COMIC BOOK HEBDO n°64 (07/03/2009)

Cette semaine : 100% Spider-Man 100% Marvel !!! Que les arachnophobes désertent tout de suite la toile de cet article ! Au programme, deux rééditions bienvenues, et un nouveau volume qui vaut le détour?

SPIDER-MAN vol.1 : L’ÉTREINTE DU VAMPIRE (Panini Comics, 100% Marvel)

Réédition du premier volume consacré à Spider-Man dans la collection 100% Marvel, pour le plus grand plaisir des fans qui auraient loupé ces épisodes ! Comme l’indique le titre, il est ici question de vampire, et qui dit vampire et Spider-Man dit Morbius, évidemment… Morbius est l’un des personnages les plus intéressants dans la cosmologie arachnéenne. C’est un vilain vampire qui cherche à sucer le sang de ses victimes pour apaiser sa soif inextinguible de vie, mais avant toute chose c’est Michael Morbius, un prix Nobel de biochimie qui est devenu le monstre qu’il est juste parce qu’il a cherché des remèdes à la terrible maladie sanguine qui le détruisait. Bref, Morbius est un vilain malgré lui, cherchant depuis des décennies le moyen de s’extirper de cette situation moralement violente. C’est tout cet univers qui revient à la charge dans cet album, Morbius s’immisçant à nouveau dans le parcours de Spider-Man avec toute la richesse de son dilemme cornélien. Et le combat entre faux ennemis va recommencer, une fois de plus… L’aspect physique de Morbius, son esthétique gothique, a toujours été un temps fort dans l’histoire déjà longue de Spider-Man, ne trouvez-vous pas ? Il apporte une dimension plus horrifique et proche des grands classiques de l’horreur que du fantastique moderne, et la rencontre entre ces personnages est aussi une rencontre des genres. Morbius est vraiment un personnage marquant, et les scénaristes qui ont travaillé sur son cas en ont pratiquement toujours tiré quelque chose d’intéressant.
Howard Mackie a signé là un scénario plus qu’honorable, réussissant à faire évoluer cette vieille relation vers d’autres hypothétiques issues prenant en compte le passé des deux personnages. Sur les quatre épisodes, un seul a été dessiné par Claudio Castellini, les autres ont été réalisés par John Romita Jr qui en était encore à une période graphique acceptable (nous étions en 1997), la période où il aurait pu aller vers Miller au lieu de bifurquer vers les mangas. L’épisode de Castellini, lui, possède une belle finesse graphique, et un sens du contraste intéressant, qui tranche malheureusement un peu trop avec l’esthétique déjà épaisse de Romita Jr. Son découpage est aussi différent de celui de Romita, ce qui amène une petite hétérogénéité à l’ensemble, mais qui n’est pas si grave que ça. Un petit mot sur l’histoire, quand même : une créature nommée Crown entend bien s’approprier les recherches de scientifiques à des fins très maléfiques. Un nouveau héros nommé Shoc viendra en aide à Spider-Man pour contrer cette menace, action bientôt mêlée au destin de Morbius qui va avoir affaire à de redoutables membres de l’Hydra. Secouez le tout, et vous aurez une histoire tout à fait palpitante à lire, mais à suivre !

SPIDER-MAN vol.6 : TOXIN : DANS LA PEAU D’UN FLIC (Panini Comics, 100% Marvel)

