« Abe Sapien » T2 (« La Ballade du diable ») par Mike Mignola & co

Abe Sapien, le coéquipier amphibien d’Hellboy, est de retour dans le deuxième volume de sa propre série : un spin-off brillant, un personnage attachant, et la confirmation d’une œuvre de grande qualité.

J’avais vraiment adoré le premier volume d’« Abe Sapien » paru il y a presque deux ans chez Delcourt. Une belle découverte, magnifiée par les dessins somptueux de Jason Shawn Alexander (qu’est-ce que c’était beau !). Avec ce spin-off, Mike Mignola nous offre le portrait de l’un de ses personnages les plus réussis, peut-être celui qui engendre le plus d’empathie par son caractère à la fois énigmatique et terriblement humain. Car même si son apparence nous rappelle plus celle du peuple de l’Atlantide que du citoyen lambda américain, il se dégage de lui une sorte de compassion silencieuse, une bienveillance discrète, une puissance rentrée témoignant de la grande profondeur de ce personnage. On sent en lui une brèche, une fragilité et des préoccupations existentielles qui le rendent très proche de nous. Pour moi, le plus beau personnage de la nébuleuse « Hellboy ». Contrairement au premier volume qui nous présentait une seule et même longue histoire (« La Noyade »), ce deuxième tome nous propose trois histoires dessinées par différents artistes et co-scénarisées par John Arcudi.

 

On commence avec « Le Garçon hanté », un court récit qui est aussi mon préféré de l’album par la qualité de son scénario et pour les superbes dessins de Patric Reynolds qui rappellent l’esthétique de Shawn Alexander : magnifique. L’histoire nous raconte le drame de parents qui ont perdu leurs enfants, noyés après que la surface glacée d’un étang a cédé sous leur poids alors qu’ils faisaient du patin à glace. Mais l’un des deux enfants ne semble pas vouloir disparaître, revenant hanter les lieux. Abe Sapien est envoyé sur place afin de constater les faits, mais ce qu’il va découvrir va au-delà de la simple apparition de fantôme… Le ton employé est si juste et réaliste qu’on y croit dur comme fer dès le départ, donnant à ce récit une belle dimension humaine et rendant l’émergence du surnaturel encore plus troublante. Le deuxième récit, « La Plaine abyssale », permet à Mignola de renouer avec un thème qui a fait les beaux jours du genre horrifique : la hantise maritime. Ici, pas de bateau mais un sous-marin qui repose dans les abysses, renfermant cadavres et trésor mystérieux. Mais l’un des passagers ne semble pas vouloir mourir, ayant une mission à achever. Dans un style assez lisse, Peter Snejbjerg illustre cet hommage aux comics d’horreur de la grande époque, ce qui lui permet de dessiner de très belles séquences aquatiques (les passages à l’intérieur du sous-marin sont saisissants). Enfin, dans un style plus rugueux, James Harren dessine « On ne badine pas avec le diable », une histoire où Abe Sapien va devoir affronter des événements inquiétants liés à Van Laer, un démonologue dont il a lu tous les ouvrages. Le petit-fils de Van Laer vient trouver Abe Sapien afin qu’il l’aide à découvrir ce qui est réellement arrivé à son aïeul. Bien sûr, Abe va accepter, mais les horreurs auxquelles il va devoir faire face risquent de dépasser toutes ses craintes. Démon, quand tu nous tiens…

 

Ajoutons que les couvertures de Dave Johnson sont magnifiques, et que le dossier qui clôt l’album nous propose de très beaux documents : recherches de couvertures, croquis de personnages et autres curiosités, dont le travail de Francesco Francavilla qui vaut vraiment le coup d’œil. J’espère de tout cœur que Mignola va continuer à créer des histoires d’Abe Sapien, car cette série a un potentiel et des qualités énormes. Aucun doute que de futures merveilles naîtront de ce spin-off. Vivement !

Cecil McKINLEY

« Abe Sapien » T2 (« La Ballade du diable ») par Mike Mignola & co Éditions Delcourt (14,95€) – ISBN : 978-2-7560-2892-7

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