« L’Enfant cachée » par Marc Lizano et Loïc Dauvillier

Dans la pénombre de la chambre, une petite fille endormie. Elle tient fermement dans la main droite la queue de son chat-doudou endormi, lui aussi. Les doudous sont là pour cela, ils rassurent, apaisent les enfants. Pourtant la fillette ouvre un œil. Qu’entend-elle ?
Voici la première planche de l’album : ces trois vignettes invitent d’emblée les lecteurs à entrer dans l’univers intime du personnage.

Elsa et doudou se lèvent, traversent la maison silencieuse et vont rejoindre Dounia, la grand-mère d’Elsa. Dounia est triste, elle pleure en regardant de vieilles photographies. Alors, Elsa, forte de sa jeune expérience, se blottit contre Dounia et l’invite à parler : « Tu sais, quand moi, je fais un cauchemar, je le raconte à maman et après, ça va beaucoup mieux. Tu veux me le raconter ? »

L'enfant cachée

Alors, Dounia parle et évoque son enfance de petite fille juive, dans la France de 1942. Sa propre histoire, construite sur les déchirures, l’humiliation et la souffrance, rejoint alors l’Histoire, celle des familles juives françaises, arrêtées durant la rafle du Vel d’hiv’ en juillet 1942, séparées, déportées. Dounia raconte sa vie de petite fille choyée par ses parents avant la guerre, l’école pour les filles et l’école pour les garçons, les copines, le bel Isaac. Elle dit son incompréhension lorsque son père explique qu’ils doivent désormais porter une étoile de « shérif » cousue à leurs vêtements, la maîtresse qui la relègue au fond de la classe, son amie qui l’ignore brusquement. Elle raconte l’arrestation brutale de ses parents, les longues heures d’angoisse passées dans l’armoire où ses parents l’ont cachée avant d’ouvrir à la police, la haine de la concierge de l’immeuble qui veut la dénoncer. Mais la vie de Dounia est faite aussi de rencontres heureuses et de belles personnes : ses voisins qui la protègent, la cachent et l’aiment comme leur fille, Germaine, la solide paysanne qui l’accueille dans sa ferme, et tous les résistants tissant autour d’elle un réseau de solidarité.

L'enfant cachée page 33

Marc Lizano et Loïc Dauvillier réussissent là un très bel album, témoignage poignant d’une rescapée transmettant à sa petite-fille son enfance déchirée. Ils ne tombent jamais dans l’excès, dans la sensiblerie, chaque mot sonne juste, chaque image est parlante. Le récit alterne le présent d’Elsa et de sa grand-mère et le récit de Dounia petite-fille. Ce qu’elle confie à Elsa est raconté du point de vue d’une enfant, fragilisée par ce qu’elle vit, mais forte aussi. Dounia comprend très vite qu’elle doit survivre et lutter pour garder l’espoir de retrouver un jour ses parents. Le dessin expressif de Marc Lizano va à l’essentiel, captant au mieux les sentiments de la fillette, ses peurs et son courage.

L'enfant cachée

On sent d’emblée l’empathie dans lesquels se trouvent les deux auteurs  et leur volonté de faire œuvre de transmission, en s’adressant à un public d’enfants. L’album est le récit d’une rescapée, bien sûr, mais il est bien autre chose en abordant de belle manière les relations entre générations, pour que jamais les enfants d’aujourd’hui n’oublient les drames qui ont jalonné notre Histoire collective.

Catherine GENTILE

« L’Enfant cachée » par Marc Lizano et Loïc Dauvillier

Catherine GENTILE

Éditions du Lombard  (16,45 €) – ISBN 978 2 8036 2811 7

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