« Wolverine : Le Meilleur dans sa partie » T1 & 2 par Juan José Ryp et Charlie Huston

Tout en abordant la rentrée, je vous propose jusqu’à mi-septembre de revenir sur quelques albums Panini Comics que je n’avais pas chroniqués ces derniers temps à cause d’un grand nombre d’ouvrages intéressants parus chez les autres éditeurs, et aussi par lassitude face à la récente production Marvel relayée par Panini Comics, nettement en baisse qualitative… Depuis « Secret Invasion », Marvel pédale un peu dans la semoule, mais ce n’est pas une raison pour ignorer certains albums publiés en VF cette année.

« Wolverine : The Best there is » est l’un des comics récents les plus controversés de part et d’autre de l’Atlantique, apparemment considéré comme le pire comic de l’année par beaucoup à cause d’une violence jugée gratuite et écœurante et d’un scénario soi-disant inexistant. Je ne crierai certainement pas au génie ni ne défendrai bec et ongle ce comic, mais je suis loin de penser que ce soit le pire comic de l’année, ne partageant pas les arguments lus çà et là sur le non-scénario de Huston, les dessins de Ryp qui seraient aussi laids que l’histoire, ou une violence seulement gratuite. En fait, plus que de défendre cette œuvre en deux volumes (dont seulement le premier m’a plu, le second étant ennuyeux au possible et n’apportant absolument rien au premier, sans parler du dessin de Ryp qui perd en qualité), je m’arrêterai un instant sur la représentation de la violence dans les comics, et sur Wolverine en particulier. Marvel ne paraît pas assumer totalement cette série publiée au sein de son label adulte (Max), dont ils ont pourtant conscience qu’elle sera très vendeuse justement à cause de ce qu’on pourrait lui reprocher, à savoir le Wolverine le plus hardcore qu’on ait jamais lu. En témoigne le « Not for Kids ! » ajouté au « Parental Advisory ! » qui semble ne pas suffire à exprimer l’ampleur de la violence qui règne en ces lieux, ainsi que les planches révélées au public sur le site de l’éditeur qui… ne peuvent rien montrer (ci-dessous).

 

C’est vrai que « Wolverine : The Best there is » est une œuvre clairement sadique qui peut engendrer chez le lecteur une overdose de violence tant celle-ci se répète sans mener à autre chose que la violence elle-même, surtout dans le premier volume (délaissons définitivement le second, « Quarantaine brisée », pour ne parler que du premier, « Contagion », qui se suffit à lui-même). « Contagion » est une expérience directe de la cruauté, une plongée explicite dans la chambre des tortures, sorte de « Weapon X » puissance mille (d’ailleurs, le bourreau répond au nom de Winsor, peut-être un hommage à l’auteur de cette œuvre mythique et historique). Ici, Wolverine va à nouveau être un objet d’expérimentation cruelle, son corps et son âme se retrouvant torturés sans relâche du début à la fin. Huston et Ryp ont-ils voulu montrer exactement ce qu’est la violence inhérente au personnage de Wolverine, ou bien ont-ils pris ce paramètre pour en faire du Grand Guignol ? Peut-être un peu les deux. Toujours est-il que je trouve cet argument de scénario inexistant camouflé en suite ininterrompue de tortures gratuites un peu exagéré, car au bout du compte l’expression de la violence donnée et subie serait peut-être le seul vrai sujet de l’œuvre, et je ne peux m’empêcher de trouver qu’il y a une vraie histoire dans la quête cinglée de ce vilain accompagné d’une bande de sociopathes pervers et pathétiques qui va kidnapper Wolverine pour tester jusqu’à l’absolu le pouvoir auto-guérisseur du X-Man afin de trouver l’antidote qui guérira son fils d’un gène monstrueux qu’il lui a lui-même inoculé. Je veux bien que l’histoire ne plaise pas ou choque, mais sérieusement, lorsqu’on lit certains comics en ce moment qui ont soi-disant un scénario, on ne peut que constater que très souvent ces histoires sont creuses, illusoires, tenant plus du procédé, de la resucée ou de la routine que du vrai récit créatif qui surprend et séduit. Ici, on dirait que Huston et Ryp ont de toute façon décidé de dresser un portrait de la folie ultime, de la violence ultime, plutôt que de s’inscrire dans un récit réellement linéaire.

