« Moi René Tardi prisonnier de guerre au Stalag IIB » par Jacques Tardi

Le paternel de l’auteur d’« Adèle Blanc-Sec » ou de « C’était la guerre des tranchées » et adaptateur des romans policiers de Léo Malet (« Nestor Burma) ou de Jean-Patrick Manchette ayant finalement consigné par écrit, dans les années 1980, ses souvenirs de la Seconde Guerre mondiale, Jacques Tardi a eu l’idée de les mettre en bande dessinée : et il signe, ainsi, l’un des événements littéraires de cette fin d’année pourtant très chargée en nouvelles parutions.

Changeant d’époque, le spécialiste de la Grande guerre et de ses tranchées en BD s’attaque donc, dans cet épais volume qui n’est qu’un premier tome, à un autre conflit contemporain, en s’inspirant des trois carnets de son père ; notamment ceux qui retracent le quotidien d’une longue captivité dans un camp de prisonniers situé en Poméranie, au Nord de la Pologne (le Stalag IIB), entre 1940 et 1945…C’est surtout la première fois qu’il parle aussi ouvertement de sa famille et de sa propre histoire, allant jusqu’à se mettre en scène lui-même, enfant : renouant, par l’intermédiaire de cet album, un dialogue entre un père et son fils qui ne fut certainement pas assez nourri du temps où René Tardi étant encore vivant…C’est ainsi que l’artiste, bien connu pour ses positions antimilitaristes, suit à la trace son hargneux géniteur qui s’était inscrit à la préparation militaire à l’âge de dix-neuf ans et qui fut incorporé, un an plus tard, au peloton des élèves caporaux du 504ème régiment de chars de combat ; tout en commentant, en culottes courtes et béret, ce parcours militaire et en alternant les passages émouvants et humoristiques qui nous plongent dans le quotidien d’un soldat, puis d’un prisonnier de guerre, avec une force évocatrice et narrative proche du documentaire.Par ailleurs, cet ouvrage de presque deux cents pages reprend le traitement graphique que Tardi avait déjà utilisé sur son « Putain de guerre ! » (trois grandes images horizontales par planche), lequel lui permet de montrer délibérément, avec une volonté aussi farouche que politique, toute cette boucherie et cette inhumanité : travail forcé, promiscuité, faim et humiliations étant le lot quotidien de ces détenus entassés dans des baraquements et qui ont été, alors, brisés à jamais…

Gilles RATIER

« Moi René Tardi prisonnier de guerre au Stalag IIB » par Jacques Tardi

Éditions Casterman (25 €) – ISBN : 978-2-203-04898-0

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