La bande dessinée a enfin droit d’entrée chez Citadelles & Mazenod, la célèbre maison d’édition qui se consacre à l’art, avec un grand A !

Longtemps relégué au rang mineur d’« illustré » pour la jeunesse, le genre a, depuis pas mal d’années, gagné sa légitimité bien au-delà des cercles bédéphiles, pouvant même prétendre, désormais, à être intégré dans les programmes scolaires ou les tribunes universitaires. Cependant, ce que l’on qualifie pourtant de 9ème art n’avait pas encore eu droit à un ouvrage dans la prestigieuse collection L’Art et les grandes civilisations de Citadelles & Mazenod : ce manque est comblé, aujourd’hui, avec ce somptueux et monumental « L’Art de la bande dessinée » de presque six cents pages !

            Créées en 1936, les éditions Mazenod sont très connues d’un public savant pour avoir développé d’exceptionnelles collections (dirigées par des personnalités de renom, comme Raymond Queneau, Maurice Merleau-Ponty, André Leroi-Gourhan, Pierre Francastel ou Bernard Dorival) à l’instar de La Galerie des hommes célèbres, Les Œuvres célèbres, L’Art et les grandes cités et, surtout,  L’Art  et les grandes civilisations qui a bouleversé la notion de livre d’art, s’imposant comme la référence essentielle en histoire de l’art. Cette société qui ne publiait qu’un seul ouvrage par an – cas unique dans l’édition française -, développe, aujourd’hui, de dix à douze volumes chaque année, toujours réalisés avec le même souci de haute tenue intellectuelle et de qualité de fabrication. Pour ce faire, les éditions Mazenod ont  toujours fait appel à des spécialistes reconnus et aux plus grandes institutions ; et c’est aussi le cas pour cet ouvrage réalisé en partenariat avec la cité internationale de la bande dessinée et de l’image, avec la participation de Thierry Groensteen, Xavier La Pray et Benoît Peeters, le tout sous la direction de Pascal Ory, Laurent Martin, Jean-Pierre Mercier et Sylvain Venayre.

            Il s’agit d’une approche socio-historique et esthétique internationale qui devrait permettre de mieux appréhender le phénomène culturel qu’est la bande dessinée, en mettant l’accent sur plus de cinq cents créateurs ; ceci afin de parcourir près de deux cents ans d’histoire(s) et de créativité graphique : des fondateurs (Töpffer, Outcault, McCay, Saint-Ogan) aux auteurs contemporains (Spiegelman, Ware, Mattotti, Bilal, de Crécy, Satrapi…), des séries cultes (« Tintin », « Astérix », « Blueberry », « Les Cités obscures », « XIII »…) au graphic novel, en passant par les comics et les mangas.

            Plus de cinq cent cinquante remarquables reproductions de planches originales ou d’imprimés nous donnent donc l’occasion d’apprécier les styles, les techniques et les inventivités graphiques ou narratives du médium ; médium que l’on ne manque pas de définir et de positionner à travers différents chapitres comme « Des caricatures aux comics », « La bande dessinée américaine », « Le moment belge », « Une révolution européenne », « Neuvième art », « Mauvais genres », « Le monde de la bande dessinée », « La bande dessinée  hors d’elle-même »…

            Évidemment, les auteurs n’ont de cesse de revendiquer l’appartenance de la bande dessinée à l’art avec un grand A ; ne serait-ce que dans l’introduction titrée « Vous avez dit « art » ? » qui se conclue ainsi : « Faire entrer la bande dessinée dans la collection Art des éditions Citadelles & Mazenod, ce n’est pas seulement proposer un bilan de l’histoire d’un genre. C’est, malicieusement, faire un pas de plus – et peut-être un grand pas – en direction de la reconnaissance de la BD comme un art. Le neuvième, pourquoi pas. »

Ou encore dans la conclusion de Laurent Martin : « Ce livre, par le retentissement qu’il ne manquera pas d’avoir, pourra passer pour un manifeste en faveur d’une légitimation qui a tardé à venir ou pour la preuve de l’achèvement de ce mouvement d’artification… », le chargé de recherche au Centre d’histoire de Science-Po terminant son laïus par un vibrant « …ou bien encore, par l’esprit d’ouverture et le relativisme dont il témoigne, il sera considéré comme une manifestation de cet esprit « post- » moderne – légitime, voire – colonial qui fait aujourd’hui fureur… » Sacrément bien tourné, non ?

                                                                                              Gilles RATIER

« L’Art de la bande dessinée » sous la direction de Pascal Ory, Laurent Martin, Jean-Pierrel Mercier et Sylvain Venayre

Éditions Citadelles & Mazenod (205 €) – ISBN : 978 2 85088 531 0

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Une réponse à La bande dessinée a enfin droit d’entrée chez Citadelles & Mazenod, la célèbre maison d’édition qui se consacre à l’art, avec un grand A !

  1. GPoussin dit :

    Sincèrement, tous ces gros livres savants très chers et compilateurs sur la BD me donnent la migraine et ne m’impressionnent pas du tout, j’ai l’impression de rentrer dans le musée Grévin, brrr…