« Sandman » T1 par Neil Gaiman & co

À l’instar de « Strangers in Paradise », je vous ai déjà longuement bassiné sur « Sandman », mais à juste titre. À l’occasion de cette nouvelle réédition qui – on l’espère ! – ira jusqu’à son terme, je ne vais pas revenir en détails sur cette série géniale, mais vous signaler les spécificités de cette nouvelle édition, et appuyer le fait qu’on ne peut décemment pas passer à côté de cette œuvre si l’on se dit fan de comics.

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore « Sandman » et qui voudraient le découvrir, je leur conseille de cliquer sur le lien suivant afin de lire une « spéciale Sandman » que j’avais écrite ici même et qui revient sur la nature et l’identité de cette œuvre monumentale, accompagnée d’une notice biographique de Neil Gaiman : http://www.bdzoom.com/spip.php?article3841 (de même, je vous invite à lire mon interview de Gaiman où nous revenons longuement sur cette œuvre, en cliquant sur ce lien : http://bdzoom.com/37919/interviews/interview-de-neil-gaiman/). Les autres savent de quoi il est question, et combien « Sandman » s’affirme avec le temps comme une œuvre incontournable de l’histoire des comics. La présente (et définitive ?) édition de « Sandman » se calque sur l’édition Absolute américaine, ce qui est une bonne nouvelle après tant de déboires, durant tant d’années, rencontrés de manière incompréhensible sur notre beau territoire… Un véritable sac de nœuds avortés dont je vous ai déjà parlé, la série ayant été amorcée par plusieurs éditeurs (Le Téméraire, Delcourt, Panini Comics) sans trouver de cohérence éditoriale globale. On croise donc les doigts pour avoir enfin une édition intégrale complète cette fois-ci…

 

Nous revoici donc plongés au début de la saga, la fameuse période Keith/Dringenberg originelle suivie des premiers collaborateurs non réguliers : Michael Zulli, Chris Bachalo, Malcolm Jones III et Steve Parkhouse. Outre la madeleine de Proust que constitue le récit de départ, il y a bien sûr d’autres récits marquants, durant cette période « Préludes & Nocturnes » et « La Maison de poupées » (ce premier volume regroupant les 16 premiers épisodes de la série). Celui, terrible, des « Passagers », qui débouche sur le diptyque « 24 Heures »/« Bruit et fureur », sans doute le récit le plus terrifiant de la série. Mais il y a aussi celui de la première apparition de Death, celles de John Constantine, du premier Sandman de Kirby et Simon, de J’onn… Si par la suite « Sandman » se dirigera de plus en plus du côté du rêve, on ne peut qu’être interpellés par certaines histoires des débuts qui vont très loin dans le cauchemar, aptes à terroriser n’importe quel lecteur normalement constitué. Je pense bien sûr à « 24 Heures »/« Bruit et fureur » dont j’ai parlé plus haut, mais aussi aux très angoissants « L’emménagement » et « Collectionneurs ». L’éventail de thèmes et d’ambiances créé par Gaiman pour son œuvre majeure est bien sûr l’un des points forts de la série, nous transportant en différents points du temps et de l’espace sans rien perdre de sa cohérence.

 

Le principal intérêt de cette édition est bien sûr l’appareil critique qu’il contient, issu du « Absolute Sandman » vol.1 et de « The Sandman Companion » (un ouvrage inédit en France de Hy Bender, paru chez Vertigo en 1999 et qui fourmille d’interviews et d’informations incontournables si vous voulez en savoir plus sur cette œuvre). C’est rien de moins que Paul Levitz (scénariste bien connu et récent président et éditeur de DC Comics) qui signe la préface de cet imposant album de près de 500 pages. J’aime beaucoup cette préface où il aborde « Sandman » en nous parlant des origines des contes, des mythes, des histoires les plus ancestrales pour mieux comprendre la dimension du grand œuvre de Gaiman. L’ouvrage se clôt par un dossier contenant des textes et des interviews qui complètent parfaitement ces premiers récits. Hy Bender (voir ci-dessus) revient respectivement sur « Préludes & Nocturnes » et « La Maison de poupées » par le biais d’un texte puis d’une interview de Gaiman, entourés çà et là de notes importantes sur Karen Berger, l’équipe artistique de « Sandman », ou encore un témoignage d’Alan Moore. Riche et instructif… Nous trouverons aussi une notice sur les merveilleuses couvertures de Dave McKean, que l’on retrouve évidemment dans l’album en ouverture de chaque nouvel épisode. Joli morceau : le texte complet et non retouché de la proposition que Neil Gaiman fit à DC Comics pour monter le projet « Sandman », agrémenté des premiers dessins de l’auteur mais aussi des recherches et propositions de Leigh Baulch et Sam Keith : historique ! Enfin, l’album regroupe quelques textes et postfaces signées Gaiman sur le sujet.

 

Il y a donc là clairement matière à contenter les fans tout en offrant une très bonne introduction à cette œuvre pour celles et ceux qui voudraient la lire. Certes, on pourra regretter ce papier mat qui affaiblit un peu les noirs, et certains puristes crieront au blasphème à cause de la nouvelle mise en couleurs de l’œuvre qui a pourtant été autorisée et validée par Gaiman, mais en plus du riche appareil critique on ne peut que se réjouir d’avoir une nouvelle traduction de « Sandman » par un traducteur qui connaît bien son affaire, puisque Patrick Marcel a déjà traduit plusieurs romans et nouvelles de Gaiman pour la France. Seule réelle petite ombre au tableau que j’avais oublié de mentionner et qu’un internaute m’a rappelé à juste titre: une erreur d’impression perturbe cette première édition, d’où ce communiqué d’Urban Comics : « Suite à une erreur technique, la première édition de cet ouvrage comporte une page imprimée deux fois. Il s’agit de la page 105 que l’on retrouve également en page 110. Ce doublon cause donc la disparition de la page 110. Nous avons imprimé la page manquante sur un ex-libris en papier offset, placé au tout début de l’album, page qui pourra être insérée en lieu et place du doublon. Au dos de cet ex-libris, on trouve l’erratum d’Urban Comics, ainsi qu’un visuel de la bonne imposition des pages. » (Merci François). Quoi qu’il en soit, à lire, à découvrir, à redécouvrir…

Cecil McKINLEY

« Sandman » T1 par Neil Gaiman & co Éditions Urban Comics (35,00€) – ISBN : 978-2-3657-7122-1

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2 réponses à « Sandman » T1 par Neil Gaiman & co

  1. François dit :

    Pas un mot sur le fait suivant, qui nuit à la qualité de cette édition ?
    « Suite à une erreur technique, la première édition de cet ouvrage comporte une page imprimée deux fois. Il s’agit de la page 105 que l’on retrouve également en page 110. Ce doublon cause donc la disparition de la page 110. Nous avons imprimé la page manquante sur un ex-libris en papier offset, placé au tout début de l’album, page qui pourra être insérée en lieu et place du doublon. Au dos de cet ex-libris, on trouve l’erratum d’Urban Comics, ainsi qu’un visuel de la bonne imposition des pages. »

    • Cecil McKinley dit :

      Bonjour François, et merci de votre commentaire qui rattrape une étourderie inacceptable de ma part, je comptais bien sûr le mentionner mais c’est passé à la trappe de mes neurones. Au cas où les internautes ne liraient pas ces commentaires, j’ai intégré cette information en effet plus que primordiale en fin d’article, en vous rendant justice. Je me déteste, parfois.
      Bien à vous,
      Cecil McMachin