« Y : Le Dernier Homme » T1 par Pia Guerra, José Marzán Jr et Brian K. Vaughan

Parmi les rééditions Vertigo entamées par Urban Comics, il en est une qui était attendue car ayant plus que droit à une belle édition intégrale : je veux bien sûr parler d’« Y : Le Dernier Homme », la fameuse fresque d’anticipation chromosomique de Brian K. Vaughan. N’attendez plus, elle est là !

« Y : Le Dernier Homme » fait donc assurément partie des séries devant être disponibles en intégralité, cette création étant l’une des plus marquantes du jeune et terriblement talentueux Brian K. Vaughan. Mais qu’est-ce donc que cette série dont tout le monde dit tant de bien depuis tant de temps (elle a reçu l’Eisner Award du meilleur scénariste en 2005) ? Si vous ne connaissez pas cette œuvre maline et originale, alors n’hésitez pas à la découvrir ! Je dois honteusement vous avouer qu’au départ je n’étais pas très attiré par cette série, surtout à cause du dessin de Pia Guerra que je trouvais un peu raide et froid. Et puis lorsqu’on commence à mettre le nez dedans, on ne peut plus s’en passer ! Cette œuvre contient assez d’humanité et d’intelligence, d’humour et de recul pour combler tout amateur de science-fiction et de bonne bande dessinée. Il faut dire que l’histoire, même basée sur des archétypes ultra classiques, réussit à trouver un ton, une atmosphère, qui lui donnent toute son identité, ne se contentant pas de surfer sur un sujet qui revenait à la mode à l’époque mais s’inscrivant bien avec lucidité et humilité dans une lignée très spécifique et véritablement mythique de la SF. De quoi s’agit-il ? Suivez le guide…

 

Vaughan a déjà pris l’habitude remarquable de se pencher sur des sujets difficiles, inhérents à la marche du monde, entre survie, politique, anticipation et psychologie. « Y : Le Dernier Homme » n’échappe pas à ces préoccupations puisque cette série nous raconte l’histoire de Yorick Brown, dernier homme vivant sur une Terre dévastée par une pandémie ayant décimé tous les êtres porteurs du chromosome Y. Donc : dernier homme, oui, mais pas dernier humain, puisque les femmes n’ont en rien souffert de cette pandémie et qu’elles représentent maintenant la seule population terrestre (je sens déjà quelques réactions d’excitation primale chez certains de mes lecteurs mâles). Cette création s’inscrit avec panache et talent dans ce thème éminemment passionnant de l’ultime survivant qu’ont traité de nombreux et talentueux auteurs de SF, comme Richard Matheson avec son « Je suis une Légende » – s’il ne fallait en citer qu’un. Brian K. Vaughan traite ce sujet avec un regard assez fin pour éviter bien des écueils et donner à cette œuvre intense une vraie dimension originale, tentant une radiographie de nos instincts et de nos schémas sociaux plus ou moins conscients. Entre humour et gravité, nous suivons le seul humain testiculé au monde dans un périple où se mêlent survie, histoire d’amour, espionnage, politique, social, action, réflexion, le tout sur un rythme et selon un découpage très réussis, pleins de bonnes idées : on sent que Vaughan a échafaudé une vraie mise en scène, qui plus est des meilleures. Le fait que Yorick doive dissimuler son existence le met dans une situation de fugitif qu’il ne souhaite pas mais qui est sa seule possibilité de survivre dans les premiers chapitres de la série.

 

Le présent volume de cette nouvelle réédition nous fait donc plonger ou replonger dans les origines de la série (épisodes 1 à 10), et vous (re)vivrez cet instant terrible où l’humanité a basculé. Remarque, je ne voudrais pas jouer ma féministe intégriste, mais finalement, quand on voit le bazar que c’est, autour de nous, on se dit que finalement, un monde peuplé que de femmes, ce ne serait pas plus mal. Mon dieu ! Y aurait-il un message phallocrate et sexiste derrière les bons sentiments de cette œuvre ? Bien sûr que non, puisque Vaughan profite de ce postulat pour rendre compte de l’état de l’humanité et non d’un sexe ou d’un autre, n’épargnant pas le « sexe faible » qui peut s’avérer souvent – hélas – aussi édifiant et violent que son pendant masculin… Et puis le fait que le dessinateur de cette série soit une dessinatrice est un élément qui est loin d’être anodin, et qui a dû joué inconsciemment dans l’élaboration, l’écriture et l’évolution du récit tel que l’a voulu Vaughan. Bref, je conseille la lecture de cette œuvre devenue emblématique à tous les fans de SF, de comics et d’anticipation de qualité.

Cecil McKINLEY

« Y : Le Dernier Homme » T1 par Pia Guerra, José Marzán Jr et Brian K. Vaughan Éditions Urban Comics (22,50€) – ISBN : 978-2-3657-7110-8

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