PLUS DE LECTURES DU 21 AVRIL 2008

Notre sélection de la semaine : “ Une aventure de Spirou et Fantasion T.4 : Spirou, le journal d’un ingénu ” par Emile Bravo, “ Auto bio ” par Cyril Pedrosa, et “ Jeronimus T.1 : Un homme neuf ” par Jean-Denis Pendanx et Christophe Dabitch.

 


Cliquez sur l’appareil photo pour découvrir les couvertures des albums chroniqués.


 


Une aventure de Spirou et Fantasion T.4 : Spirou, le journal d’un ingénu ” par Emile Bravo


Editions Dupuis (13 Euros)


Décidément, pour fêter les 70 (septante) ans de Spirou, jeune groom espiègle et déluré, créé pour le périodique belge éponyme par Rob-Vel le 21 avril 1938, les éditions Dupuis ont fait très fort ! Outre d’importantes manifestations (comme les grandes expositions consacrées à l’hebdomadaire de Marcinelle sises au Centre Belge de la Bande Dessinée et à la Maison de la BD ou la gravure exceptionnelle d’une pièce de monnaie de collection) ainsi qu’une nouvelle formule du journal particulièrement réussie (le rédacteur en chef, Frédéric Niffle, ayant réussi à satisfaire modernes et nostalgiques, sans dénaturer l’esprit du magazine), elles publient une aventure originelle que nous n’hésitons pas à qualifier de chef-d’œuvre ! En s’appuyant sur la genèse du personnage principal afin d’expliquer les traumatismes qu’il a subis à l’approche de la Deuxième Guerre mondiale, Emile Bravo (le génial papa de la série « Jules ») s’approprie la jeune adolescence du petit employé du Moustic-hôtel de Bruxelles, tout en dynamitant les principes conservateurs (autant sur le plan sociologique, politique que moral) qui ont présidé à la marque de fabrication de la bande dessinée belge de l’époque. Tout y est dévoilé : son premier amour, la naissance de son amitié avec le journaliste Fantasio et de sa conscience politique, son rôle dans le déclenchement du conflit à venir et les dessous du pacte germano-soviétique, les penchants inavoués des réceptionnistes et des soubrettes d’origine juive… Bref, un scénario particulièrement inventif, déjanté et maîtrisé à la fois, qui nous aide à mieux comprendre l’évolution humaniste de ce gamin malin, le tout enluminé par un graphisme classique et des couleurs adéquates (dues à Delphine Chedru) s’adaptant parfaitement aux années 1930 : en trois mots, du grand art !


 


Auto bio ” par Cyril Pedrosa


Editions Fluide Glacial/AUDIE (9,95 Euros)


Comme Chauzy, Dupuy/Berberian, et bientôt Margerin, Cyril Pedrosa est l’un des nouveaux transferts arrivés récemment dans l’équipe Fluide Glacial, laquelle est, désormais, tenue de main de maître par le sympathique Thierry Tinlot (lui-même transfuge de la rédaction en chef de Spirou). Le mensuel, fort de ses 300 000 lecteurs, ouvre donc ses pages à « Auto bio », forts drôles saynètes qui retracent la vie de famille d’un bobo écolo bien citadin. En se mettant carrément en scène, le créateur de la charmante « Brigade fantôme » raille les bons sentiments de tout un chacun et fait exploser la réalité du quotidien en nous donnant de joyeuses leçons d’écologie politique qui mettent le militant recyclé face à ses propres contradictions : les gosses mangent bio mais papa bouffe des saucisses-cocktail à base de plasma de porc, de polyphosphates et de nitrite de sodium, en cachette… Après le romantisme, l’onirisme et la dramaturgie (en attendant l’érotisme pour un bouquin chez Delcourt dont on peut voir quelques pages dans la nouvelle version de L’Echo des Savanes), le sensible auteur de « Trois ombres » et l’élégant illustrateur de « Ring Circus » s’attaque donc à l’autodérision avec un style graphique vif et anguleux, soutenu par des dialogues aussi vaches que finement écrits : au final, un bouquin sans déchets, même après le tri sélectif effectué par tout bon écolo qui se respecte !


 


Jeronimus T.1 : Un homme neuf ” par Jean-Denis Pendanx et Christophe Dabitch


Editions Futuropolis (17 Euros)


Après leur formidable « Abdallahi » (primé aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois et, tout récemment, au Salon du Livre de Limoges), le couple Pendanx/Dabitch nous propose une nouvelle biographie d’un homme qui fuit son passé : historique car toujours très documentée, cela ne l’empêche pas d’être traitée sur un ton assez décalé. Le choc est d’abord graphique : chaque dessin tire vers la peinture et rend hommage, particulièrement, aux maîtres hollandais du XVIIème siècle. Cela tombe bien, tout démarre à cette époque et se passe à bord d’un navire de la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales : un apothicaire aisé abandonne son épouse et ses amis, à la suite du décès de son fils, étrangement atteint par la syphilis peu après sa naissance. En quelques mois, en prenant la mer pour la longue route des épices d’Amsterdam à l’île de Java, cet homme meurtri, mais fascinant, va complètement se métamorphoser, montrant des traits de caractère jusque-là insoupçonnés. Par ailleurs, la magnifique illustration de cette destinée hors du commun est soutenue par un scénario qui prend son temps, ce qui nous permet d’admirer, sous toutes les coutures, le travail d’un Jean-Denis Pendanx toujours en progrès, et de nous faire présager du drame à venir : le rythme s’accélérant lentement, mais sûrement, au fur et à mesure du voyage. Du très bel ouvrage !


 


Gilles RATIER


 

Galerie

Les commentaires sont fermés.