« Un amour de bentô » T1 par Nao Kodaka et Shiori

Les livres de cuisine japonaise sont souvent compliqués. Il faut trouver des ingrédients venant d’Asie. Si, en plus, on est une très jeune fille et que l’on souhaite faire de la cuisine simple, ce n’est assurément pas le genre d’ouvrage à recommander. Pourtant, il existe des recettes accessibles, adaptées aux enfants et réalisables à moindre frais avec des ingrédients facilement disponibles en France. Jouant sur la présentation des ingrédients, les paniers-repas à la japonaise, les fameux bentôs, commencent à s’implanter chez nous. Quoi de mieux qu’un manga pour initier les plus jeunes à cet art culinaire simple??

« Un amour de bentô » se focalise sur le personnage de Saé. Jeune écolière, elle est la fille d’une grande mannequin. Du coup, tous les garçons la draguent en espérant, sûrement, qu’elle reste toujours aussi belle, comme sa mère. Saé en profite pour se faire inviter à la cafeteria où elle compte dévorer chaque plat pouvant lui être servi. En général, les prétendants partent avant la fin du repas, ruinés, alors que Saé n’est pas rassasiée. Son meilleur ami, Yûki, l’a affublé du surnom d’« estomac de canard ». Malgré le travail prestigieux de sa mère, Saé est loin d’avoir une vie facile. Elle est obligée de se nourrir de bentôs achetés dans les fameux combini (1) japonais, ces supérettes ouvertes 24 heures sur 24. Pourtant, Saé incarne la joie de vivre, elle cherche toujours le bon coté des choses et est rayonnante.

Un jour, sa vie va basculer. Elle croise Mika, une amie qui est amoureuse de Matsuda. Ce dernier l’a invité à venir le soutenir lors du match de baseball qu’il va disputer. Mika est bien embêtée : au même moment, elle doit passer un concours de piano très important. Saé à une idée; pourquoi ne pas lui préparer un bentô afin qu’il garde confiance en lui lors de ce match décisif. Un gros problème subsiste : Saé est piètre cuisinière. C’est là que Yuki entre en scène, il se propose de leur montrer comment préparer un bon bentô. Saé devient donc entremetteuse cuisinière.

Comme vous vous en doutez, cela va bien se terminer. Saé va même tomber de plus en plus amoureuse de Yuki, au fil des épisodes. Ce manga est clairement tourné vers un public très jeune. La romance entre Saé et Yuki sert de fil conducteur, mais la vraie héroïne de cette histoire reste la recette amoureusement confectionnée. Chaque plat est soigneusement décrit. Découpée en histoire courte, une peine amoureuse est toujours le départ d’une recette qui va rapprocher les jeunes couples. Les histoires sont un peu toutes construites sur le même principe, mais la romance centrale entre Saé et Yuki empêche la monotonie. L’important étant d’apprendre les secrets de fabrication et les petites astuces de présentation des bentôs.

La particularité de ces histoires est d’avoir été inspiré par un livre de recettes japonais ayant eu un grand succès : « Tsukutte agetai kare gohan » (« Les Plats qu’on veut préparer pour son copain »), écrit par Shiori, une jeune cuisinière de 22 ans lorsque son livre fut publié en 2007. Pika a eu la bonne idée de traduire les passages ayant servi de modèles pour le manga. On retrouve donc, encarté à la fin du volume, un livret couleur de 16 pages détaillant quatre recettes facilement réalisables. La mise en forme est extrêmement agréable. Les ingrédients facilement trouvables et, surtout, pleins de petites astuces bien sympa pour que cela soit ludique. Bien évidemment, le livret est détachable pour pouvoir le ranger dans la cuisine alors que le manga ira lui dans la bibliothèque.

Le dessin est adapté à ce genre d’histoire. Les attitudes sont très expressives et même si cela reste un style classique, il s’en dégage un petit quelque chose. Avec ces protagonistes débordant de charme, cela ne peut que mettre en joie le lecteur. Nao Kodaka est un habitué des récits mielleux et soignés. La firme Disney ne s’y est pas trompée en lui confiant plusieurs de ses projets au Japon. « Kilala Princess » raconte les aventures d’une jeune fille fan de toutes les princesses Disney. La aussi, que du classique. En 2005, c’était la période phare ou les diverses héroïnes des films Disney trônaient sur un nombre incalculable de produits dérivés pour jeunes filles. Elle a continué son partenariat avec la firme de Mickey en réalisant « Disney’s Magical Dance!! » toujours dans le magazine pour jeunes filles Nakayoshi. Pourtant, petit écart en 2007 en publiant une histoire d’horreur dans le recueil « Jigoku Shoujo Ai Enma Selections – Gekikowa Stories ». Six dessinatrices de mangas ont chacune illustré une des histoires vraies et forcément horrifiques envoyées par les lecteurs. Rien de bien méchant cependant.

Ironie du sort, chez certains libraires, il est possible de recevoir un véritable Bentô en plastique pour l’achat de deux Shôjos mangas de l’éditeur conçurent Kazé. Malheureusement, ils sont tellement fragiles, qu’ils sont souvent arrivés déjà cassés en librairie. Dommage, les deux modèles étaient assez jolis en bleu pour la série Dengeki Daisy et en vert pour « Happy Marriage ». C’est la seconde fois que cette opération se passe mal. En février 2011, une première opération Bentô Box spécial Boy’s Love s’est avérée être mal gérée et certaines boutiques annoncées comme participante n’ont jamais reçu les cadeaux promis. De quoi frustrer les potentiels clients.

Avec « Un amour de bentô », pas de déception à avoir. Les recettes sont vraiment sympa et faciles à réaliser. L’histoire est simple, mignonne et dynamique. Avec seulement trois tomes, cette série courte arrive à construire une intrigue simple autour des relations amoureuses et de la cuisine.

À déguster sans modération… si vous avez une dizaine d’années.

Gwenaël JACQUET

« Un amour de bentô » T1 par Nao Kodaka et Shiori
Pika Édition (7,90 €)
ISBN : 978-2-8116-0626-8
Un amour de bentô © Nao Kodaka/ Pika 

(1) Combini ou Convini est l’abréviation de l’américain « Convenient Stores ». C’est un type de boutique extrêmement courant au Japon. En général, elles ne ferment jamais ou sinon très tard le soir, souvent passé minuit. Les plus connus sont les SevenEleven que l’on peut retrouver dans toutes les villes japonaises, même les plus petites. Les clients peuvent y acheter tous les produits de la vie courante comme des paniers-repas, mais également des produits de toilette ou des chaussettes pour que le salarié pressé puisse se changer avant d’aller au bureau.

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