« L’Affaire Sugaya » par Kenichi Tachibana et Hiroshi Takano

En France, personne n’a entendu parler de cette effroyable erreur judiciaire ou un homme a passé dix-sept ans de sa vie en prison pour un meurtre qu’il n’a pas commis. C’est pourtant une histoire vraie. Cela se passe au Japon. Un journaliste chevronné a tout fait pour faire éclater la vérité. C’est « L’affaire Sugaya ».

Ici, pas de suspens, le dénouement de l’histoire est donné dans le titre : « L’Affaire Sugaya -: l’histoire vraie d’un homme accusé à tort ». En 1996, Toshizaku Sugaya est accusé du meurtre de Yukari, une fillette de quatre ans enlevée dans une salle de jeux d’argent. Pourtant, Kiyoshi Shimizu un journaliste de renom pense qu’il s’agit d’une erreur judiciaire. En 2009, il profite du lancement du programme « TV Action » par sa chaîne pour mener son enquête. Cette série de cinq émissions doit suivre le développement de plusieurs faits ayant marqué le Japon. Si, en plus, cela peut déboucher sur une révision d’un procès, c’est que le vrai journalisme d’investigation n’est pas mort. Voilà une manière bien réelle de prouver qu’une simple émission de télévision peut servir l’intérêt commun et défendre un citoyen lambda.

Ce type de manga d’information est un genre sous représenté en France. Pourtant, au Japon il suscite un gros engouement d’une certaine catégorie de public. Cela permet de comprendre un fait divers, comme c’est le cas ici ; mais également de se former sur des sujets très sérieux comme dans « Les Secrets de l’économie japonaise en bande dessinée » de Shotaro Ishinomori paru chez Albin Michel, en 1989. Certains magazines pour adultes ont recours à la bande dessinée pour expliquer des faits qui seraient rébarbatifs à décrire sous forme de roman. Les Japonais sont habitués à ce traitement de l’information et en sont même friands. C’est agréable à lire et bien plus commode, notamment dans les transports en commun. Cela ressemble à ce que nous qualifions en France de roman graphique ; un genre qui permet d’approcher un nouveau lectorat pas toujours enclin à lire des bandes dessinées de fiction.

Annoncé depuis septembre 2011, le titre fut repoussé en octobre, puis février pour finalement paraître, finalement, le 14 mars 2012. Sa couverture est sobre, une caméra sur un fond uni rouge. Le titre très clair ressort parfaitement comme dans tout ces journaux à sensation mettant en scène des meurtres sordides. Le dessin de Kenichi Tachibana est un peu figé et particulièrement froid. Il est, malgré tout, clair et très lisible. Il sert ici à représenter la vérité et rien d’autre. Les émotions sont quasiment absentes ou alors particulièrement artificielles : comme s’il s’agissait d’une reconstitution avec des acteurs forçant le trait, afin que le spectateur suive bien l’action. Certains passages sont clairement romancés et arrangés pour tenir dans un seul volume. Notamment, lorsque le journaliste appelle ses collaborateurs un par un afin de les entraîner dans cette aventure passionnante, durant une année. Immédiatement, les épisodes de « Mission impossible » ou de « Mask » nous reviennent en mémoire. On sent pourtant le sérieux de la documentation et le souci des détails. Pas question de travestir la réalité. Ce manga condense, en un peu moins de deux cents pages, ce combat bien réel mené pour libérer cet homme accusé à tort. Pourtant, il est clair que Mr.Sugawa est mal à l’aise de tout ce remue-ménage autour de sa personne. En plus, si lui est dehors, le vrai coupable l’est également. On reste donc un peu sur notre faim ; car si les policiers ont, a l’origine, bâclé l’affaire, elle n’est toujours pas résolue.

Pour aller plus loin, un cahier complémentaire placé en fin de volume reprend les points clefs de cette histoire ainsi qu’une interview avec photo de M. Sugaya. C’est tout aussi instructif que le manga lui-même.

Ce manga est à considérer comme un documentaire sur le travail de Kiyoshi Shimizu, ce journaliste d’investigation qui a réussi à faire bouger la société japonaise. Il a réhabilité un homme injustement condamné. Il a également prouvé que son travail avait un sens. À lire pour son côté « historique », mais également comme simple divertissement.

Gwenaël JACQUET

« L’Affaire Sugaya » par Kenichi Tachibana et Hiroshi Takano
Édition Delcourt/Akata (7.99 €) ISBN : 9782756026220

VS. – KITAKANTO RENZOKU YOJO YUKAI SATSUJIN JIKEN NO SHINJITSU © 2010 by Hiroshi Takano, Kenichi Tachibana / SHUEISHA Inc., NTV

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