« Echo » T6 (« Le Dernier Jour ») par Terry Moore

Snirf… Voilà… Ça y est… Nous arrivons au 6ème et dernier tome d’« Echo » de Terry Moore. Nous devons donc dire adieu à cette chère Julie Martin, à Ivy, à Dillon… et avoir le courage de refermer la dernière des dernières pages de cette œuvre aussi intéressante que touchante – comme toutes les créations de Terry Moore, un auteur qu’on ne devrait cesser de mettre en avant, encore et toujours.

Encore et toujours, redisons combien Terry Moore est un auteur rare et sublime, d’une humanité confondante, faisant preuve d’une justesse et d’une sincérité qu’on ne retrouve que trop rarement dans le monde des comics – et même de la bande dessinée tout court. Humain et lucide, oui, mais qui plus est inventif et connaissant le medium bande dessinée sur le bout des doigts, prouvant sa belle science de la narration dans son chef-d’œuvre « Strangers in Paradise » (édité courageusement en France par Kymera depuis quelques années déjà : à lire absolument !!!!!!). Si « Echo » semble plus sage au niveau de l’invention narrative que « Strangers in Paradise » en utilisant un découpage plus classique et linéaire, cette œuvre brille par d’autres facettes, comme la fluidité et l’intelligence du propos, ainsi qu’une approche psychologique et éthique peu exploitée ainsi dans la plupart des BD SF. Comme souvent avec Moore, le sujet central est bien l’humain et non l’histoire, le récit étant construit avec assez de talent et de solidité en amont pour ne pas devenir l’enjeu majeur qui étoufferait la personnalité des protagonistes. Terry Moore AIME ses personnages. Terry Moore ne fait pas qu’aligner des cases sur une bonne idée ; il vit une histoire d’amour avec ses personnages et partage leurs aventures. D’où une empathie contagieuse qui donne une dimension unique à l’univers mis en place par l’auteur dans ses créations. Dans « Echo », nous ne pouvons qu’être touchés par la personnalité de Julie Martin, mais aussi par celles d’Ivy Raven, de Dillon, et même d’Annie Trotter qui ne vit pourtant que par substitution dans ce comic de SF humaniste.

 

Au point où nous en sommes au début de ce dernier tome, Julie et ses amis sont enfin venus à bout du maléfique Caïn et n’ont « plus qu’à » contrecarrer la mise en route d’un agitateur de particules agissant sur le fameux alliage du projet Phi – qui créerait un trou noir risquant de sceller la fin du monde… Au lieu de finir en apothéose attendue, Terry Moore nous étonne encore en donnant à son œuvre une fin en demi-teinte, peu spectaculaire et inattendue, n’explorant jamais la facilité. Ainsi, ce 6ème tome nous entraîne dans les derniers instants d’une course contre la montre afin d’empêcher la fin du monde sans jamais perdre de vue le temps intérieur des personnages. Le léger décalage entre le rythme de l’action et le vécu personnel des protagonistes propose sciemment de multiples subtilités de propos, sans avoir l’air d’y toucher. Poésie, humour, tendresse : autant d’éléments apparemment hors sujet avec la SF pur jus, mais qui trouvent ici une place légitime et naturelle grâce à l’ouverture d’esprit et l’acuité de l’auteur. Du coup, « Echo » a assez de qualités intrinsèques pour plaire à tous les publics, même ceux qui seraient rétifs à la science-fiction.

Les habitués de cette chronique le savent : j’aime véritablement Terry Moore, scénariste de la vérité, de la lucidité, de la compassion, du regard, de l’intelligence. Un auteur contemporain complet malheureusement toujours pas considéré à sa juste et haute valeur. Dans le monde des comics, le nom de Moore fait tout de suite penser à Alan. Bien sûr. Logique. Mais il y a aussi l’autre Moore, Terry. Il serait indécent de l’oublier ; ce serait une faute lourde. Terry Moore a le génie de l’humain tout autant que celui de la bande dessinée. Donc lisez « Echo », bien sûr, mais je vous conjure de découvrir « Strangers in Paradise » si ce n’est pas déjà fait, un summum de la bande dessinée, sur tous les plans. Sa dernière création, « Rachel Rising » (qui lorgne du côté de l’horreur, cette fois), est sublime : on espère de tout cœur que cette œuvre sera bientôt publiée en France. Lisez Terry Moore !

 

Cecil McKINLEY

« Echo » T6 (« Le Dernier Jour ») par Terry Moore Éditions Delcourt (12,99€) – ISBN : 978-2-7560-2710-4

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