Interview de SERPIERI : TROISIEME PARTIE (fin)

Suite et fin de la rencontre avec Serpieri.Nous vous proposons quelques docs et une image tirée du jeu Morbus Gravis réalisé par Microids.

YD :  C’est une angoisse pour vous,   ces êtres en pleine mutation le prouvent ?

PS :J’ai toujours eu cette peur du cancer auquel est venu s’ajouter celle du Sida. L’idée de la mutation m’a toujours épouvanté. J’avais un ami, architecte, qui a eu un cancer du visage… Je ne l’ai pas vu dans les derniers mois de sa vie. Il est mort, il y a quelques années. . . Au début de la maladie, son visage était marqué puis il s’est ensuite déformé.

 

Il s’est enfermé chez lui, alors qu’il aurait pu encore sortir. Il s’est exclu de la société. Il était devenu un mutant, un monstre. La mutation cellulaire, menant à la déformation du corps, m’épouvante. Le monstre n’est pas le vampire, cette idée un peu gothique de la peur… Pour moi, la peur et la terreur viennent d’humains qui se déforment, qui sont en perpétuelle mutation. Je me souviens de ce vieux film, « Etats d’hallucination », un des premiers sur ce sujet. Pendant un moment d’hallucination, le héros se regarde dans un miroir et commence à se déformer. Le corps se modifie au point de devenir un être étrange. Ce genre de choses m’épouvante et me fascine en même temps. Tout ce qui suggère l’angoisse m’attire.

 

YD : Autre fascination, le pouvoir de l’ordinateur ?

 

PS : Dans le premier album, l’ordinateur a la totale direction de l’astronef. En fait, il a été créé pour régénérer le cerveau du vieux commandant maintenu en vie depuis des siècles, la tête truffée de sondes. La symbiose entre l’ordinateur et le commandant est complète.

 

Néanmoins le commandant dépend de l’ordinateur programmé dans ce but. Le commandant veut mourir , dans son esprit se bousculent des milliers d’informations assimilées depuis des siècles. Ses micro-processeurs ont réussi à capter des informations mystérieuses. Dans le deuxième album, ayant encore cette sensibilité d’homme, il tombe amoureux de Druuna et l’utilise, car il veut se suicider. Pour qu’il puisse mourir Druuna doit détruire l’ordinateur, mais s’il est détruit, l’astronef explose. Le commandant se rend compte qu’il ne peut aller jusque là. Druuna l’en empêche et l’histoire continue.

 

A l’encontre de l’ordinateur Hal, de « 2001, Odyssée de l’espace » de Kubrick, qui n’a rien d’humain, celui de mon astronef est en liaison avec l’esprit de Lewis, le commandant, qui le contrôle. Tout ce qui est vivant meurt à bord de ce titanesque astronef, phagocyté par ce gigantesque alien, cette créature venue de l’espace, responsable de cette maladie expliqué dans « Mandragora »)… Elle s’est infiltrée progressivement. .L’esprit de Lewis et de Shastar arrivent à s’extraire de la planète artificielle (voir « Carnivora ») pour s’insérer dans l’ordinateur du petit astronef où se trouvent Willy, Terry, Doc, Druuna et les autres. On se retrouve dans la même situation que dans « Morbus » et « Druuna ». Le grand ordinateur n’a pu empêcher cet état de fait.

 

YK : Quelles ont été vos influences ?

 

PS :Je suis un lecteur de S.F. depuis mon enfance. J’ai lu les plus grands classiques de la littérature de S.F. : Bradbury, Asimov, Anderson, Heinlein, Herbert, Simak, Zelazny. Je n’ai pas de réelle préférence. Lorsqu’on me demande si j’aime tel ou tel auteur, je suis plutôt évasif… J’ai trouvé de belles idées, en lisant des romans passionnants écrits par des auteurs dont la production, par la suite, m’a déçu…

 

YK : Et le cinéma ?

