PLUS DE LECTURES DE BD DU 26 FEVRIER 2007

“ Pandemonium T.1 : Les collines de Waverly ” par Stefano Raffaele et Christophe Bec, “ Prédiction T.1 : Fatale mélodie ” par Massimo Rotundo et Makyo, “ Journal d’un fantôme ” par Nicolas de Crécy, “ Figurec ” par Christian de Metter et Fabrice Caro et “ Le cycle de Cyann T.4 : Les couleurs de Marcade ” par François Bourgeon et Claude Lacroix.

 


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Comme toutes les semaines, depuis bientôt 4 ans, voici encore 5 albums qui méritent votre attention :


 


Pandemonium T.1 : Les collines de Waverly ” par Stefano Raffaele et Christophe Bec


Editions Les Humanoïdes associés (12,90 Euros)


C’est en étant impressionné par la découverte d’une photo représentant un hôpital américain en ruines, où l’on traitait efficacement la tuberculose, que Christophe Bec eut l’idée de sa nouvelle série ! Le dessinateur de «Sanctuaire» et du «Temps des loups» (mais aussi le scénariste de «Carême» et bientôt de «Carthago» que va dessiner Eric Henninot) a toujours été très attiré par le fantastique et les intrigues glauques, comme le prouvent ses excellentes différentes séries précédemment citées. Cependant, avec ce récit d’épouvante,  dont l’atmosphère est particulièrement bien rendue, il atteint pratiquement une perfection narrative, relayé par le trait hyperréaliste et dynamique, mais sans effets esthétisants (ce qui le rend  totalement effrayant) de l’italien Stefano Raffaele : ce dernier a beaucoup travaillé pour les super-héros américains et on l’a déjà aperçu en France sur l’étrange série «Fragile», aux Humanoïdes associés, laquelle mettait déjà en scène des morts-vivants ; et il s’agit également ici de déchéance morale et physique. Alors que l’histoire démarre de nos jours, dans un Waverly Hills Sanatorium promis à la démolition, le lecteur se retrouve rapidement en 1951, où une ancienne pensionnaire de l’endroit, au passé extrêmement lourd, amène faire soigner sa petite fille malade. Seulement, dans cet établissement, les enfants peuvent voir des choses qui échappent aux adultes… La tension monte de page en page, la menace progresse, et le fantastique, graduellement dosé, envahi le lecteur, alors prêt à croire tout ce qu’on lui assène ! A notre humble avis, si les tomes suivants sont du même acabit, «Pandemonium» risque de devenir un véritable chef-d’oeuvre de l’horreur, comme le furent «Shining» et «L’exorciste» au cinéma !


 


Prédiction T.1 : Fatale mélodie ” par Massimo Rotundo et Makyo


Editions Delcourt (12,90 Euros)


L’aîné d’une famille de funambules est devenu sculpteur, suite au terrible accident qui a coûté la vie à sa sœur et à sa mère. Même s’il entretient, quand même, ses talents d’équilibriste, dix-huit ans après, il ne peut toujours pas se libérer de ce drame qui l’a poussé à détruire une statue de la vierge, censée les protéger ; d’autant plus que, comble de malheur, sa femme, devenue schizophrène peu de temps après leur mariage, est internée en hôpital psychiatrique. C’est en lui rendant visite, qu’une autre internée lui prédit la date exacte de la mort : dans 45 jours ! Pas de problèmes, le scénariste Makyo sait très bien mettre en BD les thrillers surnaturels : rien ne se passe vraiment, mais tout y est possible ! Car le lecteur se pose nombre de questions et échafaude multiples suppositions épouvantables : superstitions, mythologies, malédictions… Et le cauchemar ne fait que commencer… Enfin, le dessin élégant et parfaitement lisible de l’Italien Massimo Rotundo (rehaussé par les belles couleurs de son compatriote Emanuele Tenderini) rend tout à fait réaliste cette ambiance satanique !


