L’impressionnant dessinateur serbe Gradimir Smudja s’est emparé d’un étonnant et méconnu haut fait de bravoure de l’histoire de l’art — qui s’est déroulé à Paris, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale —, afin de le raconter en bande dessinée dans un diptyque dont le premier tome vient de sortir et où il impose, une fois de plus, son flamboyant style graphique… mais toujours avec beaucoup d’humour et de fantaisie. Le 14 juillet 1939, Jacques Jaujard, directeur du Musée du Louvre en place, va organiser le plus grand déménagement d’œuvres artistiques au monde (4 000 merveilles, dont « La Joconde », « Le Radeau de la Méduse » ou la « Victoire de Samothrace »). Ceci pour éviter qu’elles tombent dans les griffes des nazis : incroyable, mais vrai !
Lire la suite...« La Page blanche » par Pénélope Bagieu et Boulet
Deux stars de la blogosphère BD démontrent, avec ce jeu de piste ludique, que la génération « blogueur » est capable d’accoucher de travaux de plus longue haleine ; et peut-être même plus intimistes que les notes d’humeur qu’elle répand habituellement sur le Net : même si chacun d’eux avait déjà accouché d’ouvrages préfigurant cette sympathique et intrigante « Page blanche », à l’instar d’un « Cadavre exquis » pour Pénélope Bagieu ou de participations à divers collectifs ambitieux comme « Chicou Chicou » ou « Les Autres gens » pour Boulet.
Une jeune femme se réveille sur un banc de la capitale et se souvient de tout, sauf de ce qui la concerne de près ou de loin : elle n’arrive même pas à se remémorer son nom.
À partir de quelques indices laissés autour d’elle (et dans son sac à main), elle va tenter de retrouver son identité mystérieusement évanouie et de reconstituer son passé…
Commence alors une quête angoissée qui ne s’arrange pas vraiment quand l’héroïne découvre qu’elle n’est qu’une banale vendeuse dans une grande surface culturelle et que ses goûts en ce domaine sont bien standardisés… Elle ne s’imaginait vraiment pas comme ça…
Entre portrait énigmatique et fantasmes d’une fille d’aujourd’hui, interrogation sur la mémoire sélective et pamphlet contre notre société de consommation où tout le monde veut la même chose, au même moment et au même endroit, ce gros album cartonné de deux cents pages se lit finalement d’une traite : trop vite même, peut-être ! Car, malgré son apparente complexité et les nombreuses bifurcations du scénario habilement découpé par Boulet, le fond reste quand même léger… Légèreté et fraîcheur, qui sont également de mises dans le dessin sensible de Pénélope Bagieu, se révèlent, d’ailleurs, être les points forts de cette émouvante histoire où le quotidien devient source d’interrogation et où l’empathie pour le futile personnage principal est immédiate…
Gilles RATIER
« La Page blanche » par Pénélope Bagieu et Boulet
Éditions Delcourt (22,95 €) – ISBN : 978-2-7560-2672-5













