PLUS DE LECTURES DE BD DU 16 JANVIER 2007

“ Rosangella ” par Olivier Berlion et Corbeyran, “ Les aigles décapitées T.19 : Le jugement du roi ” par Michel Pierret, “ War and Dreams T.1 : La terre entre les deux caps ” par Jean-François et Maryse Charles, “ Le cycle d’Ostruce T.1 ” par Christophe Dubois et Nicolas Pona et “ Virginie : une histoire qui sent la colle Cléopâtre ” par Kek.

 


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Cinq nouvelles chroniques d’ouvrages à découvrir :


 


Rosangella ” par Olivier Berlion et Corbeyran


Editions Dargaud (15 Euros)


Elle tient un manège et elle a eu trois enfants dont l’aîné lui cause de gros problèmes, mais elle est encore belle pour son âge. Cela fait 15 ans qu’elle n’a pas vu le père de ses enfants, mais elle lui en veut encore, même si elle a, tant bien que mal, recollé les morceaux depuis leur séparation … Elle a rencontré un vigile de supermarché doux et respectueux qui la rassure, mais ce taciturne au visage mutilé est un homme blessé, comme elle, au plus profond de son corps et de son cœur … Or, voilà que revient son ex-époux, l’air de rien, avec son éternel physique de beauf qui tente de rester dans le coup, prétextant vouloir fêter l’anniversaire de leur fille qui va avoir 18 ans… Au commencement, il y a l’envie d’un dessinateur (qui est aussi son propre scénariste sur l’excellent “Tony Corso”, entre autres) de raconter l’histoire d’une femme au passé douloureux, tout en abordant les thèmes du divorce et de la difficulté du quotidien. Toutefois, Olivier Berlion a souhaité partager la mise en BD, de ce récit simple et dur, avec son ami Corbeyran, scénariste protéiforme dont il apprécie le côté sincère et jusqu’au-boutiste. La complicité des deux hommes avait déjà permis la réalisation d’un chef-d’œuvre (“Lie-de-vin”, dans la même collection “Long courrier” des éditions Dargaud) et nous ne pouvons que souhaiter que ce récit fort et émouvant, embelli par de superbes couleurs directes intégrant parfaitement la poétique de la narration (jonchée de dialogues justes et de récitatifs adéquats), soit promis au même succès critique et publique !


 


Les aigles décapitées T.19 : Le jugement du roi ” par Michel Pierret


Editions Glénat (9,40 Euros)


Pour mieux connaître l’histoire de cette excellente série moyenâgeuse et les affres de sa création, nous vous conseillons de vous procurer le très complet n° des Cahiers de la bande dessinée que Brieg Haslé lui a consacré (il s’agit du n°5 de la dernière version, en album cartonné), mais signalons quand même que cinq auteurs s’y sont succédés, dessinant et scénarisant à tour de rôle. Après le départ d’Erik Arnoux (secondé par Sophie Fougère) qui avait laissé pour mort le héros principal (Hugues de Crozenc), en Terre sainte, le dessinateur Michel Pierret reprend, seul, les rênes de la création, assurant désormais toutes les tâches. Pour ne pas rater la relance de ce passionnant feuilleton historique, il s’est quand même assuré les conseils de Jean-Charles Kraehn, premier dessinateur et deuxième scénariste de ce classique de la littérature dessinée. Et le résultat est à la hauteur de nos espérances : l’intrigue étant bien relancée et l’auteur marchant, allégrement, dans les pas de la technique narrative de ses prédécesseurs, sans nous décevoir… Neuf ans après la disparition du maître du domaine de Crozenc, ce dernier réapparaît pour  sauver le fils qu’il a eu avec la belle et ambitieuse Nolwenn, un rejeton injustement accusé d’un meurtre qui va être jugé par le roi Louis le Neuvième, lui-même… Ce récit, aux rebondissements inattendus, devrait réveiller l’intérêt de ceux qui ont laissé en route cette grande saga, laquelle devrait aussi conquérir de nouveaux lecteurs sensibles à la BD populaire de qualité !