 


Journal d’un fantôme ” par Nicolas de Crécy


Editions Futuropolis (24 Euros)


Cet étonnant pavé ludique de 220 pages permet, à l’un de nos plus novateurs créateurs du 9ème art, de s’interroger sur les sources du dessin. Remodelant quelques pages déjà parues dans le collectif «Japon» des éditions Casterman, le virtuose Nicolas de Crécy met en scène un ectoplasme, aux formes encore floues, destiné à être un «concept en devenir», sorte d’alter ego de l’auteur en voyage au pays du Soleil Levant. En quête d’idées graphiques, cette espèce de héros virtuel évolue en compagnie de son manager, dont les attitudes très «beaufs» lui permettent d’afficher un réel mépris pour le genre humain. Entre rêve et autobiographie, l’œuvre change radicalement de propos au milieu du livre, devenant plus poétique, alors que, dans l’avion du retour, ce brouillon dessiné a pour voisin un auteur bavard, renfrogné et très critique : Nicolas de Crécy, lui-même ! Comme le Japon est le pays idéal pour perdre ses repères, le lecteur non averti risque lui aussi de perdre les siens devant ce journal introspectif, lequel pousse assez loin la réflexion sur l’art, utilisant, pour ce faire, un trait très proche de celui employé pour le croquis.


 


Figurec ” par Christian de Metter et Fabrice Caro


Editions Casterman (14,75 Euros)


Après quelques morceaux de bravoure dans le domaine de la bande dessinée «ambiance particulièrement noire» (tels «Le curé», «Dusk», «Vers le démon»…, ou encore le superbe «Sang des valentines»), Christian de Metter devait certainement avoir envie d’un peu plus de légèreté. Avec son brillant graphisme photographique et virevoltant, proche de la peinture, il adapte ici le premier roman de Fabrice Caro, publié en 2006 chez Gallimard : léger, drôle, mais un brin désespéré, ce drame plein de finesse lui permet de changer de palette narrative tout en restant fidèle à son dessin jeté à l’aquarelle, lequel s’inspire des teintes expressionnistes de son confrère, le britannique Dave McKean… Un jeune auteur de théâtre d’une trentaine d’années, un peu paumé et en panne d’inspiration en a assez de sa vie un peu médiocre et de décevoir ainsi sa famille, et ses amis. Ces derniers se limitent d’ailleurs à un couple d’amis rencontrés récemment, et chez qui il mange cinq fois par semaine, depuis. Ayant une étrange passion pour les cérémonies d’enterrements, dont il est devenu un spectateur régulier, il finit par rencontrer un professionnel, employé d’une mystérieuse et très puissante entreprise de figuration : Figurec. Puisqu’une telle société spécialisée dans la mise à disposition de figurants existe, pourquoi ne pas en profiter, et s’assurer les services d’une petite amie idéale, afin de briller auprès de ses parents et de son frère cadet, dont l’insolente réussite est écrasante ? Grâce à sa science du découpage et des enchaînements, le pinceau de De Metter illustre parfaitement l’ambiance paranoïaque et les ressorts dramaturgiques, voire abracadabrants, voulus par l’auteur de ce récit qui devrait être également adapté au cinéma, prochainement…


 


 


Le cycle de Cyann T.4 : Les couleurs de Marcade ” par François Bourgeon et Claude Lacroix


Editions Vents d’Ouest (1 5 Euros)


Après s’être égarée dans les marais d’Aldaal, lors du précédent épisode, la belle Cyann part à la recherche de la compagnie MCU. Elle se retrouve sur Marcade, un monde qui correspond bien au mode de fonctionnement très cynique d’une société mercantile et individualiste, laquelle transforme tout en marchandise : tout s’y vend, tout s’y achète… Y compris les bribes de conversation et les sentiments ! Jouant avec l’espace-temps (notre héroïne va finir par retourner sur sa planète d’origine, mais quarante ans plus tard !), François Bourgeon et Claude Lacroix réussissent à maintenir le lecteur en haleine, alors que l’intrigue, elle, n’avance pourtant pas vraiment vite, s’égrainant tranquillement sur les 80 pages que compte l’album. Donc, voici un plaisir à savourer à petites doses, d’autant plus qu’il s’agit de l’avant-dernier tome de cette étonnante saga science-fictionnesque, riche en découvertes en tous genres, et qui est, une fois de plus, complètement porté par le magnifique dessin foisonnant et précis de l’auteur des «Passagers du vent».


 


 


Gilles RATIER


 


 

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