PLUS DE LECTURES DU 17 SEPTEMBRE 2007

Et cette semaine, nous vous recommandons : “ Les boules vitales ” par Charles Masson et Sylvain Ricard, “ Ce que le vent apporte ” par Jaime Martin, et “ Construire un feu ” par Christophe Chabouté.

 


Cliquez sur l’appareil photo pour découvrir les couvertures des albums chroniqués.


 


Les boules vitales ” par Charles Masson et Sylvain Ricard


Editions Futuropolis (17 Euros)


Voici une comédie truculente qui démontre, si besoin en était, les talents de narrateurs de Sylvain Ricard et de Charles Masson, un scénariste scientifique et un dessinateur médecin qui avaient, jusqu’ici, livrés des récits assez durs, aux ambiances plutôt sombres. Pourtant, cette chronique amoureuse, née d’une misanthropie latente et commune, leur permet de prouver qu’ils ne sont pas que «des types qui savent parler de sujets graves et très forts». Leur héroïne, qui pourrait être le sommaire d’un journal féminin à elle toute seule, ne pense qu’au Feng Shui et à son énergie psychique… Le héros, lui, est un chaud lapin (un sérial-baiseur, comme il aime à se définir lui-même) draguant, sans vergogne, sur les marchés bio, là où «y a plein de sirènes qui ne demandent qu’à se faire attraper»… Donc, rien ne laisse envisager qu’ils puissent s’entendre, se découvrir, ou même faire l’amour, et pourtantMême si ces personnages sont quelquefois caricaturaux, ils sont très attachants, et ils s’inscrivent parfaitement dans cet amusant récit, grâce à l’efficace narration concoctée par Sylvain Ricard («Banquise», «Kuklos», «Guerres civiles» ou «Clichés Beyrouth 1990». Quant à la légèreté du dessin de Charles Masson (les couleurs très réussies choisies par Raives le transporte à cent lieues de ce qu’il avait déjà réalisé sur ces précédents et également très réussis «Soupe froide» et «Bonne santé»), il participe complètement au charme de cette histoire d’amour improbable, entre deux crétins aussi égoïstes l’un que l’autre.


 


Ce que le vent apporte ” par Jaime Martin


Editions Dupuis (14 Euros)


Alors que, depuis quelques années la créativité de la bande dessinée espagnole semblait en difficulté, ceci s’expliquant, en grande partie, par l’envahissement du marché par les mangas et les comic-books, voici qu’une nouvelle génération d’auteurs semble relever la tête. Jaime Martin fait partie de celle-là, comme le prouve ce bouleversant et intelligent «Ce que le vent apporte», une quête initiatique doublée d’une enquête policière, traduite aux éditions Dupuis. En 1916, alors que la révolution se prépare, un jeune chirurgien russe, un peu idéaliste, fuit la police tsariste et accepte de faire ses classes dans un village perdu de l’Oural, au fin fond de la steppe. Il y remplace un homme qui a été sauvagement assassiné, certainement par des loups. Cette terre sauvage, recouverte de neige, est d’ailleurs souvent ensanglantée, particulièrement quand le vent se lève. Confronté à des paysans méfiants, le médecin moscovite devra prendre sur lui pour trouver sa place et imposer ses pratiques… Cet ouvrage influencé narrativement par la littérature russe (Boulgakov, Dostoïevski, etc.), et graphiquement par la peinture des pays de l’Est (l’utilisation d’une jolie palette de bleus en est une preuve évidente), se révèle être un huis clos passionnant et même assez effrayant, mais il ne tombe jamais dans le fantastique pur et dur. La folie des hommes est assez horrifiante comme cela, il n’y a pas besoin d’en rajouter…


 


Construire un feu ” par Christophe Chabouté


Editions Vents d’Ouest (13 Euros)


Alors que 2007 apporte son lot d’adaptations de textes littéraires réputés en BD, Christophe Chabouté met en scène, chez Vents d’Ouest, une nouvelle pessimiste, dont la version pour adultes est assez peu connue (mais elle sera opportunément rééditée le 11 octobre, chez Phébus, collection «Libretto»). «Construire un feu» a été écrite par l’américain Jack London, lequel s’est servi de la ruée vers l’or dans le Klondike, à la fin du 19ème siècle, pour nourrir une bonne partie de son oeuvre : en 62 pages d’une lisibilité extrême, Chabouté réussi à nous faire partager la douleur que va supporter un homme qui tente de résister au froid et à la faim. Par – 50°C, dans le grand nord canadien, un prospecteur prétentieux pense vaincre, seul, ces conditions atmosphériques extrêmes, pour s’assurer des possibilités de fournitures en rondins de bois, au printemps : mais personne n’est plus fort que la nature… Et cette dernière est restituée, d’une force incroyable, par le trait sans concessions de l’auteur de «Pleine Lune» ou de «Henri Désiré Landru». D’autant plus que sa froide mise en couleurs, où le blanc domine, se met entièrement au service de la narration de ce terrifiant récit !


 


Gilles RATIER


 


 

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