BoDoi N° 70.Janvier 2004

En couverture de ce nouveau et excellent numéro qui ouvre la nouvelle année, on découvre que Serge Le Tendre reprend le collier pour de nouveaux scénarios de la Quête et avec un nouveau dessinateur (Aouamri) dont un dessin en couverture préfigure cette nouvelle aventure.

L’amateur mordu d’informations de pointe s’y était résolu : en matière d’instantané du marché de la BD, c’est du coté de Livres Hebdo, la bible des libraires et bibliothécaires, qu’il fallait jusqu’ici chercher. Avec au sommaire de ce numéro un gros dossier consacré à l’état de lieux du neuvième art, Bo Doi lorgnerait-il vers la concurrence affichée ? Même pas, car là où Livres Hebdo offre une analyse annuelle très comptable, dont l’éclairage est pour ainsi dire clinique, Bo Doi préfère descendre dans la rue et procéder par entretiens avec les divers acteurs du marché : libraires, directeurs éditoriaux et même… spécialistes de Livre Hebdo. Bref, on l’aura compris, personne ne souhaite marcher sur les plates bandes de l’autre, mais bien offrir un information riche et complémentaire. Et que ressort-il de la fine analyse de Bo Doi me direz-vous ? Un simple constat : celui que les éditeurs les mieux implantés du marché renouvellent les erreurs qui aboutirent dans les années 80 à une grave crise économique du secteur. Voici donc un dossier intelligent et nécessaire, dont les conclusions n’épargnent personne. Bo Doi ne se fera pas que des amis à critiquer une boulimie éditoriale qui après tout, en faisant de la BD un média incontournable, aide à son propre succès. Mais qu’importe, puisque le sémillant mensuel donne l’impression de voir plus loin que pas mal de ravis de la crèche. A moins que les dits ravis ne soient autant de cyniques décidés à engranger beaucoup de bénéfices. De quoi tenir pendant les périodes de vaches maigres. Auquel cas les candides se trouvent du coté de Bo Doi. Ce qu’on à peine à s’imaginer.

Qu’on se rassure toutefois : la situation n’est pas si sombre et Bo Doi privilégie aussi dans ce dernier numéro de l’année ce qui constitue sa patte, l’interview fleuve, avec un très bel entretien signé Jean-Pierre Fueri, où Serge Le Tendre nous livre non seulement les clés du prochain « Quête de l’oiseau du temps » (avec Aouamri en remplacement  de Lidwine) mais aussi celle de sa vision de la vie. Et il s’agit là d’une belle occasion de rencontrer un homme calme et passionné, étrange mélange de glace et de feu, qui donne ou redonne l’envie de se plonger dans des univers aussi dissemblables que Chinaman ou La gloire d’Héra.

Coté BD : de l’exclu à profusion, avec Thomas Silane, Le livre des destins (le nouveau Le Tendre) et le redoutable Cuervos.

La phrase du jour : elle est signée Yves Schlirf, ancien libraire et patron du label Manga Kana : « Les  BD franco-belges perdent de plus en plus leur public de base, les jeunes. Lorsqu’on arrive à trouver un niveau de dialogue avec eux, comme le fait Titeuf où, à travers le microcosme d’une cour d’école, on parle de cul en disant des gros mots (parce que la réalité, c’est quand même bien ça), eh bien ça marche. C’est ce qu’ont parfaitement compris les japonais. Chez nous, quand on fait une BD, ce qui est important, c’est que ça soit beau, bien écrit, bien dessiné. Le lecteur, on y pense après. ». Ok ok. C’est valable aussi pour le catalogue Dargaud (propriétaire de Kana ) où c’est juste pour les autres ?


Damien Perez

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