Comment avoir une vie normale quand un symbiote vous a pris pour hôte ? C’est la question centrale qui est posée ici, dans la réédition d’un volume particulièrement savoureux de Spider-Man dans cette belle collection 100% Marvel. Vous connaissiez Venom, le symbiote ramené du Breakworld par Spider-Man ? Vous connaissiez Carnage, cette horreur engendrée par Venom ? Eh bien la famille s’agrandit avec le petit dernier : bienvenue, Toxin ! Toxin est encore tout jeune, et en prenant pour hôte le flic Pat Mulligan, il apprend autant à vivre avec cette réalité que Mulligan apprend à gérer la situation ! L’apparition de Toxin dans la vie de Mulligan bouleverse même celle-ci en profondeur puisque le pauvre policier doit renoncer à sa vie de famille pour vivre comme un paria, ne sachant jamais comment les choses peuvent évoluer à cause du symbiote. Les épisodes de cet ouvrage sont intéressants car ils dissèquent la première évolution de Toxin, comment il s’adapte, quelles sont les valeurs que tente de lui inculquer Mulligan afin qu’il grandisse. Car l’enjeu est des plus importants, quand on voit le pedigree de Venom et Carnage : il y a du mouron à se faire ! Toxin réussira-t-il à rester dans le droit chemin ou bien sa nature symbiotique le soumet-il inexorablement au jeu de l’hérédité ? Pat Mulligan est bien conscient de ce problème, et c’est ce parcours initiatique qui nous est raconté ici, avec intensité mais aussi humour, et un Spider-Man en arrière-plan. En effet, le Tisseur de toile n’apparaît que rarement au fil des épisodes de cette mini-série, revenant seulement tel un directeur de conscience pour conseiller ou mettre Mulligan en garde contre les possibles dangers d’une telle « cohabitation ».
Le scénario de Pat Mulligan, euh… Peter Milligan, est assez bien charpenté, alternant dans un bel équilibre les séquences d’émotion, d’humour, de drame et d’action. Le suspense est maintenu sans en faire trop, mais avec des ruptures assez fortes pour scander de vrais événements au sein du récit. Le fait que Spider-Man soit juste présent en guest star et que toute l’attention soit portée sur Mulligan et son symbiote permet au lecteur d’appréhender cette facette de l’univers de Spider-Man dans le temps qu’il faut, sans être pollué par l’image trop insistante du Tisseur. C’est l’excellent Darick Robertson qui dessine, et même si nous sommes dans un autre registre que celui de Transmetropolitan dont je vous parlais la semaine dernière, il n’en reste pas moins que cet artiste a apparemment pris du plaisir à dessiner Toxin, atteignant parfois de beaux moments de terreurs avec les scènes où apparaît Razor-Fist, un méchant très méchant avec à la place des avant-bras des lames au tranchant très tranchant. Gasp ! De quoi foutre les jetons ! C’est contre cette menace que Mulligan va devoir agir en même temps qu’il éduque son symbiote : comme vous le lirez, il n’est pas sorti de l’auberge !
Vous pourrez admirer en fin d’album les sublimes couvertures originales signées par Esad Ribic, Clayton Crain, Simon Bisley et Duncan Fegredo : de toute beauté !

SPIDER-MAN vol.8 : UN GRAND POUVOIR… (Panini Comics, 100% Marvel)

Dernier 100% Marvel 100% Spider-Man pour cette semaine: ce volume 8 vaut vraiment le détour, comme il est dit en introduction, et ceci pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il est toujours croustillant pour les vieux fans de lire comment un auteur revisite l’histoire d’un super-héros en apportant sa vision des choses à des événements si emblématiques qu’ils en deviennent mythiques. La période où Peter Parker commence sa brève carrière de catcheur et qui mènera à la mort d’Oncle Ben est des plus symptomatiques de la mythologies de Spider-Man puisque c’est au paroxysme de celle-ci qu’il prend conscience de la responsabilité que ses pouvoirs lui confèrent. Oui, la fameuse grande phrase : « à grands pouvoirs, grandes responsabilités ».
Ensuite, David Lapham porte sur cette période un regard respectueux et malicieux, creusant et explorant certains faits n’ayant représenté que quelques cases dans la longue carrière de Spider-Man. Il ne manque personne : Tante May, Oncle Ben, Liz, Flash, Jonah… Sous le crayon de Tony Harris (l’excelllllllent dessinateur d’Ex Machina dont je vous parlerai la semaine prochaine), tout ce joli petit monde prend des airs réalistes sans se priver de fantaisie, le style souple et dynamique de Harris fonctionnant à merveille dans cette ambiance. Et comme le scénario de Lapham est bien ficelé – bénéficiant d’un découpage et d’une narration efficaces, pleins de rythme – cette mini-série se regarde et se lit avec un grand plaisir.
Nous ferons plus ample connaissance avec la voluptueuse Tiffany Lebeck, vamp s’il en est, et qui a fait tourner le cœur et les sens de Parker, nous apprécierons à nouveau les prises de bec entre Flash et Peter au sujet de Liz, et le souci que se font Ben et May pour leur neveu chéri. On verra aussi Jameson pousser la gueulante, et découvrirons un Parker parfois plus décontracté qu’on aurait pu le penser ; mais les ennuis ne sont jamais loin. Lapham a aussi eu la bonne idée d’utiliser un autre épisode mythique de Marvel : le monstre marin de Namor attaquant New York dans une séquence très godzillesque où les Quatre Fantastiques font feu de tout bois pour repousser cette créature gigantesque. Cet insert nous permet de voir comment Parker se confronte à l’idée et au rôle du super-héros, tout en contribuant à maintenir une cohérence générale dans l’univers Marvel. Bref, tout ça est plus que plaisant, donc laissez-vous tenter, vous passerez un excellent moment…

Cecil McKINLEY

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