Adieu Jerry Robinson…

Jerry Robinson, l’une des très grandes figures du comic book, vient de s’éteindre… La profession est en deuil…

Adieu Jerry Robinson…

Le dessinateur Jerry Robinson, l’un des derniers grands artistes du Golden Age des comic bocks, vient donc de nous quitter ce 8 décembre 2011…

Alors qu’il envisage des études de journalisme, le jeune Jerry Robinson (il n’a que 17 ans !) rencontre Bob Kane en 1939 et se fait embaucher par ce dernier. Il débute sa carrière en lettrant, puis en encrant et en dessinant les premières aventures de « Batman », collaborant avec Bob Kane (assisté par l’encreur George Roussos) et le scénariste Bill Finger. Kane, Finger et Robinson vont concevoir tout l’univers du Dark Knight dès les premiers numéros de Detective Comics (1939) et de Batman (1940), édités par National / DC. Robinson affirme avoir inventé le personnage du Joker (1) dans Batman n°1 (grâce à un Joker de jeu de cartes) et donné son nom à Robin (2), le premier side-kick des comic books américains. Par la suite, Bob Kane, très occupé sur les bandes quotidienne de son héros, est petit à petit écarté des deux magazines de Batman, dont les histoires seront vite confiées à Robinson & Finger. L’équipe est démantelée…

Puis, Robinson poursuivra sa carrière chez DC sur d’autres personnages (« The Vigilente » et « Johnny Quick » entre 1946 et 1949), rencontrant au passage son futur collaborateur Mort Meskin. En parallèle, il travaille en freelance sur « Daredevil Comics » chez Lev Gleason (sous la direction de Charles Biro), mais aussi pour Harvey Comics (« Green Hornet » entre 1942 et 1943), Spark (« Atoman » en 1944) et surtout Nedor entre 1946 et 1949 où, assisté de Meskin, il reprend « Black Terror » (épisodes publiés en France dans Golden Titans). En, 1948, après l’éviction de Meskin de chez DC suite à sa dépression nerveuse, Robinson suit son ami au studio Simon & Kirby. Les deux hommes travaillent ensemble sur « Young Romance », « Black Magic », et montent aussi leur studio en parallèle.

 

Robinson démarre en 1950 une carrière d’enseignant à la School of Visual Arts de Silas Rhodes et Burne Hogarth. C’est là qu’il fait la connaissance du jeune Steve Ditko, qu’il formera et qu’il emploiera de façon plus ou moins officielle sur des encrages de « Black Terror ». Robinson fait également entrer Steve Ditko à l’atelier de Simon et Kirby, où il encre des numéros de « Black Magic » et le n°1 de « Captain 3D » (Harvey) en 1953. Après sa séparation d’avec Meskin (qui continuera à travailler pour Simon et Kirby), Robinson réalise en freelance quelques histoires policières, d’amour, de guerre et de Western pour Atlas. Il se lance aussi dans l’illustration et réalise les couvertures de Bible Tales for Young Folk pour Official Magazine Corp.

 

Mais sa passion demeure les comic strips et, quand l’occasion se présente enfin, il quitte les comic books pour le Herald Tribune Syndicate, pour lequel il crée avec le scénariste Sheldon Stark le strip « Jet Scott ». La lourde charge de travail lui fait abandonner la série deux ans plus tard. Au début des années 60, Robinson revient brièvement aux comic books, illustrant les magazines de franchises télévisuelles de Dell (« Lassie », « Bat Masterson », « Rocky and Bullwinkle » et « Nancy Parker »). Dès 1963-64, Robinson se lance dans le dessin de presse (les séries « Still Life » et « True Classroom Flubs & Fluffs » pour le New York Sunday News et le Daily News).

 

Robinson est aussi un homme de conviction, et il préside la National Cartoonist Society de 1967 à 1969. Il a d’ailleurs contribué à cette époque à la mise en place d’un syndicat des dessinateurs et des auteurs. Il a également présidé l’Association of American Editorial Cartoonists pendant deux ans (1973-74). En 1974, Robinson écrit « The Comics », un ouvrage de référence sur les comic strips qu’il aime tant. En 1975, il aide Siegel et Shuster dans leur combat juridique contre DC Comics pour la reconnaissance de leur création et la récupération de leurs droits d’auteurs. Aidé par Neal Adams, Robinson réussit à obtenir aux deux créateurs de Superman des compensations financières et une assurance santé. Il fonde en 1978 le Cartoonists & Writers Syndicate qui existe toujours. En 1999, Robinson créé le manga « Astra », assisté de Shojin Tanaka & Ken-ichi Oishi, qui a été depuis compilé pour une édition américaine. Depuis les années 80, Robinson s’est également fait un nom dans le domaine du dessin de presse, collaborant notamment à Courrier International et remportant de nombreux prix. L’auteur de ces lignes a eu le privilège de le rencontrer à deux reprises, l’une à Angoulême en 1992 et l’autre au Comicon de San Diego 2010…

Jean DEPELLEY

(1) Le personnage sera étoffé par Bill Finger, qui lui adjoint le look de l’acteur Conradt Vedt dans « The Man Who Laughs » (Paul Leni, 1929).

(2) D’après Robinson, Finger et Kane avaient déjà l’origine du personnage, mais le nom et certains aspects de son costume manquaient encore. Robinson s’est souvenu du « Robin Hood » avec Errol Flynn pour parfaire ce héros emblématique.

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