LES ILLUSTRÉS FRANCAIS PENDANT LA GUERRE

Après la débacle de juin 1940, la presse enfantine de bande dessinée est bien évidemment soumise au contrôle de l’occupant. La grande majorité des éditeurs choisit alors de quitter Paris pour s’installer en zone libre, à Lyon et à Marseille pour la plupart.

Parmi les titres qui déménagent citons en particulier Le Journal de Mickey (qui fusionne alors avec Hop-là!), Robinson, Jumbo, Aventures, L’Aventureux (sous le titre L’Audacieux), Hurrah! (ces deux derniers titres auront aussi une version parisienne), Coeurs Vaillants, Ames Vaillantes… tous reparaissent entre le 21 septembre et le 19 décembre et entament désormais une existence difficile qui les conduisent pour la plupart jusqu’en 1944, mais dépourvus de leurs séries américaines après l’entrée en guerre des Etats-Unis. D’autres restent en zone occupée, à Paris, Junior, Pierrot, Hurrah!, L’Aventureux (comme écrit plus haut ces deux derniers titres existent également en zone libre), mais tous disparaitront entre janvier et avril 1942.

De nouveaux titres apparaissent

Si l’on excepte ces rescapés aux allures de naufragés, un certain nombre de nouveaux journaux feront leur apparition durant la guerre de chaque coté de la ligne de démarquation : Les Belles Aventures à Nice, Cendrillon à Vichy, Sirocco à Clermont-Ferrand et Les Grandes Aventures, Gavroche, Fanfan la Tulipe, Le Journal de Taty, Le Téméraire à Paris et O lo lê à Landerneau.

De l’indifférence à l’idéologie nazie

Désormais, à Paris, les illustrés pour enfants se classent en trois genres : les indifférents (ou qui tentent de l’être), les vichystes et enfin les pro-nazis qu’incarne une seule publication, Le Téméraire. Si, donc, la plupart d’entre eux prônent la révolution nationale, tel Fanfan la Tulipe qui propose en sous-titre : “Ton journal petit Français, pensé, écrit, dessiné par des Français”, ou encore, Benjamin qui inscrit “Journal intégralement français”, l’illustré le plus caractéristique reste Le Téméraire qui apparait le 15 janvier 1943 sans la moindre concurrence (seul O lo lê existe encore).
Une publication luxueuse et… très orientée
Cette nouvelle publication de format 39 x 29,5 parait bien luxueuse face à ses “confrères” de la zone sud, mal imprimés sur du mauvais papier. Dirigé, à partir du n°28 par Boué, bras droit de Darquier de Pellepoix (Commisaire général aux questions juives à partir de 1942), Le Téméraire va tout au long de ses trente-huit numéros (auquels il faut ajouter trois spéciaux et un album) diffuser, souvent avec avec subtilité, les rudiments de l’idéologie nazie à travers les thèmes traités. Ainsi, Les Secrets du sang évoquent la dégénérescence de la race russe, Barbe Bleue les meurtres rituels des Juifs et La Légende de l’Atlantide nous apprend que les chevaliers Atlantes, blonds aux yeux bleus, s’étaient hélas mélangés aux indigènes sémites d’Afrique et d’Asie ainsi qu’aux négroïdes américains… mais “heureusement, dans les immenses forêts de la Scandinavie et de l’Allemagne du nord les survivants de l’Atlantide conservèrent la pureté de la race blanche avec ses qualité de courage, de génie créateur et d’organisation”.

Dans chaque bande dessinée, les “méchants” ont systématiquement des traits sémites prononcés (tel le professeur Vorax, affublé d’une bouche lippue et d’un nez crochu, dans Le docteur Fulmitrate contre le professeur Vorax d’Érik, que les jeunes lecteurs vont cotoyer tout au long des numéros), ou encore sont d’horribles communistes, dans Marc le Téméraire, par exemple, une BD d’espionnage signée Josse.

Le salut dans la fuite

Alors que le Cercle des Téméraires, association créée dès le premier numéro, annonce une représentation théâtrale pour le dimanche 13 août 1944, la situation “se gâte” car en effet, le 9, les Allemands commencent à évacuer Paris, et, le 15, le journal ne paraît pas….

Moins de neuf mois plus tard l’Allemagne capitule et l’épuration commence. Elles ne toucheront, semble-t-il que très peu l’univers de la bande dessinée..

Voici quelques informations et cotes des principaux illustrés paraissants pendant la guerre :

- Ames Vaillantes (à Lyon du n°38 du 22/9/40 au n°17 du 6/8/44) : 30FF le n°.

