Zoom sur les meilleures ventes de BD du 8 février 2012

Malgré les bonnes ventes réalisées pendant le Festival International de la BD d’Angoulême (d’après Livres Hebdo, l’activité du groupe Flammarion avec Casterman, Jungle et Audie/Fluide Glacial aurait grimpé de 45%, celle de Delcourt de 25% et celle du Lombard de 13%, Glénat aurait réalisé le même chiffre que l’an passé, alors que Dargaud aurait fini au même niveau qu’il y a 2 ans, soit -10% par rapport à 2011 qui était, cependant, une année exceptionnelle), la semaine n’a pas vraiment été très bonne pour les ventes de BD, en général. Seuls quelques titres ont réussi une vraie percée : l’habituel « One Piece » (avec le tome 60 de ce manga qui est encore 12ème dans le « Top 20 Ipsos/Livres Hebdo » des meilleures ventes de livres en France tous genres confondus : subissant, toutefois, un nouveau recul de 4 places), le plus improbable mais réussi « Page blanche » de Pénélope Bagieu et Boulet (qui grimpe en 16ème position, dans le classement général des ventes de livres), le recueil des gags des « Rugbymen » et de classiques séries réalistes soutenues par le grand public, tels « Le Pilote à l’edelweiss », « Le Tueur », « Gil St-André » et « Jeremiah » !!!

 « Les Rugbymen » est donc la meilleure entrée de la semaine, au 3ème rang de notre « Top 15 BD » (hors manga), avec un tirage de 100 000 exemplaires (mise en place de 70 000) réalisé par les éditions Bamboo pour ce tome 10 où les joueurs de l’équipe de rugby du petit village de Paillar s’embarquent, cette fois-ci, pour le Japon : promesse d’un dépaysement culturel qui fournit la matière à une nouvelle brassée de gags écrits par le duo qui signe Béka (Caroline Roque et Bertrand Escaich) et dessinés par Poupard (de son vrai nom Alexandre Mermin) !

            Le 10ème thriller mettant en scène « Le Tueur », lequel a engagé une reconversion radicale (en devenant, dans l’ombre, l’un des patrons d’une société pétrolière, tandis qu’un homme de paille mexicain sert de façade présentable à l’entreprise), a été tiré à 35 000 exemplaires par les éditions Casterman et entre à la 6ème place du hit-parade des meilleures ventes de BD de la semaine ! Ce dernier volume, d’un 3ème cycle, est toujours assumé par les talentueux et efficaces Luc Jacamon (aux dessins) et Matz (au scénario).

            Jean-Charles Kraehn ne l’est pas moins (talentueux et efficace) et nous le prouve une fois de plus avec la suite de la nouvelle mésaventure de « Gil St-André », chef d’entreprise qui n’a, jusque-là, guère été épargné par les événements ; et qui est devenu, depuis le 9ème et précédent volume (où l’auteur a repris en main, entièrement, scénario et dessins), PDG d’une multinationale très convoitée dont il a sauvé la jolie héritière. L’ouvrage entre en 12ème position et a été tiré à 30 000 exemplaires par les éditions Glénat (soit quand même 5 000 de moins que le tome d’avant, si on se base sur les chiffres communiqués par l’éditeur…).

            Recul aussi du tirage de la 31ème aventure post-atomique du « Jeremiah » d’Hermann par les éditions Dupuis, mais dans des proportions moins inquiétantes (30 000 contre 32 600 pour le titre sorti l’an passé)… : son immense créateur (récent Prix d’honneur aux dBD awards 2012, pour l’ensemble de son œuvre) ayant toujours un lectorat fidèle que cette histoire, où Jeremiah et Kurdy sont accueillis dans la villa d’un riche antiquaire pour être remerciés d’avoir aidé la jeune fille de la maison, ne décevra pas ; car, petit à petit, ils vont se rendre compte que ce décor idyllique regorge de pièges… .

            Même si les séries traditionnelles perdent du terrain (comme nous l’avons vu lors du « Zoom sur les meilleures ventes de BD du 1er février 2012 »), il est quand même rassurant, quelque part, de voir que ces titres intègrent régulièrement le « Top 15 BD » (hors manga) et que certains y restent même longtemps : à l’instar des « Simpson », de « XIII », de « Lanfeust Odyssey », de « Thorgal » ou encore des « Nombrils » et de Kid Lucky » qui ont pourtant fini par déclarer forfait…., comme d’autres qui n’y ont, quant à eux, guère fait de vieux os (tel « Sept naufragés » entré la semaine dernière) !

            Et ceci sans empêcher (c’est même le contraire qui se passe !) l’immersion d’albums d’auteurs plus personnels : « La Page blanche », « Quai d’Orsay », l’intégrale de « Maus » (auquel il faut rajouter le « MétaMaus », livre avec un DVD où Art Spiegelman raconte la genèse de son œuvre et qui a été tirée à 30 000 exemplaires par les éditions Flammarion), « Chroniques de Jérusalem », « Les Ignorants », « La Planète des sages »…

                Bref, entre romans graphiques, recueils de blogueurs, valeurs sûres et séries mainstream, les éditeurs ne savent plus à quels saints se vouer (Saint Van Hamme, Saint Cauvin, Saint Arleston, Saint Sfar, Saint Trondheim, Saint Spiegelman ?) pour savoir ce qui va marcher ou pas ; ce qui explique qu’ils éditent plus vite que leur ombre (Saint Morris ou Saint Goscinny ?) : d’où cette immense production qui semble être, pour la plupart des acteurs, la cause de tous les maux… Et oui, c’est pourtant une évidence, il y a bien longtemps qu’il n’y a plus un unique lectorat dans la bande dessinée ! D’où, de la part des éditeurs, une multiplication des tentatives et la difficulté de faire des choix !

