Rencontre avec Leo (« Survivants », « Mermaid Project »)

La rentrée est faste pour le créateur d’« Aldébaran ». Avant la suite de « Terres lointaines », qu’il scénarise pour Icar et qui sortira fin novembre, le nouvel épisode des « Survivants », à peine disponible, se situe déjà dans les meilleures ventes de bande dessinée tandis qu’en compagnie de Corinne Jamar, Leo s’est attelé à un nouveau projet : « Mermaid project », dessiné par Fred Simon et dont le premier volume vient également de paraître.

« Corinne Jamar écrit des livres que j’aime bien, raconte Leo. Comme elle est aussi une amie, je lui ai proposé que nous travaillons sur un projet commun. Mon idée de départ était de situer le récit sur une autre planète, avec des vaisseaux spatiaux mais Corinne voulait que l’intrigue se déroule sur Terre, dans une période future. Malgré tout, il sera question de l’Espace dans les prochains épisodes ». Et même si ça n’apparaît pas comme une évidence à la lecture de ce premier tome, qu’on qualifierait plutôt de thriller d’anticipation, Leo l’assure : « « Mermaid project » est une histoire de science-fiction. »

Sur une Terre ravagée, mais toujours organisée en une société comparable à la notre, les ressources naturelles sont quasi épuisées: « C’est la base de l’histoire que nous avons imaginée, nous indique Leo. Nous avons d’abord décidé de nous placer dans 200-300 ans, après une guerre gigantesque dont la conséquence est la suppression de nombreuses ressources. Il n’y a plus de pétrole, plus d’Internet … et toute forme de pouvoir a été retirée aux occidentaux au profit des populations du Sud. Ce futur me paraît totalement probable si on ne change pas notre façon d’être et de voir les choses. »

Comme souvent, chez Leo, le héros est une héroïne. Romane, c’est son nom, inspectrice de police de son état, se retrouve, suite à une étrange embrouille d’inversion de corps dans un cercueil, embarquée dans une affaire complexe impliquant une importante multinationale soupçonnée de manipulations génétiques douteuses : « C’est vrai, je préfère les personnages féminins, avoue Leo. J’aime bien me situer à contre courant. J’avais beaucoup apprécié le rôle de Sigourney Weaver dans « Alien », tout comme j’apprécie Laureline, dans «  Valérian ». »

Des femmes fortes, il en est aussi beaucoup question dans « Survivants », série dérivée de la saga des « Mondes d’Aldébaran », mettant en scène un groupe de personnes atterris par erreur sur une planète inconnue. La cause : des « Anomalies quantiques », dont on découvre, au cours de l’épisode 2 portant ce nom, les conséquences liées en terme d’espace-temps : « Je ne souhaitais pas forcément faire « Survivants », explique Leo. Je souhaitais juste dessiner « Antarès », le troisième cycle d’ « Aldébaran » et écrire des scénarios, voire, à la limite, dessiner un one-shot de temps en temps. Mais, plongé dans mon travail de dessinateur, j’ai réfléchi , à partir de cette simple phrase présente dans le tout 1er tome d’ « Aldébaran » : « Un des vaisseaux a disparu », à ce qui pouvait s’être produit durant les cent ans où les colons terriens s’étaient retrouvés esseulés sur Aldébaran et ce qui avait pu arriver aux vaisseaux qui n’étaient pas parvenus à destination. Ayant écrit le premier tome, j’ai ressenti le besoin de le dessiner car la proximité avec « Aldebaran » est évidente. Toutefois, il s’agit d’une histoire radicalement différente, le principe que je déploie des anomalies quantiques en étant la preuve, même si je reconnais que le premier tome pouvait laisser imaginer une histoire comparable. Des lecteurs ont même cru qu’« Antarès » était terminé et que « Survivants » en était la suite. Il n’en est rien. »

Dans « Survivants », comme dans « Aldébaran », « Bételgeuse » et « Antarès », on retrouve la chaleur que donne Leo à ses planètes imaginaires, sa créativité dans les bestiaires associés – devenu une de ses marques de fabrique – et une vison de la protection de la nature qui l’a fait qualifier d’auteur écologiste, ce qui le surprend toujours : « Pour moi, il s’agit d’une évidence qu’il faille défendre la nature et les animaux, ça ne me paraît pas tenir de l’activisme écologique ! D’ailleurs, si je devais voter en France, je ne voterais pas pour « Les Verts ». Les gens doivent garder la conscience du besoin de sauvegarder notre planète. C’est une simple tendance naturelle de survie ! »

Laurent TURPIN

« Mermaid project » T1 (« episode 1) par Corinne Jamar, Leo et Fred Simon

Éditions Dargaud (13,99€) ISBN : 978-2205-06631-9

« Survivants » T2 (« Anomalies quantiques ») par Leo

Éditions Dargaud (11,99€) – ISBN : 978-2-205-06996-9

Galerie

Les commentaires sont fermés.