PLUS DE LECTURES DU 2 AVRIL 2007

“ Kiki de Montparnasse ” par Catel et José-Louis Bocquet, “ Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas T.1 ” par Rubén, Jean-David Morvan et Michel Dufranne, “ Moréa T.5 : La brûlure des ténèbres ” par Thierry Labrosse, Christophe Arleston et Dominique Latil, “ Section financière T.2 : Délit d’initié ” par Andréa Mutti et Richard Malka et “ Carthago T.1 : Le lagon de Fortuna ” par Eric Henninot et Christophe Bec.

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Notre sélection hebdomadaire de 5 albums part une nouvelle fois dans tous les sens avec :


Kiki de Montparnasse ” par Catel et José-Louis Bocquet


Editions Casterman (18,95 Euros)


L’élégante et efficace illustratrice Catel («Lucie», «Le sang des Valentines» et de nombreux travaux pour la presse de chez Bayard) s’est de nouveau associée à l’écrivain, scénariste, et désormais éditeur José-Louis Bocquet (lisez sa formidable bibliographie sur René Goscinny, chez Flammarion !!!) pour évoquer la vie de Kiki de Montparnasse, attachante personnalité qui fut tour à tour modèle, chanteuse et peintre, et qui a côtoyé les plus grands artistes de l’entre-deux-guerres : les Modigliani, les Picasso, les Foujita et autres Breton, Desnos ou Cocteau. Leur passion pour cette femme libre, insouciante, et volontiers effrontée, transparaît tout le long de cet épais ouvrage très documenté, publié dans l’indispensable collection «Ecritures» de chez Casterman. Séquences par séquences, de sa naissance, en 1901, à sa mort prématurée, due à l’abus d’alcool et de drogue, en 1953, différentes tranches de vie rendent compte de la trajectoire, aussi trépidante que tragique, de cette fille sachant vivre de peu mais dépensant sans compter sans crainte du lendemain. Immortalisée par une photo de Man Ray, où elle est assise nue de dos, transformée, à la manière purement surréaliste, en violoncelle, cette égérie des artistes qui vivaient à Paris au temps des années folles s’est imposée comme la reine de Montparnasse. Avec finesse, minutie et sensibilité, et grâce à un trait libre et un ton objectif, voire juste,  les deux complices ont su rendre la modernité de ce formidable personnage qui s’est élevé contre sa condition misérable et qui a profité d’une époque artistiquement palpitante !


 


Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas T.1 ” par Rubén, Jean-David Morvan et Michel Dufranne


Editions Delcourt (9,80 Euros)


Les adaptations de romans en BD, comme toutes les adaptations d’œuvres prévues pour un support particulier, sont souvent décevantes (à quelques exceptions près comme l’«Ibicus» de Rabaté ou les «Nestor Burma» de Tardi). Aussi, quand les éditions Delcourt ont annoncé leur volonté de mettre en cases les grands classiques recommandés par l’Education nationale, regroupés dans une collection «Ex-libris» dirigée par le scénariste Jean-David Morvan : on s’attendait au pire ! Or, les premiers albums parus, qui se veulent pourtant pédagogiques (avec un concept éditorial visant à faire comprendre, surtout aux jeunes lecteurs, que les grands textes littéraires sont indissociable de leur auteur d’origine), sont plutôt une très bonne surprise. On sent, d’emblée, que la démarche n’est pas de faire un «coup», mais de défendre des histoires que les auteurs apprécient vraiment. Evidemment, le «Robinson Crusoé», ressuscité avec finesse et fraîcheur par Christophe Gaultier (lequel a recréé les dialogues inexistants dans l’œuvre d’origine, tout en faisant un parallèle entre la condition de cet homme seul sur son île écrivant sa vie et l’auteur de bande dessinée seul devant sa planche, dessinant la sienne), est très convainquant. Mais notre préféré est encore ce pétaradant premier tome des aventures de D’Artagnan, et de ses compagnons mousquetaires, contre les gardes du Cardinal de Richelieu : le graphisme dynamique et cartoonesque de Rubén, ainsi que les couleurs adéquates et tout aussi trépidantes de Marie Galopin, font corps avec les dialogues rythmés et ciselés (mais aussi parfaitement respectueux des écrits d’Alexandre Dumas) et avec la mise en scène efficace de Jean-David Morvan  (lequel s’est adjoint, pour l’occasion, les services pointus de Michel Dufranne). Le tout fait de cette œuvre intemporelle et universelle, dont les péripéties sont connues de tous, une véritable bande dessinée !


