PLUS DE LECTURES DU 10 DECEMBRE 2007

Notre sélection de la semaine : “ Château l’Attente ” par Linda Medley, “ Le grand mort T.1 : Larmes d’abeille ” par Vincent Mallié, Régis Loisel et Jean-Blaise Djian, “ Le sourire du clown ” par Laurent Hirn et Luc Brunschwig.

 


Cliquez sur l’appareil photo pour découvrir les couvertures des albums chroniqués.


Château l’Attente ” par Linda Medley


Editions Cà et Là (26 Euros)


Ce pavé de 457 pages a commencé à être auto édité en 1996, aux USA, par une artiste déjà remarquée sur des séries comme «Justice League», «Doom Patrol», ou, plus récemment : «Fables». Déjà couronné par une flopée d’Awards, ce roman graphique pourrait bien faire sortir la Fantasy du carcan où le maintiennent ses aficionados. En effet, ici, on découvre, avec amusement, ce qu’il advient après que «les princes et princesses se soient mariés et eussent beaucoup d’enfants». La Belle au Bois dormant pourra-t-elle foutre le camp avec son bellâtre charmant, laissant son castel aux mains de tous ces personnages de nos contes et légendes favoris, désirant profiter, pour une fois, de la vie de château ? Un détournement certes parodique, mais pas que ça ! «Château l’Attente» («Castle Waiting» dans sa version originale) est un essai divertissant et fouillé à la fois, qui nous permet de réfléchir sur la place de chacun dans notre société, le tout sous couvert d’un propos féministe et optimiste : lequel s’insurge contre la violence conjugale et contre une certaine forme de religion, et affirme son engagement pour l’acceptation des différences et pour le rôle déterminant de la femme… Le graphisme raffiné, entre ligne claire et Gotlib, est parfaitement mis en cases, s’adaptant plutôt bien à cette narration cocasse et ensorcelante, peuplée de sorcières, de gnomes, et autres créatures fantastiques… Jubilatoire !!!


 


Le grand mort T.1 : Larmes d’abeille ” par Vincent Mallié, Régis Loisel et Jean-Blaise Djian


Editions Vents d’Ouest (13 Euros)


Voici encore un conte poétique proche de l’heroic-fantasy qui ne se s’adresse pas qu’au public traditionnel du genre, tentant, au contraire, d’élargir au maximum le lectorat ! Une étudiante en sciences économiques tente de rejoindre un village breton complètement paumé, afin de bûcher tranquillement ses derniers examens. Tombant en panne sèche, à des kilomètres de toute civilisation, elle rencontre un sympathique garçon, un brin taciturne, copain comme cochon avec un vieux druide qui les envoie dans un monde parallèle féerique. Sceptique, la curieuse et caractérielle parigote se retrouve mêlée à une guerre des clans : son nouveau compagnon étant chargé de rééquilibrer les forces qui s’opposent dans cet univers fantastique. Pas de problème, ça démarre plutôt bien : l’efficacité narrative et l’exigence graphique de Régis Loisel ?mettant une nouvelle fois en scène des héros contrastés et attachants) n’étant plus à démontrer. Comme le dessin (très Loisellien) de Vincent Mallié est très agréable à l’œil (d’autant plus qu’il est fort bien illuminé par les chaudes couleurs du québécois François Lapierre) et que le scénario accumule les bonnes idées (grâce aux participations actives de Jean-Blaise Djian et de Vincent Mallié), l’ensemble est plus que prometteur… Vivement la suite qui, d’après nos informations, ne devrait pas tarder…


 


Le sourire du clown ” par Laurent Hirn et Luc Brunschwig


Editions Futuropolis (15 Euros)


Le premier tome était un portrait réaliste des banlieues françaises qui était tombé à un moment plutôt opportun, avec une actualité braquée sur les émeutes de la fin 2005. Ce deuxième tome prend l’intrigue de départ complètement à contre-pieds, en supprimant, sans ambages, nos banlieusards attachants, et en mettant en pleine lumière la personnalité complexe d’un prêtre pyromane et manipulateur. Décidément, le scénariste Luc Brunschwig est en pleine possession de ces moyens narratifs et imaginatifs (sans parler de la disponibilité de sa fonction de responsable littéraire chez Futuropolis) : il nous propose ici un volume de 65 pages de transition, complètement imprévisible ! Sans intellectualisme à outrance, et grâce à des personnages forts qui dégagent une émotion omniprésente, cette œuvre efficace et empreinte de poésie, devrait plaire à un bon nombre de lecteurs ; d’autant plus que le dessin de l’alsacien Laurent Hirn y est de plus en plus somptueux : l’expression des visages et la véracité des décors de la cité qu’il réalise étant sublimés par de très belles couleurs à l’aquarelle, lesquelles donnent à l’ensemble une véritable cohérence ! Il nous a fallu deux ans d’attente (nécessaires quand on connaît le perfectionnisme des auteurs) pour connaître la suite de cette trilogie très réussie ; armons-nous de patience pour découvrir le feu d’artifice final que sera obligatoirement le troisième opus : on peut leur faire confiance !


 


Gilles RATIER


 

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