BOTTARO LE MAESTRO

L’un des évènements qui pourrait, peut-être, vous décider de retourner traîner vos guêtres au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, c’est l’exposition qui sera consacrée au prolifique maître italien Luciano Bottaro.

 

 

Présentée au rez-de-chaussée du CNBDI, elle rendra un hommage justifié à ce géant des fumetti pour la jeunesse. Cependant, comme nous avons tant de fois été déçus par les expos angoumoisines de ces dernières années (même par celles produites par le CNBDI, comme c’est le cas ici), nous attendrons de juger sur place avant de vous conseiller de faire le voyage, d’autant plus que cette dernière sera encore visible jusqu’au 9 mars. Ceci dit, nous faisons confiance à la compétence des deux commissaires (Pierre-Marie Jamet et Jean-Philippe Martin) pour appréhender au mieux le génie novateur de cette œuvre pléthorique, à condition qu’on leur ait donné les moyens financiers et humains adéquats. En attendant, on peut avoir un aperçu de la cinquantaine d’originaux qui vont tenter de retracer les périodes clés de ses quarante années de talent graphique débridé (de «Pépito» à «Donald», en passant par «Baldo», «Pinko et Ponko», «Whisky et Gogo», «Pon-Pon» ou «Roi de pique») dans le catalogue édité par Bananas et conçu par l’érudit Evariste Blanchet (en collaboration avec les deux esthètes précédemment cités et le minutieux Marc-André Dumonteil qui complète la bibliographie précise qu’il avait ébauchée dans les n°96 et 98 de Hop ! : un apport indispensable à toute monographie digne de ce nom). Pour la somme de 20 euros, cet ouvrage, doté donc de cette riche iconographie et bibliographie, ainsi que de traductions inédites de courtes interviews accordées par «Il Maestro» (comme on le surnommait dans son pays d’origine), contribue à compléter les travaux de spécialistes comme Jean-Paul Tibéri, François Corteggiani, Louis Cance, Yves Frémion ou Gérard Thomassian (pour n’en citer que quelques-uns) qui se battent, depuis des années, pour nous rappeler l’importance de la contribution de Luciano Bottaro à l’histoire de la bande dessinée. Enfin, dans son excellente introduction à cette œuvre, Evariste Blanchet nous rappelle qu’une première exposition sur Bottaro avait déjà été organisée à Angoulême, mais qu’elle était axée, je cite : «malicieusement, et de manière très opportune», sur une nostalgie des illustrés bariolés de notre enfance, alors que la réalisation 2008, sise de nouveau sur les terres charentaises, jouerait sur d’autres registres, de même que ce beau catalogue indispensable à tout véritable amateur du 9ème art. Atténuons quand même les propos d’Evariste Blanchet en lui précisant que c’est quand même le degré de nostalgie qu’ont gardé de leurs héros les lecteurs devenus adultes qui fondent une grande partie de l’intérêt qu’ils peuvent encore leur attribuer aujourd’hui (comme c’est certainement le cas pour lui…). Pour finir, espérons simplement que ce catalogue et cette exposition toucheront un nouveau public, plus jeune, qui aura, lui aussi, envie de lire ces histoires indémodables qu’un éditeur francophone, bien inspiré, pourrait bien avoir l’idée de rééditer intégralement (surtout «Pépito») ! En attendant, il ne faut pas occulter le travail patrimonial d’un Roland Jouve qui a mis récemment à son catalogue deux albums remarquables («Les grands voyages de Pépito» et «Pythagore génie incompris») auxquels les amateurs pourront seulement se référer, pour le moment…

 

 

 

Gilles RATIER

 

 

 

 

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