« Les Panthères » d’Aidans et Greg…

Une nouvelle rubrique au ton encyclopédique qui parlera, au présent, du passé : ceci à travers une mise en lumière d’albums ou de revues qui ont, récemment, remis à l’honneur des titres d’autrefois… Aujourd’hui “ Les Panthères : Le magicien qui n’existait pas ” par Edouard Aidans et Greg

 

 

1971… En ce temps-là, le prolifique et talentueux Greg lançait sa deuxième opération « Coup de canon », avec pour objectif avoué de rénover l’hebdomadaire Tintin dont il était le rédacteur en chef depuis déjà 6 ans. Pourtant, le créateur (scénarios et dessins) d’« Achille Talon », mais aussi de « Rock Derby » et de la reprise de « Zig et Puce », n’en était pas à son premier coup d’éclat : au n°952 (le 3ème de janvier 1967), il avait déjà grossi le vénérable magazine des éditions du Lombard, lequel comportait désormais 60 pages, avec une gerbe de nouveaux visages dont il assumait, pour la plupart, les pétaradants scénarios : « Luc Orient », « Constant Souci », « Bruno Brazil », « Bernard Prince », « Olivier Rameau »… Mais, il fallait de nouveau séduire les jeunes lecteurs que la télévision n’en finissait pas de détourner. D’autant plus que, trop absorbé par ses nombreuses fonctions, le grand patron du journal qu’était Raymond Leblanc avait confié la direction du journal pour les 7 à 77 ans à son fils (Guy) et qu’il voulait des résultats ! Sous la forme de gros chapitres de 7 ou 8 planches (une façon de faire face à l’impatience des lecteurs qui ne voulaient plus lire leurs BD préférées à raison de 2 simples pages par semaines), de nouvelles séries vont alors se développer ; et, parmi elles, on remarqua « Comanche » et « Cobalt » : deux autres nouveautés signées, une fois de plus, par Greg, du moins en ce qui concerne le scénario. Il faudra attendre le n°1159 (le 2ème de janvier 1971) pour découvrir une nouvelle formule qui a la ferme volonté de se démarquer du passé, à tous les niveaux : désormais, le titre s’étend sur toute la largeur (au détriment du logo « Tintin et Milou »), les 64 pages (4 de plus !) sont glacées et plus épaisses, le dossier intérieur est plus volumineux, et toutes les vedettes de demain démarrent au rythme de gros chapitres ; comme de bien entendu, certaines sont encore scénarisées par l’omniprésent Greg. C’est le cas de « Go West », des « Naufragés d’Arroyoka », bientôt de « Domino », et de ces fameuses « Panthères » (trois jolies héroïnes de comédie, bien ancrées dans le quotidien de leur époque) qui n’apparaissent qu’au n°1164, en France : Greg tenant à accorder une place plus importante aux personnages féminins qui, jusque-là, avaient un rôle purement décoratif ou de faire-valoir. Ces trois demoiselles dans le vent, fraîchement sorties de l’adolescence, ont des rêves plein la tête, dont celui de conquérir Paris : elles partagent le même appartement, ouvrent une boutique d’antiquités et vivent des aventures dramatiques dans le monde du théâtre et du cinéma. Originaux et audacieux (Mai 68 est passé par là et nos héroïnes, sexy et à la mode, n’hésitent pas à porter des jupes bien courtes dans des tons colorés et provocateurs : rappelons que l’époque était encore bien prude), les scénarios psychologiques de Greg lorgnent sur les feuilletons populaires et les romans-photos, devançant le ton de certaines sitcoms ou même de ces « Drôles de dames » que l’on allait bientôt découvrir sur le petit écran. Le dessin d’Edouard Aidans est lui aussi complètement daté 1970, mais il rajoute un certain charme à cette série que certains nostalgiques portent aux nues ! Il faut dire que le graphisme élégant du dessinateur de « Tounga » et des « Franvals » (encore une série qu’il faudra bien rééditer un jour ou l’autre) se veut dans l’air du temps, dans la lignée des Vance, des Denayer, des Dany ou des Derib qui sont devenus des piliers de l’hebdomadaire. Ce style à l’américaine (Neal Adams n’est pas bien loin) aura de nombreux héritiers : les Stalner, Eric Hérenguel, Olivier Berlion, Eric Chabbert et bien d’autres…

 

Les éditions du Lombard nous proposent donc aujourd’hui un gros volume relié à l’ancienne (avec le dos toilé rouge) contenant les trois longs épisodes, soit onze récits complets (correspondant au « Magicien qui n’existait pas » et à « L’homme qui refusait la vie ») et la dernière histoire à suivre (« Le bolide maudit », paru de janvier à octobre 1973), déjà publiés séparément dans la collection « Jeune Europe » (entre 1974 et 1975), suivis d’un court dossier dû à Jacques Pessis. Nous regretterons seulement que cette belle réalisation (indispensable à tous les amateurs d’une bande dessinée populaire de qualité) ne soit pas une véritable intégrale de la série ! En effet, il manque un épisode de 8 planches certainement publié uniquement dans la version française (« Le néant qui rugissait », dans Tintin L’Hebdoptimiste n°1 de janvier 1973), une fort belle illustration-poster sur 2 pages (au n°1222), et un court roman écrit par Jacques Acar (mais toujours illustré avec talent et sensualité par Edouard Aidans) : « Gare au Chouka ! », paru en deux parties dans les pages du pocket Tintin Sélection (dans le n°26 de décembre 1974 et dans le n°27 de mars 1975)…

 

Il n’y aura, hélas, pas d’autres aventures de notre ravissant trio : leur disparition étant moins dû à leur manque de succès (au contraire, elles avaient même réussi à se classer 6ème au référendum du magazine, ex aequo avec « Blake et Mortimer » !) qu’au départ de leur scénariste pour New York : Georges Dargaud lui ayant confié la mission d’imposer la bande dessinée européenne, outre-Atlantique. Ses efforts, souvent réalisés au détriment de l’écriture de nouvelles histoires, ne furent guère récompensés : mais ceci est une autre histoire…

 

 

 

Gilles Ratier

 

 

 

Les Panthères : Le magicien qui n’existait pas” par Edouard Aidans et Greg

 

Editions Le Lombard (28 Euros)

 

 

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