« Lincoln » T7 (« Le Fou sur la montagne ») par Olivier, Jérôme et Anne-Claire Jouvray

On a beau s’appeler comme un Président américain, on peut n’être qu’un plouc des montagnes, un vieil ours mal léché au caractère de chien. Tiens, justement, le septième épisode de la série « Lincoln » commence par un affrontement entre un crétin des Rocheuses (ça se passe dans le Montana) et un ours. C’est le crétin qui gagne, et on l’aime bien ce crétin-là ! Pas parce qu’il gagne, car la plupart du temps, il est plutôt du genre paumé qui paume tout, mais parce que sa constante rébellion est revigorante…

Lincoln est un drôle de bonhomme, tiraillé entre les conseils du Diable et ceux de Dieu. On l’a vu dans les tomes précédents rejoindre le Mexique (et finalement se consacrer à  la belle Paloma !) car Dieu avait réussi à le convaincre de faire la révolution, mais le sort des paysans opprimés lui était totalement indifférent.  Égal à lui-même, désinvolte et désenchanté, opportuniste, velléitaire, fainéant, bagarreur, Lincoln s’intéresse avant tout à sa tranquillité et à l’alcool. « Le fou »,  boit beaucoup et ne revient à la ville que pour faire le plein. Sacrilège !  De bonnes âmes, curé en tête, des « tarés » selon Lincoln, ont décidé d’interdire l’alcool… mais pas le trafic et les alambics clandestins ! Ouf ! L’espoir renait !

Le sens des situations cocasses et drolatiques auquel la série nous a habitués se double d’un langage familier très déconnecté qui donne à ces pages une vitalité et une proximité jubilatoire. Ça cause, ça gueule, ça engueule ! Qui plus est, un nouveau compagnon à l’haleine pestilentielle parle et chante dans un patois déglingué du meilleur effet ! Graphiquement, c’est toujours aussi tonique : le dessin caricatural, sec, dépouillé, reste savoureux (et toujours aussi joliment mis en couleurs par Anne-Claire). Le trio familial qui préside aux destinées de « Lincoln » reste donc au top pour notre plus grand plaisir. Vache de diou ! Cependant, foin du cow-boy farfelu et cartoon un peu achronique des débuts : les auteurs indiquent que le personnage s’ancre de plus en plus dans la réalité puisque cet épisode se situe en 1917 !

On retrouve l’univers du western, mais en plus sérieux, avec la nouvelle série de Jean Dufaux et Ruben Pellejero : « Loup de pluie ». Rien y manque : les grands espaces les saloons, les Indiens, un sheriff, du goudron et des plumes… et la famille d’un magnat des chemins de fer, un certain Vincent Mc Dell, un patriarche dont les fils ont l’esprit très ouvert. L’un est ami avec Loup de pluie et l’autre s’est épris d’une jeune Indienne, de quoi susciter des haines du côté des racistes pur jus dont l’Amérique du XIXème offre déjà un pitoyable tableau. Ou une photo, puisque Mr Eastman joue déjà de son invention pour immortaliser la société américaine, curieusement d’ailleurs puisqu’il nait en 1854 et que ce récit se situe en 1860 ! Ne pas oublier, la fille, Blanche, narratrice… et victime des luttes familiales, que nous suivrons volontiers, d’autant que les couleurs chaleureuses et les tracés et contours épais caractéristiques de Pellejero font merveille comme toujours.

Alors, bon voyage !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

 « Lincoln » T7 (« Le Fou sur la montagne ») par Olivier, Jérôme et Anne-Claire Jouvray

Éditions Paquet (11, 50 €) – ISBN : 978-2- 8889-0533-2

« Loup de pluie »T1 par Ruben Pellejero et Jean Dufaux

Éditions Dargaud (13, 99 €) – ISBN : 978-2-5050-1498-0

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