PLUS DE LECTURES DU 9 JUIN 2008

Il y en a pour tous les goûts avec notre sélection de la semaine : “ Critique de la bande dessinée pure : chroniques narquoises 2005-2007 ” par Didier Pasamonik, “ Le goût du chlore ” par Bastien Vivès, et “ Le passeur T.1 : Les orphelins du Reich ” par Brice Bingono et Pierre-Paul Verelst.

 


Cliquez sur l’appareil photo pour découvrir les couvertures des albums chroniqués.


 


 Critique de la bande dessinée pure : chroniques narquoises 2005-2007 par Didier Pasamonik


Editions Berg International (14 Euros)


Mais où Didier Pasamonik prend-il le temps d’écrire toutes ses chroniques ? Cet éminent journaliste spécialisé (qui fût aussi l’un des responsables des éditions Magic-Strip, dans les années 1980, lesquelles ont donné leur chance à des auteurs aussi incontournables que Chaland, Dupuy & Berberian, Pellejero, Bézian, Bravo et bien d’autres) est aujourd’hui partout dans le microcosme BD, des magazines Zoo et feu Suprême Dimension aux sites mundo-bd.fr (l’espace BD-Internet de la Caisse d’Epargne) et actuabd.com. Pour ce dernier (qui est certainement, aujourd’hui, l’un des sites informatifs du 9ème art les plus consultés), il se paye même le luxe de répondre, point par point et même longuement, aux réactions de ses lecteurs agacés, intrigués ou admiratifs devant certaines de ses  affirmations ou infos de première main, lesquelles ont souvent tendance à susciter la polémique. Car, c’est une évidence, Didier Pasamonik aime bien prendre position afin, qu’ensuite, il y ait dialogue, quitte à ce que certains le prennent pour un provocateur. En tout cas, en réunissant et en réactualisant, dans ce remarquable recueil analytique et interrogatif (« Critique de bande dessinée pure » aux éditions Berg International), ses meilleures chroniques écrites entre 2005 et 2007, il n’hésite pas à aborder de front les principaux évènements qui ont bousculé le landerneau de la bande dessinée durant cette période, n’ayant de cesse d’argumenter et de marteler son propos en se basant sur des sources fiables et des faits incontestables. Ainsi regroupés, ses écrits prennent toute leur dimension car ils nous donnent une vision globale et raisonnée d’un genre culturel en pleine mutation. Et en lisant son introduction totalement inédite (qui, d’ailleurs, fait assez bien le tour de la question), ses évocations d’Uderzo, Spiegelman, Delporte, ou Sfar, et ses articles décapants et incisifs sur les bienfaits de la surproduction, l’invasion salutaire des mangas, l’évolution du Festival d’Angoulême, la crise qui a bouleversé les éditions Dupuis, les caricatures de Mahomet ou l’affaire Tintin au Congo…, on comprend mieux l’animosité que lui portent certains aficionados de l’édition alternative partisans des leaders maximo extrémistes ou, à l’opposé, certaines figures du conservatisme qui pensent que c’était bien mieux avant… Toutefois, ce que ses opposants ne peuvent pas nier, c’est que le bougre ne mâche pas ses mots et qu’il a, quand même, une sacrée belle plume…


 


Le goût du chlore ” par Bastien Vivès


Editions KSTR/Casterman (13,75 Euros)


Voici un album qui se concentre sur la restitution d’une atmosphère ; en l’occurrence, celle que dégagent les piscines municipales : les bruits étouffés, l’odeur enivrante du chlore, l’impudeur de tous ses corps à moitié nus qui plongent dans la même eau… Et dire que certains n’aiment pas ça ! C’est le cas de ce jeune garçon timide qui, pourtant, n’a pas le choix : la natation est le seul moyen de soulager son dos malade. Alors, tous les mercredis, pour soigner sa scoliose, il pratique le dos crawlé. Il y va en traînant la patte, jusqu’au jour où il rencontre une belle nageuse brune qui lui apparaît, fière, élancée, telle une sirène évoluant dans son milieu naturel. Un jeu de séduction, rythmé par les non-dits et les malentendus (mais aussi par les allers venus des longueurs effectuées dans l’eau de la piscine), commence alors pour cet adolescent émoustillé et maladroit, qui, désormais, ne raterait pour rien au monde son rendez-vous hebdomadaire. Véritable icône de la génération Internet (son « Poungi la racaille », qu’il signait Chanmax, fit les belles heures du web avant d’être repris en album chez Danger Public), ce jeune homme de 24 ans auteur du « Goût du chlore » est certainement LA révélation de KSTR ! En effet, il s’agit du troisième opus (en à peine deux ans seulement) que Bastien Vivès réalise pour ce label des éditions Casterman, et c’est certainement le plus abouti. Manifestement légèrement autobiographique, ce huis clos intimiste et initiatique est finalement très pudique : aussi économe en dialogues qu’en décors. On vous l’a dit : tout est dans l’ambiance, dans les gestes simples, dans les silences, et dans la judicieuse palette de couleurs oscillant entre le bleu et le vert…


 


Le passeur T.1 : Les orphelins du Reich ” par Brice Bingono et Pierre-Paul Verelst


Editions Paquet (12,90 Euros)


C’est certain, la bande dessinée « grand public » va désormais devoir compter avec une nouvelle génération de scénaristes façonnés par la lisibilité des grands classiques de l’aventure, mais aussi par l’efficacité des feuilletons télés américains : et le Belge Pierre-Paul Verelst fait partie de ceux-là ! Après deux séries plutôt convaincantes (« New-Messiah.com » et « Think Tank »), il récidive avec ce diptyque d’aviation situé pendant la Deuxième Guerre mondiale, en Suisse. Ce pays est devenu une terre d’accueil paradisiaque : les officiers nazis y transfèrent des bijoux volés et d’autres tentent de s’y réfugier pour essayer de fuir ces mêmes soldats allemands. Un pilote privé, au bord de la faillite, joue sur les deux tableaux, acheminant discrètement les objets de valeurs dérobés dans les banques suisses tout en organisant la fuite d’orphelins juifs, avec l’aide d’un couple allemand d’origine juive : un trafic plutôt risqué ! Ses péripéties sont fort bien menées et les amateurs de grande aventure ne seront pas déçus, d’autant plus que le dessinateur camerounais Brice Bingono  y est bien plus convaincant que sur « Paradise », sa série réalisée sur un scénario de Benoît Sokal.


 


Gilles RATIER


 


 


 


 

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