War and Dreams T.1 : La terre entre les deux caps ” par Jean-François et Maryse Charles


Editions Casterman (11,95 Euros)


Après «India Dreams», voici la nouvelle saga romanesque et romantique du couple Charles. Eux-mêmes enfants de parents meurtris par la deuxième guerre mondiale, ils ont situé cette suite de destins contrariés sur les côtes françaises, face à l’Angleterre, pour y raconter les souvenirs d’homme âgés ayant subi cette période trouble. Dans les années 1990, un Allemand arrive au Cap Gris-Nez, un littoral qu’il a bien connu en 1942, accompagné par sa jeune nièce. Alors qu’il était dans la Wehrmacht et qu’il tenait une batterie d’observation, il y a rencontré, à l’époque, une jeune Française qui ramassait des coquillages : et il tente, aujourd’hui, de la retrouver, sur cette plage témoin de leurs  premiers amours… Le dessin à l’acrylique, en couleurs directes, de Jean-François Charles, fait encore merveille, particulièrement dans les scènes se déroulant pendant la guerre : sur les côtes normandes pendant les bombardements ou dans le désert de Libye le temps d’une mémorable tempête de sable. Ce beau témoignage, doté d’une narration très classique mais fort émouvante, est un véritable message de paix : respect !


 


Le cycle d’Ostruce T.1 ” par Christophe Dubois et Nicolas Pona


Editions du Lombard (13 Euros)


La collection «Portail» des éditions du Lombard est axée sur la science-fiction, genre prisé par les ados et qui était, jusque-là, absent (à quelques exceptions près) du catalogue de la vénérable maison bruxelloise. Si les quelques titres proposés, depuis l’an passé, ne sont pas encore en mesure de concurrencer sérieusement d’autres entreprises plus ancrées dans ce domaine, ils ont surtout le mérite de nous faire découvrir de nouveaux scénaristes talentueux. En effet, après Sébastien Latour («Wisher» avec Giulio De Vita et «Ellis» avec Griffo), voici Nicolas Pona : ancien étudiant en architecture ayant démarré sa carrière avec «Ectis», publié chez Nucléa en 2003, album passé, alors, complètement inaperçu. Le voici de retour dans la jungle de la création BD avec un road-movie fantastique aux embruns de Révolution Russe, pas aussi convenu qu’il en a l’air : une dimension politique se glissant derrière la construction habile du simple récit de distraction. Certes, on a souvent déjà vu ce procédé dans la littérature d’heroic-fantasy ou de steampunk et, même si l’intrigue est située, de façon originale, dans les steppes des tsars, nous avons droit à notre lot de dragons, de combats et d’amazones. Cependant, il faut reconnaître que Nicolas Pona (comme d’ailleurs Sébastien Latour) a un sens inné de la narration BD : on se laisse avoir d’entrée par sa mise en scène et par ses dialogues efficaces, même si, comme moi, on n’est guère porté par les aventures alternatives et les aberrations technologiques. Comme, en plus, le dessin de Christophe Dubois (pourtant lui aussi assez simpliste et déroutant au premier abord) structure parfaitement l’efficacité du scénario, ce coup d’essai donne vraiment envie de suivre de plus près la carrière de ces deux jeunes vraiment prometteurs !


 


Virginie : une histoire qui sent la colle Cléopâtre ” par Kek


Editions Delcourt (7,90 Euros)


Voici un sujet pas encore traité en BD : la recherche d’une personne qui nous a marqués dans notre enfance. Alors qu’il était en CM1 à Dunkerque, celui qui signe aujourd’hui Kek était en classe avec une certaine Virginie : son amoureuse. Seulement voilà, les histoires d’amour, ça ne dure pas toujours et, en cours d’année, le papa de Virginie ayant trouvé du travail près de Grenoble, toute cette famille déménage. Lors de son départ, Kek ne dit pas au revoir à son premier amour mais, bien des années plus tard, il ne l’a pas oublié, et il décide de tout mettre en œuvre pour la retrouver… Cette histoire simple comme bonjour, totalement autobiographique, avait déjà été testée sur un blog et demeure, jusqu’à présent, l’un des meilleurs titres de la collection «Shampooing» dirigée par Lewis Trondheim, en tout cas l’un des plus intéressants sur le plan narratif. En effet, cette histoire (qui est quand même assez étonnante par les moyens que se donne l’auteur pour arriver à ses fins, alors qu’il est bien conscient qu’il ne doit pas se faire de film) nous tient vraiment en haleine tout le long des 44 petites pages de l’album. Kek a bien compris et assimilé le langage BD dès les premières pages de cette BD, laquelle lui a d’ailleurs servi d’apprentissage au dessin : et le résultat est convainquant. Cela nous rappelle d’ailleurs, qu’il y a quelques années (en 1992), un certain Lewis Trondheim avait fait de même avec son «Lapinot et les carottes de Patagonie» ! Rien d’étonnant, alors, que ce dernier ait eu, lui aussi, le coup de foudre pour cette jolie histoire qui sent si bon la colle Cléopâtre !


 


 


Gilles RATIER


 


 

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