Remember Manuel “Spain” Rodriguez

Rodriguez “Spain” Manuel, l’auteur américain de « Trashman » (violent héros révolutionnaire de la contre culture et marxiste militant), est mort le 28 novembre 2012 des suites d’un cancer qu’il combattait depuis six ans. Il avait 72 ans.

Né le 22 mars 1940 dans la ville de Buffalo, dans le nord de l’état de New York, d’un père ouvrier d’ascendance espagnole et d’une mère d’origine italienne et de tempérament artistique, il manifeste très tôt une forte personnalité. Dans une bande d’adolescents en majorité d’origine irlandaise, il adopte par défi le pseudonyme de “Spain” pour marquer ses origines. Adolescent rebelle, il est arrêté pour vol de voiture mais ne passe qu’une après midi en prison. Après des études d’art qu’il ne finira pas, à la Silvermine Guild Art School de New Canaan (à mi-chemin entre Newhaven et NYC) dans le Connecticut, il devient ouvrier à la Western Electric Factory, usine de fils téléphoniques à Buffalo, pendant six ans.

C’est à cette époque qu’il intègre une bande de motocyclistes (“bikers” n’a pas d’équivalent français), le “Road Vultures Motorcycle Club”, groupe plus tard affilié aux célèbres Hell’s Angels.

 Il a toujours aimé dessiner et commence à collaborer régulièrement au journal de contre culture East Village Other à New York et y crée le premier comix underground format tabloid, Zodiac Mindwarp,en 1967.

Il se rend célèbre en participant activement à la manifestation contre la Convention Démocrate à Chicago en 1968, se fait des amis dans la police (voir la photo rigolote ci-dessous) et chez les chanteurs pop célèbres, dont Janis Joplin et Frank Zappa.

Il participe à la création de Gothic Blimb Works, journal entièrement composé de BD underground, en 1969. Il rejoint Robert Crumb et ses amis Kim Deitch, art spiegelman à San Francisco, s’en fait des tas de nouveaux, fonde la United Cartoon Workers of America. 

Ses bandes dessinées se retrouvent un peu partout dans les comix underground Mean Bitch Thrills (1967), Trashman (1969), Snatch 3 (1969), Jiz (1969), Bogeyman 3 (1969), San Francisco Comic Book 1-4 (1969-70), Zap 4-5 (1969-73), Insect Fear 1-3 (1970-73), Subvert 1-2 (1970-76), Illuminations (1971), Thrilling Murder (1971), Laugh in the Dark (1971), Mean Bitch Thrills (1971), Skull Comix 3-5 (1971-72), Turned on Cuties (1972), Nasty Tales 4-5 (1972), Tales of the leather nun (1973), Young Lust 3 (1973), El Perfecto (1973), etc. etc. Plus tard, dans Arcade (1975-76), The Human Drama (1978), Weirdo (1979-93), Anarchy Comics 3 (1981), 4(1987), American Splendor 11 (1986), 15(1990), 16(1991), Itchy Planet 3 (1988), dans ThrasherTwist gripThe LA Weekly, etc. Et plus récemment encore dans l’anthologique Blab !. On trouve aussi sa bande à suivre « Dark Hotel  » sur sfgate.com sur Internet, parait-il.

Big Bitch

Les récits complets de deux de ses héros récurrents les plus célèbres, Trashman, violent héros révolutionnaire de la contre culture et marxiste militant, à contre courant de la philosophie hippie, et Big Bitch (“Grosse Salope” ?), son équivalent féminin, ont été rassemblés en deux gros recueils, « Trashman lives, the collected stories 1968-1985 » (Fantagraphics, 1989, 144 p.) et « She : Anthology of Big Bitch » (avec Suzie Bright, San Francisco : Last Gasp, 1993), malheureusement aujourd’hui épuisés. Ses histoires autobiographiques ont été également regroupées en recueils, « My True Story » (Fantagraphics Books, 1994) et « Cruising with the Hound : the life and times of Fred Tooté » (Fantagraphics, 2011, 136 p.). Il a aussi mis la vie de Che Guevara en images dans « Che : A Graphic Biography » (edited by Paul Buhle. London/New York : Verso, 2008), fait une adaptation très réussie d’un chef-d’oeuvre peu connu, « Nightmare Alley » par William Lindsay Gresham (Seattle : Fantagraphics Books, 2003. 136 p.), illustré deux autres bouquins dont je ne sais rien, « Nothing in This Book Is True, But It’s Exactly How Things Are » (texte de Bob Frissell. Berkeley : Frog Ltd., 1994) et « Alien Apocalypse 2006 » (avec Kathy Glass et Harold S. Robbins, Frog Ltd., 2000), et fait l’objet d’une exposition au musée de sa ville natale jusqu’en janvier 2013, trop tard pour vous lorsque vous lirez ces lignes, exposition accompagnée d’un beau catalogue, « SPAIN : Rock, Roll, Rumbles, Rebels & Revolution » (Last Gasp/Burchfield Penny Art Center, 2012, 84p.), et d’un court documentaire sur sa vie et son oeuvre par sa femme.

Il reconnait avoir été influencé par Jack Kirby pour le dynamisme, Wally Wood pour le graphisme et l’encrage “lourd”, et les E.C. Comics pour l’esprit général de ses récits.

Une longue interview en deux parties dans The Comics Journal n°s 204 et 206 (1998) nous a familiarisé avec ce dessinateur et cet homme hors normes, prolétaire, révolutionnaire, marxiste, artiste, bon époux, bon père. Malheureusement il n’y a plus rien de disponible de lui en français, ce qui explique son absence dans les dictionnaires récents, oubli impardonnable qui sera, j’en suis sûr, réparé dans un futur proche.

 Jacques DUTREY

Galerie

2 réponses à Remember Manuel “Spain” Rodriguez

  1. Excellent article sur un créateur étonnant. Un grand merci à Jacques Dutrey.

    Un petit reproche quand même à l’équipe graphique de BDZoom: Comme d’habitude les images affichées ont vraiment une résolution trop faible pour du dessin au trait (Et des phylactères lettrés à la main!…). C’est tolérable pour l’équilibre visuel des articles entre textes et illustrations, d’accord. Mais pourquoi ne pas faire comme sur les autres bons Web sites de BD, d’animation et d’illustration, et donc, proposer une deuxième version des mêmes images à cliquer et à zoomer dessus et à vraiment apprécier visuellement?
    Merci d’y penser.

    • Gilles Ratier dit :

      Mais c’est déjà le cas mon cher Yves ! C’est votre ordinateur qui doit avoir des problème de compatibilité car depuis la nouvelle version de bdzoom (qui date maintenant de 15 mois), cela est tout à fait possible : soit en cliquant directement sur l’image, soit sur la galerie en bas de l’article !
      Comme quoi, tout le monde peut se tromper…
      Bien cordialement !
      Gilles Ratier