« Le Train des Orphelins » T1 (« Jim ») par Xavier Fourquemin et Philippe Charlot

Ce récit, qui sera développé sur plusieurs cycles, met en lumière un pan méconnu de l’histoire des États-Unis, le déplacement massif d’enfants dans les années 1920. Ces enfants des rues de New York ou de familles d’immigrants très pauvres furent envoyés par le train dans des familles de l’Ouest qui s’engageaient à leur offrir un foyer décent. En réalité, pour la plupart d’entre eux, ils servaient de main d’œuvre gratuite tout en peuplant des territoires à défricher.

1990, Syracuse (état de New York) : un vieil homme, Harvey Young, arrive dans la maison cossue de Jim. On ignore la raison de cette visite impromptue.

Mais la suite du récit, construite en flash back, nous le dévoile peu à peu.

Le Train des Orphelins page 4

La page suivante entraîne les lecteurs soixante ans plus tôt, dans un orphelinat de New York comme il en existe tant à l’époque. L’on y accueille des gamins des rues qui, selon les âmes charitables qui les prennent en charge, sont dénués de toute éducation, et auxquels l’on va inculquer « le respect, l’obéissance et la gratitude ». Puis, une fois dégrossis, lavés, répertoriés, ces enfants sont livrés à des associations caritatives. Ils prennent alors le train à Grand Station pour la première fois de leur vie et partent vers l’Ouest, où de nouvelles familles les attendent. Ils perdent alors leurs identités et la trace de leur origine. Le long voyage vers l’inconnu est ponctué d’étapes dans les villes qui jalonnent la voie ferrée et l’arrivée des enfants y est annoncée par voie d’affiches : « Recherchons foyers pour orphelins. Sous les bons auspices de l’Orphan Train Society de New York, une compagnie d’orphelins en provenance de la côte est arrivera dans notre ville le 23 mai. La distribution des enfants  (de tous âges, des deux sexes et en parfaite santé) se tiendra au théâtre à 14 heures. »

Le Train des Orphelins page 23

Ces distributions ressemblent à des marchés aux bestiaux. Les « parents » potentiels y recherchent un gars solide, un petit rouquin, une petite fille modèle ou parfois se débarrassent d’un garnement  qui n’a pas fait l’affaire. Les enfants noirs n’ont aucune chance d’être adoptés. Les formalités d’adoption sont réduites à leur plus simple expression.

Tel est le contexte de ces déplacements inouïs, rendus possibles par l’expansion des compagnies de chemin de fer qui offraient le voyage à ces orphelins. Point de philanthropisme dans l’affaire, mais un calcul à long terme. En peuplant ainsi les terres de l’Ouest, on contribuait à leur développement économique, ce qui permettait de rentabiliser les investissements.

Le Train des Orphelins photographie d'archives

Les quelques historiens qui se sont penchés sur cette question estiment à 250 000 le nombre d’enfants ainsi déplacés. Le dernier « train des orphelins » est arrivé au Kansas en 1929.

Pour raconter un pan de cette histoire, Philippe Charlot et Xavier Fourquemin ont imaginé quelques enfants dont on suit le périple. L’on s’attache aussitôt à Jim et son petit frère Joey que l’on découvre, parmi d’autres, dans l’orphelinat de New York. Ils attendent que leur père vienne les rechercher. Ils espèrent retrouver leur petite sœur Anna. Mais on en décide autrement pour eux et ils embarquent avec Louise, Tommy, Sarah, Martha et les autres, encadrés par la très digne dame patronnesse, la veuve Goswell, et l’horrible Mr Coleman, qui cache une âme bien noire dans un corps frêle. En chemin, les deux gamins font la connaissance d’Harvey, un garçon débrouillard que son « père adoptif » vient de retourner à l’envoyeur. Cette rencontre changera peut-être le cours de leur vie …

 

Le train des Orphelins étude de personnages

Philippe Charlot et Xavier Fourquemin réussissent là un album magnifique, dont la lecture émeut profondément, interpelle, fait réfléchir, indigne, tout cela à la fois. Il y a le monde des enfants, que Fourquemin dessine magnifiquement. Des enfants qui en en vu de dures, mais qui gardent parfois une naïveté et une candeur très touchantes, qui sont encore capables de jouer et de rire. Et puis, en face, des adultes qui décident, pleins de bons sentiments si l’on se replace dans le contexte de l’époque, engoncés dans leurs certitudes ou leurs intérêts. Deux mondes qui ne vont pas bien ensemble.

À lire absolument et à faire lire autour de soi.

Le deuxième tome, « Harvey », paraîtra en janvier 2013.

Catherine GENTILE

« Le Train des Orphelins » T1 (« Jim ») par Xavier Fourquemin et Philippe Charlot

Éditions Bamboo (13,90 €) – ISBN 978 2 8189 2157 9

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