Zep signe le grand retour de Titeuf

Quatre ans après « Le Sens de la vie » et un an et demi après avoir réalisé, avec « Titeuf, le film », une version animée de sa série sur grand écran, Zep publie ce 30 août 2012 « À la folie », le 13ème tome de « Titeuf ». L’arrivée d’une nouvelle fiancée dans l’univers du jeune héros des cours de récré se conjugue toujours avec drôlerie, interrogation sociale et vision enfantine. Pour l’occasion, Quentin Lefebvre a rencontré, pour bdzoom.com, le « papa » du célèbre espiègle gamin à la houppe jaune.

Quentin Lefebvre : Titeuf est de retour avec un nouvel album, et un nouveau personnage fait son apparition dans la série, on le voit même sur la couverture ! Après plus de 500 gags, j’imagine que c’est important pour toi d’introduire du sang neuf pour ne pas t’ennuyer dans ta série. Est-ce que tu éprouves des difficultés pour te renouveler, ou au contraire, tu penses avoir encore beaucoup à dire ?

Zep : Je ne sais pas si j’ai encore « beaucoup à dire »…  Mais il se passe du temps entre chaque album et j’espère que j’évolue de l’un à l’autre. Je n’ai plus la manière de raconter que j’avais au tome 1, ni au 2, etc… De ce fait, je pourrais écrire des histoires différentes sur des mêmes thèmes. Bien sûr, les personnages et les lieux restent les mêmes et ça fait du bien d’en amener de nouveaux. Pour les lecteurs et pour moi aussi.

QL : Beaucoup de séries s’essoufflent après une dizaine d’albums, on voit que c’est difficile pour les auteurs de garder une fraîcheur, d’amener des idées nouvelles dans la continuité de ce qu’ils ont fait. Est-ce que ton travail de réalisateur sur le long-métrage « Titeuf, le film » (sorti en 2011) t’a aidé à aborder les gags différemment, quelle richesse le travail sur ce film a amené à la BD ?

Zep : Sans doute. Je ne peux pas vraiment dire sur quels points… Mais l’écriture du film, son montage, plus que l’animation à proprement parler, m’a donné pas mal de nouvelles idées.

Titeuf 13 - À la folie – par Zep © 2012 Zep – Éditions Glénat

QL : Cette année « Titeuf » a eu 20 ans ! En 1992, tu t’étais inspiré des enfants que tu entendais près de ton atelier pour créer « Titeuf ». Quelle est selon toi la principale différence entre ces jeunes et les jeunes de 2012 ? En 20 ans, qu’est-ce qui a changé dans les cours de récré et dans les mœurs ?

Zep : Il y a 20 ans, je créais un petit monde, avec son vocabulaire, en m’inspirant d’une cour d’école… Aujourd’hui, j’entends des enfants s’inspirer de « Titeuf » dans leur cour d’école. C’est marrant. Sinon, il faudrait être sociologue pour répondre à cette question.

QL : Est-ce que ce 13ème album va être disponible en version numérique en plus de la version papier, le marché ayant beaucoup évolué ces dernières années ?

Zep : Tout « Titeuf » va sortir en numérique l’an prochain, pour les 20 ans du personnage. On parle beaucoup de cette évolution… Mais ça reste encore très confidentiel. Les lecteurs ont toujours envie de posséder un album de bande dessinée.

QL : Il s’est passé un phénomène intéressant avec « Titeuf ». À sa sortie, il était considéré comme subversif, voire choquant. Puis après des années, il s’est installé dans le paysage de la BD franco-belge et est devenu un classique. Entre temps, il a décoincé la BD jeunesse, le signe le plus marquant étant que plus aucun personnage ne dit « saperlipopette » dans une BD ! Mais aujourd’hui, comment éviter que la série devienne un classique mou ? As-tu encore des révoltes que tu veux traiter dans les albums ?

Zep : C’est « Titeuf » qui me maintient en contact avec l’enfance et cette envie de questionner notre société sur ses absurdités. Donc j’espère garder ma faculté de subversion… Et surtout de transgression! C’est le moteur de l’enfance et donc de « Titeuf ». Sinon, c’est assez agréable de devenir un classique. Aux jeunes de faire la révolution!

Titeuf 13 - À la folie – par Zep © 2012 Zep – Éditions Glénat

QL : Après le dessin animé, le long-métrage, les produits dérivés, les jeux vidéos et pleins de choses, quoi de nouveau à l’horizon pour « Titeuf » ? Des éditions reprenant les pages en noir et blanc ? Un nouveau guide comme « Le Guide du zizi sexuel » ?

Zep : Une exposition-vente à la rentrée (ndlr : du vendredi 7 septembre au mercredi 10 octobre 2012, à la galerie Barbier & Mathon, à Paris). Ce sera la première fois… C’est une évolution dans le métier, nos originaux sont devenus patrimoniaux, on se retrouve au musée, comme de vrais acteurs culturels. Je trouve ça juste et donc, je participe à cette « sacralisation de la bande dessinée »…

QL : J’ai entendu dire que tu prépares une longue histoire pour les 2 séries que tu scénarises dans Tchô !, « Les Chronokids » et « Captain Biceps » ! Envisages-tu ce travail comme pour le tome 10 de « Titeuf », où tu avais pour la première fois créé une histoire longue ? Quelle est la principale différence dans ton approche, pour passer du gag à l’histoire longue ?

Zep : Pour les « Chronokids », comme il s’agit d’une série d’aventure, le passage au long format est assez évident. Il faut aussi que ça soit l’envie des dessinateurs. C’est le cas sur les deux séries…mais ce n’est pas sur pour « Captain Biceps » qui est une série plus parodique et qui pourrait perdre son énergie en long format. Il faut rester dense pour être drôle.

QL : En 2001, tu avais illustré le livret du dernier CD de Jean-Jacques Goldman, avec un trait réaliste. 10 ans plus tard, tu as dévoilé beaucoup de tes croquis dans « Carnet Intime ». Est-ce que le Zep réaliste ne se dévoile que par petites touches tous les 10 ans, ou bien tu comptes nous montrer ton trait réaliste dans un album de BD ?

Zep : Là, il ne faudra attendre que quelques mois… Mon album réaliste va sortir au printemps prochain.

…Merci Zep

interview réalisée par Quentin Lefebvre en août 2012– www.quentinlefebvre.com

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