            Par ailleurs, si ce que certains appellent la grosse artillerie voit ses ventes baisser, il faut préciser que c’est pour beaucoup du fait de la baisse des ventes BD dans la grande distribution ! L’hebdomadaire professionnel Livres Hebdo annonce, en effet, dans son dernier n° (le 895 du 3 février) que le marché du livre en France (et en général) a continué de se dégrader en 2011, pour la 2ème année consécutive (-1%, après -0,5% en 2010, d’après leurs données réalisées avec I+C), faisant ainsi moins bien que l’ensemble du commerce… ; tout en affirmant que, si seule la vente en ligne progresse, la librairie classique résiste beaucoup mieux que les grandes surfaces. Par ailleurs, si le livre de poche est l’unique secteur en progression (son prix apparaissant, symptomatiquement, comme une valeur refuge), les trois autres locomotives du marché du livre stagnent (0% pour la jeunesse, -0,5% pour les sciences humaines et, finalement, également -0,5% pour la bande dessinée) ; alors que tous les autres rayons reculent plus que la moyenne du secteur…

Gilles RATIER, avec un tout petit peu de Laurent TURPIN

 PS : Encore merci à Sergio Salma (scénariste, mais aussi observateur pointu et sans concession de notre milieu), à Libon (dessinateur) et aux éditions Dupuis qui nous autorisent à reprendre, chaque semaine, pour illustrer notre rubrique, quelques extraits pertinents de leur strip « Animal lecteur » publié, en avant-première, dans Spirou, l’hebdomadaire champion de la bonne humeur !

 « TOP 15 BD »:

 DU 23 AU 29 JANVIER 2012

(Copyright Ipsos/Livres Hebdo

CLASSEMENT SÉRIES TITRES AUTEURS ÉDITEURS
1er 2e semaine La Page blanche Pénélope Bagieu, Boulet DELCOURT
2ème 2e semaine Le Pilote à l’Edelweiss T.1 Valentine Romain Hugault, Yann PAQUET
3ème nouveau Les Rugbymen T.10 Les Gars, ensemble, on est un groupe électrogène ! Poupard, Béka BAMBOO
4ème 2e semaine Les Simpson T.17 Sans filet ! d’après Matt Groening JUNGLE
5ème 9e semaine Quay d’Orsay : chroniques diplomatiques T.2 Christophe Blain, Abel Lanzac DARGAUD
6ème nouveau Le Tueur T.10 Le Cœur à l’ouvrage Luc Jacamon, Matz CASTERMAN
7ème 2e semaine Maus : l’intégrale Art Spiegelman FLAMMARION
8ème 25e semaine Quay d’Orsay : chroniques diplomatiques T.1 Christophe Blain, Abel Lanzac DARGAUD
9ème 7e semaine Chroniques de Jérusalem Guy Delisle DELCOURT
10ème 11e semaine XIII T.20 Le Jour du Mayflower Iouri Jigounov, Yves Sente DARGAUD
11ème 8e semaine Les Ignorants : récit d’une initiation croisée Étienne Davodeau FUTUROPOLIS
12ème nouveau Gil St-André T.10 Jeu de dupes Jean-Charles Kraehn GLÉNAT
13ème nouveau Jeremiah T.31 Le Panier de crabes Hermann DUPUIS
14ème 8e semaine Lanfeust Odyssey T.3 Le Banni d’Eckmül Didier Tarquin, Christophe Arleston SOLEIL
15ème 12e semaine Thorgal T.33 Le Bateau-sabre Grzegorz Rosinski, Yves Sente LOMBARD

Galerie

Une réponse à Zoom sur les meilleures ventes de BD du 8 février 2012

  1. jacques guillerm dit :

    LE RAT ANOREXIQUE

    Je voudrai m’adresser à ce petit rat qui manque d’appetit pour sa nourriture préférée « la BD ».

    Qui de la BD ou de l’illustré est apparu le premier ?
    La BD serait-elle arrvée à un tel niveau sans le suport de l’illustré ?

    Si je ne peut repondre à la première question, en revanche, pour la deuxième je suis sure que la réponse est NON.

    Non jamais la BD n’aurait accèdé au rang de 9éme art sans le support de l’illustré. Peut-on imaginer la peinture sans toiles?
    Depuis plusieurs années les revues et illustrés ou autres périodiques ont désertés les kiosques.
    Doit-on s’en rejouir ?
    Ce qui est sur c’est que la BD a continué son chemin comme si ne rien n’était. Elle organise même des grand-messes comme Angouleme.
    Pourtant les « géants de la BD » sont tous passés par l’école de l’illustré.
    Quel sera l’avenir de la BD et des nouvelles Diva sans les illustrés ?
    Il n’y a que les professionnels pour répondre à cette question.
    Mais attention dans cet univers comme tant d’autres le veritable maitre s’appelle « le Client » celui qui rentre dans une librairie, sort de sa poche de l’argent, un chéque ou une CB pour acheter une BD.
    Sans lui rien ne peut exister , et si l’argent devient le roi on risque de voir la BD subir le même sort que les journaux.

    Non ce scénario catastrophe ne se produira pas, la BD est un art et il faut à tout prix lui permettre de continuer avec les meilleurs outils possible.
    Que ce petit rat se rassure, qu’il garde confiance et retrouve vite l’appetit, les pros de la BD sauront trouver les bonnes solutions.

    Jacques