 

En fait, il est intéressant de parler de cette œuvre car elle met à jour un pseudo-tabou qui hante toute l’histoire des comics : la représentation de la violence. Certes, nous ne sommes plus au temps de Fredric Wertham et de son « Seduction of the Innocent » qui a entraîné la création du Comic Code Authority, et la représentation de la violence dans les comics a monté d’un cran avec l’évolution de notre société. Mais cela fait aussi des décennies que les fans de Wolverine aiment ce personnage justement parce qu’il est bien plus animal que les autres X-Men, et que sa sauvagerie a souvent donné lieu à des violences extrêmes. Tout le monde sait qu’il a déjà tailladé, lardé, coupé, découpé, redécoupé, tronçonné et plus encore si affinité dès lors que l’on entendait le fameux « Snikt ». Tout le monde sait aussi que si l’on fait si souvent allusion à son fameux pouvoir auto-guérissant, c’est que le Canadien trapu s’est déjà sérieusement fait réduire en bouillie de chair infâme à plusieurs reprises (beurk). De manière générale, les comics où apparaît Wolverine montrent cette violence sans la montrer (action vue de dos, en ombre chinoise, par gros plans bien choisis, etc…), mais personne n’était dupe. Il y eut parfois quelques scènes plus explicites, mais rien qui ne décrive exactement la fameuse « rage » de Wolverine, ni quelles réelles répercussions dans l’acharnement meurtrier sa nature peut l’entraîner. Est-ce pour cela qu’il faut la montrer explicitement ? Pas forcément, cela n’apporte pas forcément grand-chose. Mais en enchaînant jusqu’à la folie les tortures infligées à Wolverine tout comme ses répliques sanglantes, Huston et Ryp lèvent le voile sur ce qui se passe réellement depuis des décennies sans que cela soit clairement établi, une bonne fois pour toutes. Ceux qui trouvent cette histoire écœurante à cause de sa violence gratuite et de son récit fantôme sont parfois les mêmes qui crient « au génie » – à juste titre – en parlant de « Hard Boiled » de Frank Miller et Geof Darrow. Pourtant, la différence n’est pas si abyssale, entre ces deux œuvres, ce qui me permet de finir en redisant combien Juan José Ryp est bien un digne successeur de Darrow pour sa folie du détail, porté par un trait médical qui reste fascinant. Personnellement, j’aime beaucoup son dessin, car c’est un dessin de fou. Pas de conseil de lecture cette semaine, donc, mais rien ne vous empêche de jeter un œil à ce comic – si vous avez les tripes bien accrochées.

Cecil McKINLEY

« Wolverine : Le Meilleur dans sa partie » T1 (« Contagion ») par Juan José Ryp et Charlie Huston Éditions Panini Comics (13,20€) – ISBN : 978-2-8094-2232-0

« Wolverine : Le Meilleur dans sa partie » T2 (« Quarantaine brisée ») par Juan José Ryp et Charlie Huston Éditions Panini Comics (13,20€) – ISBN : 978-2-8094-2480-5

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3 réponses à « Wolverine : Le Meilleur dans sa partie » T1 & 2 par Juan José Ryp et Charlie Huston

  1. regis dit :

    Mais normalement,(car moi je possêde les deux et j’aimes bcp et toc!,)il devait y en avoir bien plus que deux,6 je crois?????Pourquoi seulement deux maintenant????Merci d m repondre et a bientôt,comics…ement votre!

    • Cecil McKinley dit :

      Bonjour Régis,
      Non, ces deux volumes reprennent bien l’intégralité du titre qui a compté 12 numéros aux États-Unis, chaque volume Panini reprenant six numéros chacun.
      Bien à vous,

      Cecil McKinley

  2. Apparemment, les américains ont viré leur cutie face à la violence. Quand feront ils de même vis à vis de l’érotisme? Il me semble que leurs comics et films d’action restent très puritains, au mieux le lecteur aura droit à une femme vétue de cuir moulant, au pire à une séance de poitrine à l’air. Le sexe fait partie de la vie, et tant qu’à faire, il vaut mieux s’y confronter plutôt qu’à la violence. le sexe donne du plaisir, la violence détruit et fait souffrir.