« Dos à la mer » T1 (« Ouest ») par Olivier Thomas, Olivier Berlion et Antonin Varenne

Il y a les voyages qu’on décide de faire et ceux que les évènements vous poussent à entreprendre. Ceux-là sont souvent moins reluisants, mais ce ne sont pas les moins surprenants, bien au contraire. Il en est ainsi pour Henri, simple ouvrier soudeur aux chantiers de l’Atlantique, un gros nounours, assez taiseux, avec des habitudes de vieux garçon, un probable manque d’ambition et un goût pour le voyage qui doit friser celui d’une enclume…

Pourtant ce jour-là, dans son restau-cantine habituel, à sa table habituelle, il suffit d’un couple inconnu et d’une gifle insupportable tout près de lui, pour qu’Henri sorte de ses gonds. Évidemment, il ne réfléchit pas. À peine a-t-il régurgité de vieux tourments de jeunesse, par flashes, qu’il se lève, mais, bien que fort costaud, il se prend un coup de tête saignant. C’est sur ce coup de tête que son destin bascule, et sur un téléphone perdu, un téléphone qui lui permet de retrouver l’intrigante Natacha. Ça tombe bien, si l’on peut dire, c’est le jour ou on le met en chômage technique.  C’est le début d’une errance en compagnie d’une jeune femme en cavale, souvent cavalière !, direction le Pays Basque où  elle a des attaches, genre terroristes, semble-t-il ! Le pauvre Henri met donc les pieds dans un monde qui n’est pas le sien – c’est le principe des voyages ! – mais entre grand banditisme et ETA, il a pris l’évasion taille XXL, peut-être la taille qu’il lui faudra, après tout ! Le second tome nous le dira (annoncé pour octobre).

Loin des paillettes de sa série « Tony Corso », de ses yachts, propriétés avec piscines et jolies filles, Berlion signe là un scénario autrement plus populaire et autrement plus humain, co-écrit avec l’écrivain de polar noir, Antonin Varenne, le tout dans un contexte ouvrier où La grisaille cimenteuse des chantiers de Saint-Nazaire, si bien appuyée par les couleurs de Bruno Pradelle, n’a d’égale que la revendication du dessinateur Olivier Thomas d’une « poésie industrielle », celle de lieux a priori peu exotiques. L’auteur de la trilogie « Sans Pitié » est manifestement à son aise dans ces ferrailles rouillées et ces docks peu accueillants.

 En tout cas, Henri, qui se laissait impressionner par la proue gigantesque de paquebots voyageurs a trouvé en Natacha un petit remorqueur séduisant… mais très risqué !

Alors, bon voyage !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).

« Dos à la mer » T1 (« Ouest ») par Olivier Thomas, Olivier Berlion et Antonin Varenne

Éditions  EP Emmanuel Proust  (15,50 €) – ISBN : 978-2-84810-384-6

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