- L’Audacieux (à Vichy puis à Nice du n°1 du 30/1/41 au au n°33 du 24/8/42) : de 60 à 150FF le n°

- Aventures (à Lyon du n°24 du 12/12/40 au n°38 du 27/9/41) : 200 à 300FF le n°.

- L’Aventureux (à Paris du n°25 du 26/12/40 au n°295 – n°18 de 1942 – du 3/5/42) : 80FF le n°, (et à Vichy du n°25 du 12/12/40 au n°2 du 23/1/41, 7n°) : 400FF le n°.

- Les Belles Aventures (à Nice du n°1 du 28/12/42 au n°17 du 17/8/44, 68n°) : 150FF le n°.

- Benjamin (à Clermont-Ferrand du n°1 de 7/40 au n°190 du 15/8/44) : 10FF le n°.

- Cendrillon (à Vichy du n°1 du 21/1/43 au n°37 du 3/10/43) : 80FF le n°.

- Coeurs Vaillants (à Lyon du n°38 du 22/9/40 au n°17 de 1944) : 250FF le n° en 1940 puis 50FF le n°.

- Fanfan la Tulipe (à Paris du n°1 du 22 /5/41 au n°42 du 9/3/42) : 60 à 80FF le n°.

- Fillette (à Paris du n°1682 du 13/10/40 au n°1755 du 8/3/42) : 5FF le n°.

- Gavroche (à Paris du n°1 du 31/10/40 au n°66 du 5/2/42) : 70 à 200FF le n° env.

- Les Grandes Aventures (à Paris du n°1 du 26/9/40 au n°70 du 27/1/42) : de 50 à 150FF le n° env.

- Hurrah! (à Paris du n°264 du 10/12/40 au 334 du 16/4/42) : 80FF le n°, (à Vichy et à Clermont-Ferrand (du n°1 du 10/12/40 au n°7 du 22/1/41) : 300FF le n° (devient Tarzan).

- Jean-Pierre (suite de Jeudi des éditions G. Ventillard), du n° 1 du 17/02/1938 au n° 115 du 20/06/1940, la publication s’étant interrompue du 14 septembre au 16 novembre 1939.

- Le Journal de Mickey et Hop-la! réunis (à Marseille du n°297 du 22/9/40 au n°477 du 2/7/44) : de 60 à 250FF le n°.

- Le Journal de Taty (à Paris du n°1 du 25/6/41 au n°33 du 17/2/42) : 15FF le n°.

- Jumbo (à Lyon du n°25 du 6/12/40 au n°19 du 12/11/44) : de 50 à 80FF le n°.

- Junior (à Paris du n°220 de 12/40 au n°282 du 5/3/42) : 120FF le n°.

- Lisette (à Paris du n°25-32 de 1940 au n°11 du 15/3/42) : 60 à 80FF le n°.

- Le Mérinos (à Paris du n°1 de 2/44 au n°12 du 1/8/44) : 80FF le n°.

- O lo lé (à Landerneau du n°1 du 15/11/40 au n°130 du 15/5/44) : 60FF le n°.

- Pierrot (à Paris du n°25-32 du 11/8/40 au n° 10 du 18/3/42) : 15 à 60FF le n° env.

- Robinson et Hop-la! réunis (à Marseille du n°217 du 6/10/40 au n°395 du 2/7/44) : de 80 à 150FF le n° env.

- Tarzan (à Vichy puis à Nice du n°1 du 29/1/41 au n°34 du 22/9/41) : 150FF le n°.

- Le Téméraire (à Paris du n°1 du 15/1/43 au n°38 du 1/8/44) : de 120 à 250FF le n° env.

Galerie

2 réponses à LES ILLUSTRÉS FRANCAIS PENDANT LA GUERRE

  1. Lafonta dit :

    Vous avez oublié au moins ‘Jean Pierre qui parait jusqu’en 1940.., arrêt au n°114….

    • Gilles Ratier dit :

      Merci pour votre lecture de cet article de Michel Denni qui date de plus de 16 ans ! C’est ça qui est formidable avec internet !
      En effet, Jean-Pierre (suite de Jeudi), dont le n° 1 date du 17 février 1938, s’interrompt au n° 115 du 20 juin 1940, la publication s’étant déjà interrompue du 14 septembre au 16 novembre 1939. On y trouvait surtout des BD de Robert Dansler, mais aussi le « Électropolis » de René Pellos.
      On rajoute tout ça dans l’article !
      Bien cordialement
      La rédaction

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