Cette belle adaptation du livre de Bruno de Stabenrath par lui-même sur sa jeunesse avec Xavier Dupont de Ligonnès (paru chez Gallimard en 2020) — avec Erik Arnoux au scénario et Francesco Trifogli aux dessins — ne cherche, en aucun cas, à résoudre l’enquête policière autour de l’une des affaires criminelles les plus sidérantes de notre époque. En effet, cet album raconte surtout une histoire humaine : celle d’une amitié trahie, car confrontée à l’incompréhensible. En 240 planches fort bien maîtrisées, autant graphiquement que narrativement, les auteurs réussissent à nous émouvoir et à nous captiver, en accentuant en images ce témoignage intime du parcours d’un homme qui veut absolument découvrir pourquoi son ami serait devenu un monstre…
Lire la suite...« Un peu de bois et d’acier » par Christophe Chabouté
Après ses précédentes expérimentations graphiques et narratives qu’étaient « Construire un feu » et « Tout seul », Christophe Chabouté nous revient avec un pavé de trois cent vingt-huit pages complètement muettes, où il prouve, une fois de plus, son exceptionnelle maîtrise du noir et blanc et sa faconde à raconter une histoire sans utiliser les procédés habituellement utilisés pour nourrir une intrigue !
Il porte, cette fois-ci, son regard particulier sur un simple banc public où vient se frotter le derrière de tant d’anonymes… Il fait, alors, de ce témoin privilégié de l’activité (ou de l’inactivité) humaine, le véritable héros d’un récit où l’on retrouve un peu de la magie, de la rêverie et de la poésie que l’on a pu ressentir, au cinéma, avec les tribulations d’un Jacques Tati, d’un Charlie Chaplin ou d’un Buster Keaton … : ce banc futile en devient alors même attachant, puisqu’il nous rappelle à quel point l’inutile et le quotidien peuvent être beaux, si on y prête vraiment attention !
C’est ainsi que l’on va voir défiler, à travers les jours et les saisons, tous sortes de gens qui s’y arrêtent furtivement ou plus longtemps et qui, même, y reviennent régulièrement : que ce soient des enfants, un couple de retraités, un cadre pressé, un skateur en liberté, un clochard aux prises avec un policier ou « des amoureux qui s’bécotent…, en s’foutant pas mal du regard oblique des passants z’honnêtes… ».
Quoi qu’il en soit, la nature humaine y apparaît toujours de manière positive et c’est d’ailleurs, certainement, ce qui contribue à la réussite de cette bande dessinée contemplative où l’auteur aiguise quand même son trait déjà acéré, vif et nerveux.
D’autant plus que cet exercice de style drôle et singulier flirte, par moments, avec la satire sociale, puisqu’il met en exergue certains travers de notre société, tout en déroulant ces différentes bribes d’existence, sans sensiblerie mais avec humour et émotion.
Gilles RATIER
« Un peu de bois et d’acier » par Christophe Chabouté
Éditions Vents d’Ouest (30 €) – ISBN : 978-2-7493-0655-1











