PLUS DE LECTURES DU 13 AVRIL 2009

Notre sélection de la semaine : ? Rédemption T.1 : Oiseau noir ? par Paolo Mottura et Christophe Bec, ? Trompe la mort ? par Alexandre Clérisse, et ? Point de rupture ? par Eduardo Risso et Carlos Trillo.

? Rédemption T.1 : Oiseau noir ? par Paolo Mottura et Christophe Bec – Editions Dupuis (13,50 Euros)

Décidemment, Christophe Bec est devenu, en peu de temps, un spécialiste des histoires d’horreur et d’effroi en bandes dessinées : jouant avec les faux-semblants et maîtrisant parfaitement l’imagerie et les thèmes de cette mythologie très présente dans la fiction et le cinéma américain. Ici, pour sa troisième collaboration avec l’italien Paolo Mottura (lequel en profite pour épurer le style illustratif admirable qu’il utilisait sur « Carême » et « Deus »), le scénariste (qui est aussi un excellent dessinateur sur « Anna », « Sanctuaire » ou « Prométhée ») reprend le thème inusable de l’étranger qui arrive dans une ville fantôme. Death or Redemption est un patelin situé dans une plaine désertique des États-Unis et qui a la particularité de n’exister que pour les criminels. C’est donc dans ce décor de film hollywoodien qu’arrive le beau ténébreux Chogan Tomkins : un homme qui a toujours le meurtre de sa femme sur la conscience, même si, s’il a été obligé de la tuer, c’était uniquement par amour… Sur la route, il ramasse une jolie poupée en panne qui l’oblige à s’arrêter dans ce bled rempli de barges afin de trouver un garagiste. Le problème, c’est qu’une fois qu’on y est entré, ce n’est pas si facile d’en partir… Christophe Bec a su installer une vraie ambiance grâce à un scénario efficace et intriguant parsemé d’éléments fantastiques parfaitement dosés (comme, par exemple, la particularité de la sensuelle Britanny qui consiste à changer d’apparence en fonction du regard que l’on pose sur elle) : vivement la suite !

? Trompe la mort ? par Alexandre Clérisse – Editions Dargaud (14,50 Euros)

Sorti depuis peu de l’École Supérieure de l’Image d’Angoulême où il a conçu la revue Le Mouchoir et a participé aux collectifs Choco Creed, Alexandre Clérisse ne nous avait que moyennement convaincu avec son premier album réalisé en résidence à la Maison des auteurs d’Angoulême et diffusé partiellement sur le site angoumoisin coconino-world.com : « Jazz Club », publié en janvier 2007 dans la même collection « Long courrier » des éditions Dargaud. Mais ici, avec ce récit, peut-être plus classique dans son approche, relatant la quête d’un vieil homme à la recherche de souvenirs enfouis, il opte résolument pour le mode « émotion » et, là, il réussit son coup ! D’autant plus que son trait naïf à la Voutch (en fait, très proche de l’illustration des années soixante) et sa narration à la David Prudhomme (dont ce jeune auteur admire particulièrement le travail ayant même mis en couleurs la « Farce de Maître Pathelin » de ce créateur protéiforme aux éditions L’An 2, en 2006) collent impeccablement à son histoire ! « Trompe la mort » est l’histoire des relations qui s’établissent entre une fille, conductrice d’un bus qui passe de village en village, et son grand-père, retraité âgé de 85 ans décidant, sur un coup de tête, de partir à la recherche d’un clairon qu’il a perdu pendant la « drôle » de guerre. Mais comment retrouver cet instrument qu’il a enterré, des dizaines d’années auparavant, juste avant d’être fait prisonnier par les Allemands ? A partir de cette histoire pas aussi héroïque que le voudrait l’histoire officielle, Alexandre Clérisse nous parle de la solitude, de la vieillesse, de la mémoire, des liens qui peuvent se tisser entre les générations, de l’absurdité de la guerre…, le tout avec humour et tendresse, sans jamais nous donner de leçon : un vrai tour de force !

? Point de rupture ? par Eduardo Risso et Carlos Trillo – Editions Delcourt (13,95 Euros)

Cette histoire post-apocalyptique peuplée de personnages violents et tordus, où le pire de l’humanité côtoie le meilleur, a été publiée en Argentine, à la fin des années 80, sous le titre de « Borderline », à coups de 12 pages par numéro : et comme il y a eu 55 épisodes en tout, cela fait un total de 660 pages que les éditions Delcourt vont nous traduire (par l’intermédiaire de Jean-Michel Boschet) en 4 volumes… Dans un monde où les survivants s’entre-déchirent, une jeune femme, qui a été vendue à des trafiquants d’organes par son petit copain pour une dose supplémentaire de drogue, a été mutilée et transformée en un cyborg : tueur implacable qui n’est plus capable de comprendre un seul des mots qu’on lui adresse. Son ancien amant est devenu lui aussi un redoutable chasseur, aux ordres d’une supérieure tyrannique : il poursuit la même cible que notre « héroïne », mais avec des objectifs bien différents…. Certes, ce n’est pas la première collaboration des prolifiques et talentueux Argentins Carlos Trillo (le scénariste de « La Grande arnaque ») et Eduardo Risso (le dessinateur de « 100 Bullets »), mais celle-ci, contrairement à leurs précédentes œuvres communes majeures que furent « Fulù », « Je suis vampire » ou « Chicanos », a déjà connu d’autres vies : d’abord en Italie, puis aux USA où elle a été nominée aux Harvey et aux Eisner Awards. A conseiller aux amateurs de trash, d’onirisme et d’histoires sordides, mais aussi de belles images : le noir et blanc somptueux de Risso arrivant souvent au même niveau que celui de ces célèbres compatriotes que furent Alberto Breccia, Hugo Pratt ou José Muñoz !!!

Gilles RATIER

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