 

PS :J’ai été nettement plus influencé par Orwell et par les images venues du cinéma comme « Alien », « Blade Runner », « Abyss », « Terminator », « Total Recall », etc. Ma culture vient des multiples lectures que mon esprit a assimilé. Je ne crois pas que l’on puisse « écrire quelque chose d’original »… Tout a été dit, toutes les situations humaines ont été traitées, tous les grands chefs-d’oeuvre ont déjà été écrits… Bien entendu, on peut faire des variations sur des situations déjà traitées: l’idée de la technologie la plus avancée, le retour à la barbarie ou l’après-bombe, les voyages dans l’espace.

 

Le thème de S.F. qui me passionne : la recherche de l’inconnu, au même titre que lorsque Christophe Colomb est parti vers les Indes. Il partait vers des mondes mystérieux… C’est aussi l’explorateur de la fin du XIXe siècle ou celui du Futur. La mission est toujours la même. Les émigrants partaient vers l’Ouest, vers les grandes plaines. Ils ne savaient pas ce qu’ils allaient trouver au-delà de l’horizon où vivaient des tribus étranges, des Indiens qui n’avaient jamaiS vu d’hommes blancs.pour moi, c’est toujours la même chose.

 

YK : Vous êtes fasciné par l’espace, l’infini ?

 

PS :Qu’y a -t- il au delà de l’infini ?.. Dans « Carnivora », j’ai lancé l’idée que le petit astronef arrivait à la fin de l’univers. Qu’y a-t-il derrière ? C’est le mystère. Peut-être un monde contraire où le temps est à l’envers. L’idée de représenter la fin de l’univers, par une grande muraille qui s’étend à perte de vue dans cette plaine immense, m’a passionné. Elle se perd dans les nuages qui s’écrasent contre elle. Est-elle construite par des humains de l’antiquité, venus dont on ne sait où, ou par des extraterrestres ? Etait-ce la découverte de la Tour de Babel dont le faîte disparaissait dans les nuages et se perdait dans le ciel , vers Dieu, vers des êtres mystérieux. L’homme a construit la pyramide pour s’élever vers le ciel, à la recherche de quelque chose qu’il voulait découvrir . La fascination: savoir ce qui se troUve en haut, mais aussi ce qui se trouve en bas. pour nous, le bas c’est l’Enfer, le haut le Paradis… L’inconnu !Voyez « la Planète oubliée ».

 

YK :  Qu’est ce qui compte le plus chez une femme ?

 

PS :Chez une femme au premier abord, il y a le visage, bien entendu. Mais mon obsession c’est de les voir de dos. C’est très important pour moi. Je recherche des culs significatifs. Je les déteste lorsqu’ils sont petits et plats. Ce ne sont pas de belles femmes, néanmoins, je reconnais qu’elles peuvent être sympathiques. Lorsque Druuna se déplace dans ses voyages, dans ses péripéties, elle est très souvent vue de dos, parce qu’elle va vers un monde qui vient vers elle.

 

Sans aucun doute, c’est l’image la plus sensuelle d’une femme. Une femme est réellement nue lorsqu’on la voit de trois-quarts.

 

Quand elle l’est de face on voit ses seins, son ventre, son pubis, ce qui me plaît, mais il lui manque quelque chose. C’est comme si elle avait encore un vêtement: un

 

soutien-gorge, un porte-jarretelles à enlever. Quand elle se tourne, de trois-quarts, elle est réellement nue. L’idée du nu, comme recherche du plaisir, est une femme de dos. Elle tourne la tête, me regarde et dans un certain sens, m’invite à un rapport charnel. C’est quasi fétichiste. Je crois que la forme d’un beau cul est une chose positive: c’est la vie, c’est un sourire. J’ai une réelle admiration pour ce genre de belles femmes. J’ai découvert que celles-ci sont des femmes gentilles, agréables, plus positives, plus affectueuses, plus douces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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