« Atalante » T5 (« Calaïs et Zétès ») par Crisse

Certains auteurs aiment se perdre dans l’espace et dans le temps et, pire, créer de l’espace dans le temps et se jouer du temps dans l’espace, profitant au maximum de toutes les libertés qu’offre l’imagination. Crisse est de ceux-là, ce que soulignent à nouveau les deux nouveaux titres : « Atalante » T5 et « Kalimbo » T1…

Avec la grecque Atalante, l’Indienne Luuna, l’Egyptienne Ishanti, la Maya Canari… Crisse annexe en effet le fonds légendaire de civilisations fascinantes tout en se libérant des contraintes historiques. C’est le principe même de la « Mythologic Fantasy », comme on dit quelquefois. De fait, ancrées sur de bonnes connaissances, ces séries sont avant tout destinées à dépayser et à « dé-temporaliser », bref à « s’aventurer ». Comme Crisse – excellent dessinateur lui-même – s’entoure de graphistes et coloristes hors pair, l’affaire est vite entendue pour construire à chaque fois un monde dynamique, indéniablement séduisant, et des métissages mythologiques savoureux.

Mais reprenons : dans « Atalante », sans vraiment chercher à « revisiter » la mythologie, Crisse privilégie le sens du spectacle, mêlant humour et sensualité, amours et aventure, Dieux et monstres. La souplesse du trait de Crisse et la joliesse des couleurs de Fred Besson sont des atouts de poids pour cette série aux héroïnes aussi charmantes que charmeuses qui joue aussi de la planche (et de la hanche !) avec brio. L’adaptation de la légende d’Atalante, fille du roi Iasos et aventurière recueillie par les êtres de la forêt, devient vite un film à grand budget. Les fils du vent, les Boréades Calaïs et Zétes, ayant été enlevés par les Harpyes, et Atalante ayant capturé des Chevaux volants dans une île peuplée d’êtres extraordinaires, l’aventure peut commencer pour tenter de les délivrer….

Autre réussite incontestable, la série « Luuna » qu’un septième tome a conclu en 2011. Luuna, princesse Paumanok victime d’une malédiction, a vécu en notre compagnie un long voyage d’initiation qui l’a menée jusqu’à une mystérieuse cité aztèque, la cité d’Émeraude. Avec l’aide des shamans, on l’a vue affronter dans les sous-mondes le Prince des Ténèbres et des guerriers jaguars. Puis revenir chez elle, pour découvrir une terre de désolation et sa tribu massacrée par des démons. C’est alors qu’elle devient, pour se venger, reine des loups et qu’elle repart au-delà des horizons – avec à la clé Vikings, fjords et palais de glace – pour « L’ultime combat », titre du dernier volume, contre le plus grand des démons : Unkui. Dès lors qu’on aime les légendes indiennes et les mondes animaliers imaginaires, on se doit de découvrir cette série réellement spectaculaire où le dessin ciselé et stylisé de Kéramidas fait merveille. Le monde indien ainsi mis en scène, non sans effets disneyens, est une vraie jubilation visuelle. L’ampleur du rêve et du plaisir visuel tient aussi aux admirables couleurs. Sans oublier l’humour des Pipintus, petites bestioles fort sympathiques !

Crisse a tenté ces dernières années d’autres incursions mythologiques plus ou moins avortées. Le décès du dessinateur Meglia, en 2008, stoppe net l’aventure « Canari »  (deux titres en 2005 et 2007, chez Soleil). Meglia nourrissait son dessin de beaucoup de détails et le soin qu’il apportait aux architectures ou aux décors naturels laissait rêveur. On y suivait tout particulièrement les aventures d’une petite Indienne, la belle Canari, l’aînée d’une fratrie d’enfants curieux et agités dont l’imprudence (enfiler un bracelet trouvé) les entraîna dans la forêt mystérieuse, peuplée d’ancêtres sacrés, de jaguars inquiétants, d’une cité souterraine aux bas-reliefs inconnus, d’Indiens d’un autre temps, d’animaux fabuleux… C’était fabuleux, justement, mais la série est en stand by.

 Inexplicablement abandonnée, en revanche : « Ishanti, danseuse sacrée », réalisée en 2005, par Crisse et Besson. L’épisode se passait en Egypte, alors que les fêtes du jubilé approchaient. Les apprenties danseuses sacrées s’appliquaient pour devenir grandes danseuses devant le Pharaon et la jeune Ishanti sympathisait avec Tyi, un jeune sculpteur audacieux. En marge, les dieux s’activent : le faucon Horus au langage très familier, voire argotique, Anubis le dédaigneux, Sobek l’arrogant crocodile ou la panthère noire Mafdet pleine de mystère et de féminité… La vision égyptienne de ce monde humain et divin ne manquait pas d’atouts d’autant que l’humour (à noter quelques clins d’œil à Astérix) ajoutait à la vie agitée des dieux et à la vie animalière (chats ou hyènes) particulièrement réussie. Pourtant, le deuxième tome ne paraîtra jamais !

 Plus récemment, Crisse a commencé avec Ood Serrière, « Thalulaa » (Soleil, 2010), une série d’inspiration océanienne dont l’histoire aux péripéties quelquefois convenues est à destination d’un public assez jeune. Tout se passe sur une petite île au milieu du Pacifique. Thalulaa et sa sœur, filles de chaman, trouvent, échoué sur une plage, un jeune homme blond aux tatouages celtiques. Les habitants du village décident d’accueillir cet étranger amnésique et muet. Petit à petit, Manta Oro retrouve son langage et se révèle plein de ressources. Il raconte notamment ce qui lui est arrivé en découvrant une grotte où trônait un tiki énorme. Grâce à lui, les gens du village découvrent même une cité cachée sous la végétation. Avec Thalulaa, ils entreprennent de la visiter. Le tome 2 ne devrait à présent pas tarder…

 Enfin, dernier né, « Kalimbo ». Kalimbo ou l’Afrique, celle des grands fauves, l’Afrique carnassière, carnivore où un petit zèbre (un drôle de zèbre, ce Mata Mata ?), se voit secouru par un éléphant vénérable qui a décidé de rejoindre le cimetière mythique, celui bien connu de ses congénères. Un vieux lion l’accompagne dans une savane en ébullition, animalière à 200% car Besson s’est surpassé dans un bestiaire aussi survolté qu’attachant qu’il dessine et colorise. Là encore, les auteurs s’adressent à un public assez jeune, mais on aurait tort de ne pas en profiter également ! 

 Alors, vraiment !, bons voyages,

 Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

 « Atalante » T5 (Calaïs et Zétès ») par Crisse

Éditions Soleil (13, 95 €) – ISBN : 978-2-3020-2704-6

« Kalimbo » T1 (« Mata Mata ») par Crisse et Frédéric Besson

Éditions Soleil (14,30 €) – ISBN : 978-2-302-02444-1

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