 


Moréa T.5 : La brûlure des ténèbres ” par Thierry Labrosse, Christophe Arleston et Dominique Latil


Editions Soleil (12,90 Euros)


Nous sommes en 2082, à Cuba, capitale d’un nouvel empire économique : l’avion de Moréa Doloniac, l’héritière de l’entreprise financière DWC qui se rend en Afrique, est descendu par un missile. Ce sera l’occasion pour Théo, le compagnon de notre séduisante héroïne, d’apprendre douloureusement la vérité sur sa petite amie : elle est immortelle ! ! ! Très vite sur pieds, elle va s’opposer à Mupata, un chef rebelle qui veut lancer une grande opération pour prendre le pouvoir dans son pays, soutenu par un membre de la DWC qui lui fournit toutes les armes nécessaires à sa révolution. Ce sympathique thriller fantastique, aux multiples rebondissements (sorte de «Largo Winch» futuriste), semble se terminer ici. Dommage, car l’imagination débordante de Dominique Latil y était fort bien canalisée par l’efficacité de la technique Arleston et le dessin du Québécois Thierry Labrosse s’y affirmait de plus en plus, grâce à la lisibilité de son style minutieux et à la fluidité de son découpage. Sans parler de ses héroïnes pulpeuses, dont les charmes ne manquaient pas de séduire le lecteur, quel que soit son âge !


 


Section financière T.2 : Délit d’initié ” par Andréa Mutti et Richard Malka


Editions Vents d’Ouest (9,40 Euros)


Le premier tome de ce thriller financier nous avait laissés sur notre faim, mais voici qu’avec ce deuxième volume, miracle, tout s’arrange ! Le trait réaliste du prolifique (peut-être trop ?) dessinateur italien Andréa Mutti est bien plus léché, les couleurs mieux imprimées (donc légèrement moins «flashies»), et les dialogues, réalisés par le « biographe » non-autorisé du candidat de l’UMP, encore plus dynamiques et moins bavards. Bref, le résultat est à la hauteur de nos espérances et cela fonctionne plutôt bien ! L’avocat Richard Malka (spécialisé dans les affaires de presse, et particulièrement dans celles touchant à Charlie Hebdo) exploite, au mieux, sa connaissance des procédures judiciaires ; et ceci tout en maîtrisant parfaitement les rebondissements proposés, comme il nous l’a déjà prouvé avec «L’ordre de Cicéron» (dessin de Paul Gillon, aux éditions Glénat). En ce qui concerne cette nouvelle série, après une première aventure dont les conséquences ont été lourdes, les membres survivants de la Brigade Financière, Jonquille et Naël, enquêtent sur un délit d’initiés dont le juriste s’appelle Eval Caïn, un ex-procureur qui n’est autre que leur ancien patron. Et pendant ce temps-là, l’ombre de l’Opus scientifique, mystérieuse organisation secrète, s’étend de plus en plus, mettant une dernière touche à une opération entamée des siècles auparavant…


 


Carthago T.1 : Le lagon de Fortuna ” par Eric Henninot et Christophe Bec


Editions Humanoïdes associés (12,26 Euros)


Christophe Bec nous propose ici une nouvelle série (prévue en 8 tomes) exploitant les espaces des grands fonds marins, et mélangeant, habilement, propos écologiques et ambiance fantastique. Pour ce faire, il a fait appel aux services du dessinateur Eric Henninot («Alister Kayne» chez Albin Michel), lequel y améliore sa mise en page, en multipliant les images spectaculaires qui côtoient de très près des plans plus intimes ; le tout avec un graphisme proche de ceux utilisés par nombre de créateurs travaillant pour les comics-book de chez Marvel ou de chez DC. Manifestement, il semble à l’aise dans le genre «BD catastrophe», passant d’une ambiance à une autre, sans transition : d’ailleurs, cette technique est peut-être la marque de fabrique du scénariste, particulièrement quand il est son propre dessinateur comme sur «Sanctuaire». Cette remarque n’est pas innocente puisque «Carthago» fait énormément penser à ce thriller maritime qu’il a créé avec Xavier Dorison. Ici, il s’agit d’une course effrénée à la recherche de ressources gazières et pétrolières, et l’histoire commence par le forage d’une caverne sous-marine qui révèle tout un écosystème préhistorique. Les scaphandriers sont attaqués par un fossile vivant, l’ancêtre préhistorique du grand requin blanc, sensé avoir disparu de la surface de la terre depuis plus de 5 millions d’années. Outre les qualités déjà citées, l’utilisation maligne de nombreux flash-back, l’humanité d’un récit qui sait se faire intimiste, et la minutie d’un dessin bien servi par les couleurs professionnelles de Delphine Rieu, vont certainement permettre un bon démarrage à cette série qui paraît quelque peu codifiée au premier abord, mais qui s’affirme comme assez ambitieuse, au bout du compte.


 


 


Gilles RATIER


 


 

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