, un flic à la jambe de bois (comme le personnage d’Herman Melville). Achab a la cinquantaine, vit avec un vieux chat, se drogue et apparaît antipathique, suffisamment atypique en tout cas pour être relégué par sa hiérarchie aux archives. Et suffisamment fort et désagréable pour, paradoxalement, séduire !

Karim doit pourtant faire équipe avec lui sur une affaire de meurtre d’un député marron. Leurs relations s’annoncent difficiles car le souvenir d’un homme plane entre les deux hommes. Pas n’importe quel homme : Fath, le propre père de Karim et ami d’enfance d’Achab, mort dans des circonstances troublantes… Le premier épisode jouait la carte des secrets de famille autant que celle des secrets professionnels, ce que poursuivait le deuxième volet…

Dans ce troisième tome, Achab et Karim séjournent au Havre, où Fath, le père du second, a passé les derniers moments de sa vie en prison. Celle-ci étant promise à une démolition imminente, les deux policiers cherchent encore et toujours à résoudre l’énigme du troublant décès de Fath… Mais, à Paris, tout a commencé par un drôle de suicide, celui d’un ours blanc, au zoo ! C’est vrai qu’il fait très chaud, août et canicule obligent, mais tout de même ! Puis la virée havraise se complique par l’assassinat du maire de la capitale normande. On leur confie l’enquête et, là, les investigations d’Achab dérangent ! Constamment enquiquiné par sa guibole de plastique qui couine, il commence à s’intéresser furieusement à une clinique spécialisée dans l’opération des individus nés hermaphrodites et dont on va faire des filles parce que, comme le dit la fille du maire, « c’est plus facile de faire une chatte qu’une bite » ! Les dialogues de Stéphane Piatzszek sont effet cinglants, toniques, roboratifs, et l’on attend la suite et la fin de cette histoire avec impatience.

Autre enquête dans la même ville, par le trio Djian / Popopidou et Jay, avec « Le Havre », justement, et un bar qui donne son titre à ce premier épisode : « Au buveur d’étoiles ». Jacques y est barman, le soir, et c’est à travers la clientèle, les bribes de leurs conversations, les regards revisionnés a posteriori, qu’il essaie de comprendre qui était vraiment la jeune femme retrouvée morte dans les eaux du port. Tous les éléments étaient sûrement là, sous ses yeux, mais le puzzle interlope n’est pas facile à reconstituer. A noter que le dessin noir et blanc, sévère, accompagne un scénario qui cède régulièrement le pas à l’écriture romanesque, ce qui est plutôt original. Fin de l’histoire en tout cas au prochain numéro avec « Joyeuses fêtes ».

Alors, bons voyages.

Didier QUELLA-GUYOT ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Commandant Achab » T3 (« L’ours à la jambe de bois ») par Stéphane Piatzszek et Stéphane Douay

Éditions Casterman (13,95 €) – ISBN : 978-2-203-05917-7

« Le Havre », T1 « Au buveur d’étoiles » par Jean Blaise Djian / Popopidou et Jay

Éditions Vagabondages (11,50 €) – ISBN : 978-2-918-14313-0

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